Joseph Kerharo, itinéraire d'un arpenteur : la naissance de l'ethnopharmacognosie

Kerharo

À travers le portrait et le parcours de Joseph Kerharo en Afrique de l'Ouest, nous vous emmenons, à la rencontre des guérisseurs traditionnels, aux origines de l'ethnophamacognosie.

Ou comment, par ses déplacements humains et intellectuels, mais aussi par sa compréhension intime et sensible d'une terre et de ses hommes, un pharmacognoste passionné a progressivement dessiné les contours d'une discipline scientifique nouvelle.

Par Gaël Bordet

 

« Et il y a bien aussi des instants où un homme devant toi se détache calme et clair sur fond de sa splendeur. Cet homme tu t'appliques, de tes mains tendres, à copier les contours de sa personnalité telle que tu l'as perçue à cette heure. »

R. M. Rilke, Notes sur la mélodie des choses.

Les grandes quêtes commencent souvent par un simple pas de côté. C'est dans ce déplacement, parfois involontaire, que peut soudain surgir l'imprévu qui décidera de l'orientation de toute une vie.

Nombreux sont les chercheurs à avoir expérimenté ce moment unique et fondateur, ce franchissement de la « frontière », véritable traversée du miroir. L'anthropologue Edward T. Hall l'exprime avec sensibilité dans son récit-enquête consacré aux Indiens Hopi et Navajo, auprès desquels il vécut entre 1933 et 1937 :

« C'était toujours la ''frontière'' – ici s'étendait une contrée où les échelles étaient inimaginables, les distances immenses, les panoramas prodigieux [...]. L'absence apparente de tout signe de ''civilisation'' était particulièrement impressionnante. Dès l'instant où je pénétrai dans cette réserve [...] telle Alice après qu'elle eut traversé le miroir, j'eus l'impression d'être transporté hors de moi-même et projeté dans un temps et un lieu qui ne m'étaient pas du tout familiers. Si étrange que fût cette impression, je me sentais en sécurité [...]. Je savais, au plus profond de moi-même, que mon destin était uni à ce pays par des liens ineffables. C'était en 1932. J'avais dix-huit ans. » (HALL, 1997 : 16-17).

Cette expérience de l'étrangeté éblouissante, le professeur Joseph Kerharo (1) l'a vécue au Niger en 1938. Bien des années plus tard, devenu un « vieil Africain », comme il l'évoquera avec pudeur dans un long entretien (2), il reviendra sur cette rencontre avec l'Afrique en ces termes : « Ceux qui n'ont connu l'Afrique que quelques mois se défendent déjà mal de son envoûtement. À plus forte raison, comme c'est mon cas, lorsqu'on y a passé la plus grande partie de sa carrière. La vie est rythmée de temps forts et de temps faibles, mais il est certain que mes années de brousse ont été les plus belles et probablement les plus fécondes de ma vie ! ».

Nous verrons comment, au gré de ses rencontres, de ses observations et de ses études sur la pharmacopée traditionnelle en Afrique de l'Ouest, à laquelle il a consacré sa vie, ce scientifique humaniste, arpenteur insatiable, s'est peu à peu enraciné dans une culture et une manière d'être au monde qu'il a faites siennes.

Nous tenterons aussi de rendre compte, à travers quelques grandes étapes de son itinéraire, comment entre les années initiatiques et celles de la maturité, le regard du professeur Kerharo, confronté aux enjeux qui se présentaient à lui, s'est continuellement décalé, le conduisant à esquisser les fondements d'une démarche scientifique compréhensive qui fasse sens : l'ethno pharmacognosie (3).

 

La découverte de la richesse de la pharmacopée africaine : arpenter, rencontrer, inventorier.

En novembre 1945, J. Kerharo, alors Pharmacien Commandant des Troupes coloniales, fut détaché en Afrique de l'Ouest Française, comme responsable de la « mission pour l'étude de la pharmacopée indigène » au sein de l'ORSTOM (4). Il lui revenait alors une tâche d'ampleur considérable : établir un inventaire systématique des plantes médicinales et toxiques de Côte d'Ivoire et de Haute-Volta (actuel Burkina Faso), afin de découvrir de nouveaux principes actifs pouvant faire l'objet d'une production pharmaceutique industrielle. Dès son arrivée à Dakar, Sénégal, d'où il rejoindrait bientôt son terrain d'étude, il dut composer avec le pragmatisme désenchanté des autorités civiles. À titre d'illustration, voici ce qu'il rapportait dans ses carnets le 17 novembre 1945 :

« Audience avec le gouverneur général Cournarie. Paraît désabusé. Et sceptique sur mes qualités pour faire des enquêtes économiques. Est-ce que je connais les débouchés possibles ? Les désirs des industriels ? Je n'ose même pas sourire. Ai-je fait de la sociologie ? De l'économie politique ? Et même, ajoute-t-il, il manque toujours quelque chose : quand ce n'est pas le matériel, c'est le personnel ; et quand on les a, on manque encore de crédits. J'ose lui répondre que je crois voir les choses objectivement, lui parle de la pénicilline et lui laisse les deux livres (5). Ai pris congé sans entrain. » (6).

D'abord positionné dans un système de relations sociales parfois contraignantes – la hiérarchie militaire d'une part, le poids de l'organisation civile et scientifique coloniale d'autre part –, le jeune chercheur s'en est peu à peu distancié, à la fois physiquement et mentalement. Conformément au programme d'action qui lui avait été assigné, il a patiemment procédé à un inventaire systématique de la flore médicinale, parcourant sans relâche entre 1945 et 1948 la Côte d'Ivoire et la Haute-Volta, faisant même une incursion au Ghana. Au fur et à mesure de ses expéditions, il a fini par franchir sa frontière, cette ligne imaginaire qui forme notre horizon social avec ses règles prescriptives et ses valeurs acquises (7).

« C'était la vie de brousse, confie-t-il. Libre comme l'air, avec des tournées de deux ou trois mois, effectuées à bord d'un pick-up, avec mon adjoint [Armand Bouquet], un chauffeur et un aide-cuisinier (8), suivant des itinéraires établis par ethnies. L'aventure de la brousse allait d'ailleurs beaucoup plus loin que les pistes. Quand celles-ci s'arrêtaient, nous abandonnions notre véhicule au chauffeur puis nous nous formions en caravane. Nous finissions par gagner un village, où nous nous installions. La palabre commençait avec les guérisseurs, puis la reconnaissance sur place du végétal vivant. Un prélèvement était immédiatement effectué pour l'herbier. Je notais sur mes carnets de route les différents noms usités, selon les dialectes, pour désigner chaque herbe ou chaque plante que le guérisseur avait indiquées. Une fois revenus au village, celui-ci effectuait devant mes yeux la préparation de ses remèdes et leur application. Tout cela donnait lieu à la rédaction de notes très détaillées, car un tel travail ne peut se concevoir qu'avec une extrême précision. » (2).

Très vite confronté à des systèmes de valeurs, à des traditions, à des manières d'être et de faire, de soigner et de mourir, qui nécessitèrent de sa part une adaptation tant humaine qu'intellectuelle, il n'eut de cesse d'interroger et de reconsidérer sa rationalité scientifique, à l'épreuve et à l'écoute de la tradition empirique et orale des guérisseurs rencontrés – confrontation bien souvent rendue plus délicate encore par la dimension particulière du savoir se rapportant aux plantes médicinales et à leurs usages, nécessitant une initiation ou, pour le moins, une confiance réciproque (9). Ce repositionnement intellectuel nécessaire, avec sa part de doutes et d'interrogations, est bien rendu dans ses carnets de route – qui retracent avec une spontanéité et une acuité précieuses son cheminement.

La nécessité d'adopter une démarche compréhensive, pleine d'humilité, lui est dès-lors apparue incontournable. Cette approche ne s'est pourtant pas mise en place sans difficultés ni impairs, puisqu'il lui a d'abord fallu maîtriser le contexte (10) dans lequel se positionnaient ses interlocuteurs, avec leurs valeurs propres. Il est parfois arrivé, comme il le rapporte dans ses carnets, qu'un guérisseur interrompe sa collecte car il était l'heure de la sieste, ou qu'il mette fin à l'échange en prétextant une douleur subite.

Dans l'introduction à La pharmacopée sénégalaise traditionnelle, son dernier ouvrage, J. Kerharo synthétise de manière très claire son expérience en évoquant les subtilités de ce travail de terrain :

« Les difficultés des enquêtes entreprises pour mener à bien ce travail apparaissent à l'évidence. Il faut d'abord découvrir dans chaque ethnie des féticheurs ou des guérisseurs de bon renom, autrement dit des informateurs valables, et ensuite déployer auprès d'eux des talents de persuasion pour les mettre en condition en tenant compte du caractère complexe, mais étroitement lié, de leurs connaissances et de leurs croyances. [...] La mise en condition consiste à faire naître un climat de confiance qui doit entraîner pleinement l'adhésion du guérisseur jusqu'au point de le décider à quitter sa demeure pour parcourir avec son interlocuteur la région environnante. C'est là le point de départ de l'enquête au cours de laquelle le rôle actif doit être tenu par le guérisseur lui-même. [...] Quand, chemin faisant, il s'aperçoit que son compagnon, quoique n'étant pas un initié au sens où il l'entend, n'est pas non plus un profane en matière de connaissance de plantes, un courant favorable de confidences s'établit de l'un à l'autre et les secrets finissent par être peu à peu dévoilés. C'est alors que la plus petite erreur de psychologie, la moindre question jugée inopportune, comme aussi le désir de poursuivre une prospection enrichissante ou un dialogue plein d'intérêt sans tenir compte de la fatigue du partenaire, peuvent tarir subitement la source d'informations. Fait encore plus grave, un tel comportement peut entraîner des réponses fantaisistes déformant la réalité. Ne jamais céder non plus à la tentation, si forte pourtant, de demander des renseignements sur des plantes importantes, parfaitement reconnues au passage, mais que le guérisseur n'a pas signalées, est une des règles d'or à appliquer si on tient à obtenir des informations sincères dans leur spontanéité et reflétant par conséquent le véritable savoir de l'intéressé. » (KERHARO, 1974, pp.12-13).

J. Kerharo est ainsi devenu avec le temps, par nécessité puis par choix, et grâce à une adaptation sensible à cet environnement qui ne lui était de prime abord guère familier, un médiateur privilégié et reconnu des guérisseurs traditionnels, avec lesquels, pour certains, il s'est parfois lié d'amitié. En 1950, sont parus deux livres retraçant et synthétisant ses enquêtes de terrain réalisées jusque-là. Le premier, un inventaire des plantes médicinales et toxiques de la Côte d'Ivoire et de la Haute-Volta, qui constitue un rapport officiel sur la mission d'étude en A.O.F, se présente sous la forme de descriptions monographiques à visées pratiques. Le second, en revanche, intitulé Sorciers, féticheurs et guérisseurs de la Côte d'Ivoire – Haute Volta, est un récit ethnographique souvent passionnant sur les populations rencontrées, leurs pratiques et usages des plantes médicinales : la fascination du chercheur pour son objet d'étude, et « l'envoûtement » qu'il a subi au long de ses pérégrinations, selon ses propres mots, s'y lisent de manière manifeste. La « frontière » entre le monde rationnel qu'il lui fallait laisser derrière lui et la terra incognita qu'il découvrait s'effaçait alors doucement :

« En pays Bété, à quatre jours à pied de la route la plus proche, nous nous sommes heurtés à un barrage sacré interdisant l'accès d'un village où régnait une épidémie de variole. [...] Nous n'avions pas affaire ici à un barrage sanitaire officiel nécessitant la présence constante d'infirmiers et de garde-cercles, mais à une barrière magique respectée et comprise de tout un chacun. Notre œil profane de botaniste n'y voyait qu'une jonchée de feuilles de Vernonia colorata, traçant sur la piste d'accès une ligne transversale entre deux piquets de bois ornés de vieux chiffons et de nœuds de feuillages, mais les initiés savaient que tous les matins, le féticheur, après s'être purifié le corps par des ablutions (bain avec macéré aqueux d'écorces de racines de Chlorophora excelsa, puis frictions avec le jus des feuilles de Microglossa volubilis), venait asperger la place du village, les cases, les pistes et les barrières, avec une composition douée de toutes les vertus et qu'il était interdit ensuite, sous peine des plus grands malheurs, d'enfreindre les prescriptions édictées. » (KERHARO, 1950 : 87).

Le fait d'avoir procédé à un « quadrillage » systématique du terrain, a également permis à J. Kerharo d'établir des comparaisons entre les différentes populations rencontrées ou aires géographiques traversées, et de dégager des permanences ou, au contraire, des points de divergence dans l'approche et la considération du rôle de guérisseur. Ce qui l'a notamment conduit, en Côte d'Ivoire, à effectuer, parmi les guérisseurs dits sérieux, une distinction fondamentale entre d'une part les praticiens de métier, dont les connaissances et les compétences ont souvent fait son admiration, et d'autre part les « pratiquants occasionnels », au savoir bien plus limité.

« Chez les Guérés, en région de grande forêt, écrit-il, le rôle du bon féticheur-guérisseur (''Kouin Ignon'') (11) consiste aussi bien à prédire l'avenir qu'à lutter contre les maléfices et les maladies. Il diffère du guérisseur de savane par son éducation et son savoir étendu, résultat d'un long, minutieux et difficile apprentissage, où notions de magie et de médecine sont intimement mêlées. Les plus célèbres d'entre eux ont des connaissances remarquables sur les maladies et sur la flore locale. Les guérisseurs de savane, qui sont des cultivateurs comme les autres villageois, sont surtout détenteurs d'un secret hérité ou acheté et, souvent, même les plus réputés ne connaissent pas dix plantes en dehors de celles entrant dans la composition de leurs médicaments. » (KERHARO, 1950 : 32-33).

Ces observations l'ont convaincu de l'importance d'un apprentissage de qualité dans la transmission des connaissances, d'autant plus si cet enseignement se fait uniquement de manière orale, afin que ce savoir ne soit pas galvaudé, mais, qu'au contraire, il s'enrichisse continûment et tende vers l'excellence : c'est l'une des justifications essentielles du secret que certains guérisseurs de haute réputation entretiennent autour de leur art. Or, J. Kerharo a constaté que, bien souvent, de parfaits profanes pouvaient se trouver en possession d'un remède secret et que, dès-lors, si la démarche de soin reposait toujours sur un échange transactionnel, celui-ci pouvait varier de nature, mettant plus ou moins en œuvre les dimensions sacrée et symbolique pourtant fondamentales, selon le niveau de compétence du guérisseur – ou du détenteur du secret –, son honnêteté et son positionnement social :

« Lorsqu'un individu quelconque veut connaître le traitement d'une maladie, il lui suffit de s'adresser au détenteur du secret qui, moyennant un prix variable, montre les simples et la façon de s'en servir. Parfois, vendeur et acheteur sont liés par certaines obligations. Dans certains cas, le vendeur n'a plus le droit de dévoiler, même à son fils, le secret qu'on lui a acheté ; da ns d'autres cas, l'acheteur n'a que l'usufruit du secret qui reste la propriété du vendeur. [...] L'achat est la méthode la plus simple de transmission des secrets ; elle aboutit malheureusement à la formation de pseudo-spécialistes de telle ou telle maladie, mais non à celle de véritables guérisseurs, la thérapeutique traditionnelle demandant un apprentissage long et sérieux qui ne peut se faire correctement que dans le cadre de la famille ou du village. (KERHARO, 1950 : pp.33-34).

Les guérisseurs de métier, du fait de leur position et de leur rôle au sein du groupe – d'intercesseurs avec les puissances surnaturelles –, ont néanmoins toujours su préserver un ascendant déterminant, leur permettant, par filiation initiatrice et cooptation, de parfaire leurs connaissances tout en en préservant le caractère à la fois secret et sacré. Ces deux dimensions indissociables de leur pouvoir (démonstratif) et de leur savoir (voilé de mystère), comme l'a observé J. Kerharo, se manifestent, notamment, à travers la gestion de leur « jardin » et la cueillette des plantes médicinales :

« Des générations successives de médecins-botanistes se sont chargées d'introduire à proximité de leur habitat, les plantes médicinales jugées intéressantes dont la région est dépourvue, et il n'est pas moins curieux de constater l'ostentation avec laquelle croissent ces espèces au su et vu de tout le monde, que la discrétion apportée à leur cueillette lorsqu'il s'agit de préparer les médicaments. Le guérisseur ou son aide prend alors soin de dissimuler les plantes choisies aux regards indiscrets des profanes et fait preuve, à cet effet, de beaucoup d'ingéniosité. Dans la plupart des cas, la récolte se fait dans un sac richement orné [...]. Mais ce que nous avons vu de plus curieux, est assurément le couvre-chef réservoir des guérisseurs Sénoufos. Ce n'est autre chose qu'un très long bonnet de coton à tuyau, en forme de bonnet de ramoneur, pouvant contenir des quantités impressionnantes de feuilles, tiges et racines. » (KERHARO, 1950 : 95-96).

Il ressort également des travaux de J. Kerharo et de ses enquêtes, qu'il n'a pu établir un échange sincère et de qualité avec ses interlocuteurs qu'à force de patience, de persévérance et d'écoute attentive : qualités indispensables pour installer un climat de confiance. Une fois cette relation privilégiée acquise, il n'était ainsi pas rare que les guérisseurs, le considérant comme un confrère, sollicitent son avis et, qu'en retour, ils révèlent leurs plus précieux secrets, parfois inattendus comme en témoigne cette anecdote :

« En remerciement de services que nous lui avions rendus et en raison, peut-être aussi, d'un certain savoir-faire, le vieux roi des Abrons, Kouadio Adjoumané, nous fit confier par son fils, le prince Adingra, le secret d'un traitement de la syphilis. Sont seuls détenteurs du secret le roi, les grands chefs, et de puissants féticheurs, réputés pour leur science, leur habileté et aussi leur honorabilité, ces derniers étant élus par les princes qui ne peuvent, selon la coutume, exercer cette profession.

Au jour convenu, le détenteur du secret se fait suivre dans la forêt par le féticheur pour lui montrer la plante utilisée, mais il ne doit, sous aucun prétexte, la désigner nommément. Quand enfin il l'aperçoit, il s'arrange pour passer à côté d'elle et négligemment frappe trois fois l'écorce du majeur de la main droite puis continue son chemin sans se retourner. » (KERHARO, 1950 : 34).

À maintes reprises, marque de haute confiance, il lui a même été possible d'assister à des cérémonies d'initiation et de transmission du savoir entre un guérisseur et son apprenti. Ce, grâce à une immersion de longue durée dans le quotidien des guérisseurs rencontrés, qui, au terme d'un échange préalable leur permettant de vérifier les compétences de cet étranger curieux et de s'assurer de son honnêteté, acceptaient alors de le considérer comme un hôte digne de recevoir le savoir sacré dont ils étaient les dépositaires. Voici ce qu'écrit notamment J. Kerharo à ce sujet :

« Nous avons obtenu, après plus d'un mois de vie commune, les confidences d'un ''ouvreur d'yeux'' musulman, qui traitait, souvent avec succès, des taies, des cataractes et d'autres affections oculaires. Son secret était un secret de famille qui aurait été révélé à l'un de ses ancêtres à la septième génération. Bon musulman, celui-ci allait souvent à la Mecque et demandait à chaque fois à Dieu le pouvoir de guérir un ami atteint de cécité. Au retour de son septième voyage, il réussit le prodige en imposant simplement les mains sur les yeux de l'aveugle. [...] Durant toute sa vie, il guérit nombre de malheureux affligés d'affections semblables. Dieu n'ayant pas donné ce pouvoir à ses enfants, lui révéla néanmoins en songe les plantes capables de produire le même résultat, ainsi que la façon de les administrer. C'est ainsi que le secret put se transmettre de père en fils jusqu'à l'époque actuelle, secret dont la révélation n'est obtenue qu'après un long apprentissage, suivi de ''sept fois quarante jours de sommeil, seul dans la brousse'' ». (KERHARO, 1950 : 35).

À travers cette première grande synthèse des connaissances glanées auprès des guérisseurs de Côte d'Ivoire et de Haute Volta, que rien ne l'obligeait à produire puisque son travail consistait à établir un inventaire simple des plantes médicinales identifiées, le professeur Kerharo a manifesté tout à la fois sa fascination, ses interrogations et son attachement vis-à-vis des populations qu'il a côtoyées. Il a également tracé un sillon qu'il n'a cessé d'approfondir par la suite, cherchant sans cesse à appréhender l'environnement social dans lequel s'enracinait le savoir des guérisseurs africains. « Comment, écrit-il, pourrait-on, en effet, comprendre la Pharmacopée en méconnaissant le genre de vie des différentes catégories sociales en présence, en ignorant leurs coutumes, leurs croyances ? » (KERHARO, 1950 : 143).


Vers l'ethnopharmacognosie : travaux sur la pharmacopée sénégalaise traditionnelle (1956-1978).

Fortement intéressé par la dimension sociale de la démarche de soin, J. Kerharo releva très tôt, ainsi que nous l'avons vu, l'importance du « songe » comme cadre d'interaction entre les puissances surnaturelles et ancestrales – tutélaires –, d'une part, et les vivants, d'autre part. Le songe initiatique jouant ainsi un rôle essentiel dans la transmission du savoir et l'attribution de la fonction de guérisseur. Le songe pouvant également, à ce titre, être présenté par celui qui s'en prévaut, comme une légitimation de son élection à la fonction de guérisseur ou, tout au moins, de « savant ».

Face à un interlocuteur européen doté d'un capital scientifique fort, la volonté de ne pas perdre la face a parfois pu inciter certains informateurs à revendiquer (inventer ?) un héritage « à la hauteur », comme le montre cette anecdote rapportée par J. Kerharo dans ses carnets le 21 février 1962, en Casamance :

« Forêt de Boutolate. J'ai été accompagné toute la journée par un manœuvre des Eaux et Forêts : Roger Koli, de Bignona, qui connaît un certain nombre de plantes et qui pourrait ultérieurement rendre des services. Il prétend avoir eu connaissance de leurs vertus par un petit européen lui apparaissant en songe, et avoir ensuite demandé le nom diola des espèces révélées. ».

Au-delà de la question du songe, et à travers elle, c'est toute la dimension symbolique et cosmogonique de la démarche de soin qu'il s'agit de prendre en considération, comme l'a admit J. Kerharo, soucieux de ne pas dissocier ses enquêtes sur la pharmacopée de leur cadre socio-culturel, dans lequel elles prennent tout leur sens :

« À la question banale que l'on pose indistinctement à tout guérisseur : ''Comment as-tu obtenu ce traitement ?'', il nous a été souvent répondu : ''Je l'ai eu en rêve...''. [...] Quel crédit y attacher ? Rêves prémonitoires ? Travail du subconscient ? Don de double vue ? Nous ne le savons pas ; mais le fait est là qui ouvre un grand chapitre prodigieusement intéressant, mais qui sortirait du cadre de notre compétence ». (KERHARO, 1950 : 35).

Il ressort notamment de cet aveu de J. Kerharo, qu'il a assez vite ressenti l'envie et la nécessité de prolonger ses enquêtes de terrain par une analyse compréhensive plus fouillée. Celle-ci ne resta pas lettre morte. En effet, devenu professeur à la Faculté mixte de médecine et de pharmacie de Dakar à partir de 1956, il fit la connaissance de l'anthropologue Louis-Vincent Thomas (12) qui, professeur dans la même Université, travaillait sur les Diola de Basse Casamance, s'intéressant de près aux rites mortuaires et à la maladie dans ses dimensions sociale et symbolique. Leurs centres d'intérêt communs et une estime réciproque les incitèrent à collaborer en 1962 à une étude sur La médecine et la pharmacopée des Diola de Basse Casamance, qui, tant par son ambition interdisciplinaire que sur le fond – réaliser une synthèse compréhensive du rôle social de la médecine dans la culture Diola –, est un plaidoyer pour la démarche ethnopharmacognosique. Aux considérations sur les structures sociales élémentaires (les auteurs relèvent trois axes principaux pour la société Diola, ou plutôt les nombreux groupes rassemblés théoriquement autour de l'ethnie majoritaire Diola : la parenté, les classes d'âge et les chefferies animistes formant les trois axes constitutifs de cette société traditionnelle), viennent s'ajouter des considérations sur les structures économiques (Les Diola sont essentiellement riziculteurs) et, surtout, sur la conception qu'ont les Diola de la médecine :

« Pour la majorité des Diola, le normal est à la fois le général et le fonctionnel. Inversement, le pathologique caractérise ce qui est exceptionnel et inadapté à ses fins. À ce titre, la santé (Kasumay, qui signifie également paix, bonheur) implique le parfait épanouissement du corps et de l'esprit et l'insertion harmonieuse de l'individu dans le réseau des correspondances qui l'unissent au monde physique et à l'univers des hommes et des esprits. [...] Lorsqu'il s'agit de découvrir la cause profonde du mal, ou même d'expliquer son existence, le Diola recourt à la divination, qui peut se réaliser dans le cadre du sacré ou en dehors. » (KERHARO et THOMAS, 1962 : 670-672).

Les auteurs ont ainsi distingué deux catégories de causes possibles pour les maladies : les causes surnaturelles (faisant intervenir, soit le ''prêtre'', soit le ''magicien'' selon le choix du patient, mais aussi par rapport au fait que l'équilibre des êtres-forces soit mis en cause, ou pas) ; et les causes naturelles (qui, selon leur gravité, sont gérées par le recours à la pharmacopée usuelle que n'importe quel profane connaît, ou bien par la pharmacopée savante qui est la prérogative du guérisseur initié). Ces différents acteurs, prêtres, magiciens, profanes ou guérisseurs initiés, interagissent souvent et peuvent avoir des actions complémentaires. Malgré tout, chacun d'eux garde ses prérogatives et occupe une place bien précise dans la société Diola, avec son statut, ses attributions et ses compétences propres :

« Il est curieux de constater que rarement les guérisseurs de métier font appel aux drogues de la médecine populaire et, quand ils les font entrer dans leurs préparations, c'est en qualité de médicament d'appoint, ou pour un usage ignoré du commun. De plus, les remèdes des guérisseurs sont toujours d'origine locale, alors que ceux de la médecine populaire proviennent indifféremment de végétaux spontanés ou introduits (souvent alimentaires) et quelquefois même de drogues importées. » (KERHARO et THOMAS, 1962 : 680).

Dans le cadre de cette enquête de terrain, les auteurs ont par ailleurs établi un constat alarmant, celui de la mise en péril du savoir traditionnel des guérisseurs de métier, fragilisé par sa transmission orale – celle-ci tendant à ne plus se perpétuer, ou de manière limitée. Cette réalité, qui n'a fait que se confirmer par la suite, a incité le professeur Kerharo à poursuivre ses déplacements à travers tout le Sénégal, alors même qu'il n'y était plus tenu :

« En Casamance, écrit-il, comme dans toute l'Afrique Noire, on assiste aujourd'hui à la disparition progressive des guérisseurs de métier et à la dégradation de leurs connaissances. Raison supplémentaire pour considérer comme tâche urgente et indispensable l'étude de la pharmacopée » (KERHARO et THOMAS, 1962 : 679).

Ce combat pour la préservation et la diffusion du savoir traditionnel des guérisseurs a mobilisé J. Kerharo jusqu'à la fin de sa carrière, et même au-delà en tant qu'ambassadeur dans le cadre de ses engagements au sein des Nations-Unies pour cette cause qui lui tenait à cœur. Ce travail acharné et passionné a donné lieu, à travers toute l'Afrique de l'Ouest, à la constitution d'un inventaire imposant de plus de 5000 espèces végétales répertoriées, avec leurs propriétés et leurs usages, dont les noms proviennent de 30 langues et dialectes différents.

La passion, la patience et la rigueur ont été les maîtres mots de cette carrière consacrée à l'Afrique et aux Africains. À titre d'exemple marquant, le cas du Rauwolfia Vomitoria, dont J. Kerharo expédia dès 1945 trente kilos de racines et d'écorces à Paris pour une étude des propriétés actives de ce végétal. Les analyses n'ayant pas, dans un premier temps, apporté les résultats escomptés, elles furent abandonnées.

En 1952, la réserpine était isolée du Rauwolfia serpentina venu d'Inde, par une équipe de chercheurs suisses, tandis que son action antihypertensive et sédative était établie. En 1954, le professeur Janot reprit donc les analyses sur le Rauwolfia Vomitoria à Paris, et y découvrit la réserpine à un taux bien plus important que dans le Rauwolfia indien...

Pour le seul Sénégal, ces enquêtes de terrain ont mené à la publication d'un ouvrage qui fait depuis référence : La pharmacopée sénégalaise traditionnelle. Plantes médicinales et toxiques. J. Kerharo y synthétise, comme nous avons déjà eu l'occasion de l'évoquer, son expérience, et y livre de précieux enseignements méthodologiques. Mais, au-delà encore, il retrace avec humilité l'itinéraire de toute une vie au service d'une cause qu'il n'a cessé de défendre avec rigueur et humanisme, jusqu'à proposer les fondements d'une science autonome, l'ethnopharmacognosie, comme il l'évoque dans ce dernier ouvrage :

« L'étude scientifique des pharmacopées africaines traditionnelles, devenue une branche autonome issue de la pharmacobotanique, de l'ethnobotanique et de l'ethnoiatrie, peut, nous semble-t-il, être qualifiée d'ethnopharmacognosie. Cette étude, sous les différents aspects que nous avons envisagés est à la fois pleine de richesses et de promesses : elle permet d'établir avec rigueur un recueil écrit de drogues identifiées avec les formules et recettes pour préparer les médicaments ce qui est la définition même d'une véritable pharmacopée ; elle contient en puissance une source nouvelle de découvertes ; elle permet d'atteindre à une meilleure connaissance des Sociétés ; elle fournit les éléments d'information nécessaires pour entreprendre des croisades d'éducation sanitaires ; elle contribue de plus à donner conscience de sa culture et de sa valeur à l'Africain qui fournit ainsi sa pierre à l'édifice du progrès et de la civilisation universelle. » (KERHARO, 1974 : 14).

Gaël Bordet

Avril 2011


Notes


(1) Joseph Kerharo (1909-1986). Pharmacien militaire, professeur de pharmacognosie, de botanique, de biologie végétale et de cryptogamie. Spécialiste de la flore médicinale et des pharmacopées traditionnelles africaines.

(2) Entretien réalisé par Léon Dutrieux et paru dans « Français d'Afrique » n°1, avril 1979.

(3) L'ethnopharmacognosie est l'étude des usages et pratiques thérapeutiques des plantes médicinales dans un milieu social donné. Pour davantage de précisions, nous renvoyons à l'article « L'Ethnopharmacognosie : les enjeux d'une science interdisciplinaire méconnue et confidentielle », paru dans le numéro 1 de la revue Incursions.

(4) Office de la Recherche Scientifique et Technique pour l'Outre Mer, devenu l'IRD (Institut de Recherche pour le Développement) en 1998.

(5) J. Kerharo venait, avec d'autres pharmaciens, d'écrire deux livres pour faire part de leur expérience clandestine de récupération du Pénicillium notatum dans le cadre des opérations de résistance menées à l'Institut Pasteur de Paris avec le professeur Federico Nitti, pendant l'occupation allemande, puis de la fabrication industrielle de pénicilline dès la Libération.

(6) Ces carnets de route, manuscrits, sont inédits. Ils retracent, au quotidien, les déplacements de leur auteur à travers la brousse. Ils se composent à la fois de notes éparses sur les difficultés rencontrées (interactions avec les guérisseurs, état des routes, etc.), mais aussi des réflexions et observations sur les protocoles de soins, sur certains traits culturels utiles à la compréhension des interlocuteurs, des anecdotes éclairantes, des listes de mots d'usage courant ou médical et d'expressions vernaculaires. Cette attention manifeste portée à l'organisation sociale des populations rencontrées, à leurs traditions, à la linguistique, est particulièrement éclairante : d'abord par nécessité, puis par intérêt personnel, ce travail ethnographique a constitué un préalable indispensable à l'inventaire de la pharmacopée. D'autres carnets, « botanistes », étaient quant à eux uniquement consacrés à la description scientifique des plantes médicinales et de la pharmacopée traditionnelle.

(7) Comprendre ici cette notion de « frontière » au sens où l'envisageait le sociologue G. Simmel, c'est-à-dire une forme sociale. Car « la frontière n'est pas un fait spatial avec des conséquences sociologiques, mais un fait sociologique qui prend une forme spatiale. [...] Certes, la frontière est d'abord une entité perceptible et spatiale que nous traçons dans la nature sans tenir compte de sa valeur sociologique pratique, mais ce fait agit fortement en retour sur la conscience du rapport de deux parties » (SIMMEL, 1999 : 607-608). La frontière est donc cet espace de socialisation, d'interactions et de réciprocités qui met en relation des « êtres » venus de deux mondes que tout semble devoir opposer. Mais l'homme, qu'il soit « étranger » ou « aventurier » (deux idéaux types simmeliens), a cette capacité unique à opérer « le miracle du chemin », à repousser cette frontière sociale et culturelle que sa socialisation lui assigne et qu'il a lui-même intégrée avec ses valeurs et ses présupposés. Ainsi, « il se peut que la vie, dans son ensemble, apparaisse comme une aventure. Il n'est pas nécessaire, pour cela, d'être un aventurier ou d'avoir vécu beaucoup d'aventures particulières. Celui qui a cette attitude spéciale devant la vie doit sentir que celle-ci, dans son ensemble, est dominée par une unité supérieure, laquelle s'élève au-dessus de la totalité immédiate de la vie, comme elle, à son tour, s'élève au-dessus des épisodes particuliers, qui constituent nos aventures quotidiennes. » (SIMMEL, 2002 : 75).

(8) Pour l'anecdote, savoureuse, le recrutement du cuisinier s'était fait sur des critères bien précis : pour le ravitaillement, un poulailler avait été installé sur le toit du pick-up et, parmi tous les candidats qui s'étaient présentés, avait été engagé celui qui connaissait le plus de recettes pour accommoder le poulet.

(9) J. Kerharo précise à ce sujet que « les guérisseurs dévoilent difficilement les connaissances qu'ils ont des plantes, rarement par bas calcul comme on pourrait le penser, mais plutôt parce qu'il leur est difficile de concevoir que des non-initiés puissent en tirer parti. Pour eux, tout un ensemble de participations et de correspondances entre les forces allant du Dieu suprême au dernier minéral, en passant par les animaux, les individus, les fétiches, les plantes, constitue une chaîne aux maillons serrés reliant les êtres aux éléments visibles et invisibles. Comment pourrait-on imaginer autrement le lien étroit existant, par exemple, entre la personnalité du malade et l'arbre qui répondant aux invocations a fourni le médicament spécifique et a continué à vivre dans la forêt en gardant ses attaches avec la terre nourricière ? Cet arbre que le féticheur pourra retrouver et auquel il pourra s'adresser de nouveau ; ce médicament qui, s'il n'est pas employé en totalité, sera en fin de traitement enfoui dans le sol. » (KERHARO, 1974 : 13).

(10) « Contexte » est utilisé ici au sens où le définit le sociologue Ewing Goffman, c'est-à-dire « le cadre local et perceptif dans lequel se déroule une activité, et l'espace de parole auquel les participants se réfèrent au cours de l'échange. Du point de vue d'une écologie des activités, le terme désigne l'environnement et les ressources disponibles. Du point de vue de la cognition située, il renvoie aux indices permettant aux participants de faire des inférences sur l'action ou la conversation en cours. » (JOSEPH, 1998 : 123).

(11) Il pourrait être pertinent de s'interroger sur l'étymologie et la construction des termes « fétiche » et « fétichisme », passés dans le langage courant et savant avant d'être progressivement abandonnés par les ethnologues. « Le mot fétiche vient du portugais feitiço, lequel vient à son tour du latin facticius, qui signifie artificiel [...]. Il signifie soit ''fabriqué'', soit ''faux''. [...] Le mot feitiço, pris comme substantif, a débouché sur la notion de ''sortilège''. L'origine du terme est donc européenne, nom donné par les Blancs aux objets de culte et aux pratiques religieuses des peuples et civilisations de Guinée et d'Afrique occidentale, aux XVe et XVIe siècles. » (IACONO, 1992 : 5). Ce terme induit inévitablement un malentendu, comme l'a écrit Marcel Mauss, puisqu'il véhicule, souvent involontairement, l'idée d'une primitivité des religions africaines et marquerait donc un jugement de valeur. Ce qui n'est bien évidemment pas le cas dans cet article, le professeur Joseph Kerharo qui était avant tout, rappelons-le, botaniste et pharmacognoste, ayant toujours montré le plus profond respect et le plus grand intérêt pour les cultes de ses interlocuteurs, qu'ils fussent catholiques, musulmans ou animistes. Il faut donc comprendre ici par « féticheur », l'équivalent de « l'homme-médecine », de « l'homme-feuille », ou du « chaman », c'est-à-dire le garant de l'équilibre social capable au besoin d'intercéder avec les puissances surnaturelles, lesquelles lui dévoilent les remèdes appropriés.

(12) Louis-Vincent Thomas (1922-1994). Sociologue et anthropologue français, fondateur de la thanatologie, spécialiste de l'Afrique et des rites funéraires.

Itinéraire de Joseph Kerharo

– Guyane (1934-1937) ; Chef des laboratoires de chimie, bactériologie et répression des fraudes de la Guyane, Cayenne.

– Niger et Algérie (1938-1941) études sur les plantes alcooligènes, dont le borgou, sur le beurre de karité et l'huile de palme ;

– Attaché à l'Institut Pasteur de Paris (1942-1944), expériences clandestines de récupération de Penicillium notatum avec d'autres pharmaciens militaires au laboratoire de bactériologie et de chimiothérapie dirigé par le médecin biologiste Federico Nitti ;

– Côte d'Ivoire et Haute-Volta (1945-1950), responsable de la mission d'étude de la pharmacopée africaine en AOF avec l'ORSTOM ; République Centrafricaine, voyage d'étude pour la valorisation du Rauwolfia vomitoria ;

– Madagascar (1950-1954), professeur titulaire de la Chaire de pharmacie à l'École de médecine et de pharmacie de Tananarive ;

– Sénégal (1956-1978), étude de la pharmacopée sénégalaise et professeur titulaire de la chaire de pharmacognosie à la Faculté mixte de médecine et de pharmacie de Dakar ;

– À partir de 1978, expert auprès de l'ONU, membre du « Groupe d'Études du Projet-Pilote de l'UNESCO concernant de nouvelles méthodes et techniques de l'enseignement de la Biologie en Afrique ».

Références


- Hall, Edward T. (1997), L'Ouest des années trente. Découvertes chez les Hopi et les Navajo. Paris : Le Seuil, « La couleur des idées ».

- Iacono, Alfonso M. (1992), Le fétichisme, histoire d'un concept. Paris : PUF, « Philosophies ».

- Joseph, Isaac (1998), Erwing Goffman et la microsociologie. Paris : PUF, « Philosophies ».

- Kerharo, Joseph (1945-1948), Carnets de route Côte d'Ivoire, Haute Volta. Inédits, manuscrits.

- Kerharo, Joseph et Bouquet, Armand (1950), Sorciers, féticheurs et guérisseurs de la Côte d'Ivoire - Haute-Volta. Paris : Éditions Vigot Frères.

- Kerharo, Joseph (1962-1964), Carnet de route Sénégal I. Inédit, manuscrit.

- Kerharo, Joseph et Thomas, Louis-Vincent (1962), « La médecine et la pharmacopée des Diola de Basse Casamance (Sénégal) », Bulletin de la Société Médicale d'Afrique Noire. Dakar : n°7, pp.667-702.

- Kerharo, Joseph et Adam, J. G. (1974), La pharmacopée sénégalaise traditionnelle. Paris : Éditions Vigot frères.

- Kerharo, Joseph (1975), « La médecine et la pharmacopée traditionnelles sénégalaises », revue Études Médicales. Le Caire : Éditions des Pères Jésuites, n°1, pp.3-54.

- Simmel, Georg (1999) Sociologie. « Ch.9. L'espace et les organisations spatiales de la société ». Paris : PUF, « Sociologies ».

- Simmel, Georg (2002) La philosophie de l'aventure. Paris : L'Arche.

- http://www.ina.fr/histoire-et-conflits/decolonisation/audio/PHZ04017701/la-pharmacopee-d-outre-mer-2.fr.html - Archives INA (Institut National de l'Audiovisuel). Pierre FROMENTIN interviewe le commandant Joseph KERHARO, pharmacien colonial : les plantes non officinales répertoriées en Afrique, l'usage qu'en font les populations locales, explication sur l'aspect et l'utilité entre autres de l'Iboga hallucinogène, du Chaulmoogra utilisé contre la lèpre, du cardiotonique Ouabaïne, et de l'insecticide Rothénone.

Pour citer cet article


Gaël Bordet, Joseph Kerharo, itinéraire d'un arpenteur : la naissance de l'ethnopharmacognosie, Incursions n°4, mai 2010, http://www.incursions.fr