Histoire et critique réflexive dans la recherche sociale de Bourdieu

L'objectiPierre-Bourdieu-coverf de cet article est de contribuer à l'approfondissement des débats concernant la place qu'occupe l'histoire dans la pensée de Bourdieu et de sa contribution pour les historiens contemporains.

Par Antonio Paulino

 

Nous évoquons d'abord la possibilité de l'émergence d'une science sociale qui unifie la sociologie et l'histoire sociale face à la fonction principale de l'histoire, celle qui consiste à la situer en tant qu'instrument de critique réflexive. Puis nous systématisons et analysons plusieurs travaux de recherche de Bourdieu dans lesquels l'histoire sociale apparait comme l'instrument central de l'analyse empirique.

C'est le cas de ses travaux de recherche sur l'Algérie, dans lesquels il analyse l'attitude des paysans par rapport à l'espace et au temps. Nous analysons également la structure objective des luttes sociales et la nécessité d'étudier l'histoire du sport. Le rapport entre habitus et champ est conçu comme deux modes d'exigence historique. En conclusion il apparaît que le point de départ des recherches de Bourdieu se situe dans les conditions historiques de production des pratiques sociales. Le passé est le fondement de notre attitude pour comprendre le présent et agir sur lui.

Dans l'ensemble de son œuvre, Pierre Bourdieu a donné une place aussi importante à l'interdisciplinarité qu'à l'histoire en tant qu'instrument d'analyse. L'interdisciplinarité et la comparaison historique ont été les objectifs fondamentaux du renouvellement dans les sciences historiques (KAELBLE, 1995). La comparaison historique représente surtout une avancée en ce qui concerne la méthode, permettant d'amplifier et d'affiner la compréhension et l'explication historique.

Le véritable commencement de l'histoire sociale comparée date des années 1970, c'est également la période pendant laquelle les liens entre la sociologie et l'histoire deviennent plus étroits (BOURDIEU, 1995). Les recherches sociologiques et ethnologiques de Bourdieu se révélèrent d'un grand intérêt pour les historiens préoccupés par les phénomènes de culture et qui étaient à la recherche de nouveaux instruments d'analyse. A titre d'exemple on peut citer l'historien anglais Eric Hobsbawm, qui affirme s'être fréquemment inspire de Bourdieu pour élaborer sa problématique (HOBSBAWM, 2004).

Ce qui nous intéresse dans cet article, c'est de saisir la place que l'histoire occupe dans la pensée de Bourdieu et sa contribution pour les historiens contemporains. Notre hypothèse centrale est que l'œuvre de Bourdieu est profondément marquée par l'histoire sociale en tant qu'instrument indispensable à la pratique scientifique. Ce qui est propre aux réalités historiques c'est la possibilité d'établir que les choses pourraient être différentes et que dans d'autres réalités et conditions sociales les choses sont autres. Cela signifie qu'en prenant comme point de départ l'histoire, le sociologue dénature une situation donnée. (BOURDIEU, 1987, p. 25).

Le travail avec les historiens

La revue des Actes de la recherche en sciences sociales est un instrument fondamental pour la diffusion des recherches de Pierre Bourdieu et de ses collaborateurs. Dès les premiers numéros de cette revue, Bourdieu défend l'importance d'une sociologie historique. Mon propos n'est pas de faire ici une analyse de la conception historique véhiculée par la revue. Toutefois un regard rapide nous permet de saisir les intérêts et l'orientation même que Pierre Bourdieu donne à ses recherches. On peut affirmer que la grande majorité des études publiées dans cette revue est relative à l'histoire, au sens le plus fort du terme:

[...] la sociologie et l'histoire ont le même objet et pourraient avoir les mêmes instruments théoriques et techniques pour le construire et l'analyser. Je peux dire que l'un de mes combats constants dans les Actes de la recherche en sciences sociales, vise à favoriser l'émergence d'une science sociale unifiée, ou l'histoire serait une sociologie historique du passé et la sociologie, une histoire sociale du présent (BOURDIEU, 1995, p. 111).

Il est vrai que Bourdieu avait l'habitude de travailler avec les historiens, et cela depuis le moment où il avait été accueilli par Braudel à la Maison des sciences de l'homme. Bourdieu avait une grande admiration pour Braudel, mais aucun enthousiasme pour l'histoire de longue durée pratiquée par les Annales (BOURDIEU, 1987, p. 55-56). Pour lui, les historiens des Annales étaient peu intéressés par l'analyse historique des concepts utilisés dans l'analyse du passé et ne faisaient pas non plus une utilisation réflexive de l'histoire. L'historien français, dit Bourdieu (1995), a une certaine méfiance vis-à-vis du concept.

L'histoire de longue durée est le champ privilégié de la philosophie sociale et cela apparaît, dans les travaux de sociologie, dans des considérations générales sur la bureaucratisation, la rationalisation et la modernisation. Cette philosophie sociale, dit Bourdieu, apporte beaucoup d'avantages sociaux aux auteurs et peu de profits scientifiques : « Pour faire de la sociologie comme je la fais il faut renoncer à ces avantages. L'histoire dont j'ai fréquemment besoin pour mon travail n'existe pas. » (BOURDIEU, 1992, p. 113). La réflexivité dans le travail d'objectivité scientifique, a pour but d'assurer le domaine conscient des conditions sociales de production du discours historique ou sociologique sur le monde social et essentiellement à travers la critique historique des instruments de pensée, des concepts et des techniques. Pour Hobsbawm, ceci contient un fond de vérité, dans la mesure où les historiens ne s'intéressaient pas à la philosophie (à l'exception des historiens des idées), mais ce n'était pas le cas des historiens allemands. Dans la conception de Bourdieu, la philosophie marxiste aurait dû imposer l'attention que l'on doit donner à l'histoire des concepts que nous utilisons pour penser l'histoire. Mais l'aristocratisme philosophique mène justement à oublier de soumettre à la critique historique les concepts visiblement marqués par des conditions historiques de production et d'utilisation (BOURDIEU, 1992, p. 28). Le passé des institutions est un instrument de lutte dans le champ de la production culturelle. Il existe aussi une tendance qui considère la recherche historique à partir de la logique du processus, c'est-à-dire, comme une recherche de l'origine de la responsabilité et des responsables. Ceci est le début de l'illusion téléologique (BOURDIEU, 1980, p. 5).

La fonction principale de l'histoire, selon Bourdieu, est qu'elle constitue le principal instrument de la critique réflexive. C'est à partir de cette critique que le chercheur peut prendre conscience de la spécificité, de la subjectivité de tout et de n'importe quel point de vue, de celui qui observe une société et de toute discipline ayant une prétention scientifique. C'est dans cette perspective que l'autobiographie constitue un élément nécessaire à la pensée de Bourdieu et à ses écrits. Toutefois, il ne s'agit pas d'un corps fermé, mais d'une discussion permanente entre Bourdieu et son époque. En vérité, il existe une affinité élective entre les travaux historiques de Bourdieu (plus précisément dans le champ artistique français de la fin du XIXe siècle) et ceux de grands historiens sociaux tels que Norbert Elias, E. P. Thompson, Eric Hobsbawm, William H. Sewell, Moshe Lewin ou même Charles Tilly. Ce qu'il y a en commun entre Bourdieu et eux c'est l'analyse des processus de constitution des structures mentales, culturelles, sociales et également politiques. Bourdieu se sentait à l'aise avec les historiens et pourtant il n'a pas choisi de devenir historien mais bien un philosophe converti à la sociologie. Dans ses écrits les plus importants il fait de nombreuses références aux philosophes et cite beaucoup les historiens. Georges Duby semble être celui des historiens auquel il ait fait le plus souvent référence. C'est dans son livre intitulé la distinction qu'il reconnait sa dette vis-à-vis du travail de cet historien (BOURDIEU, 1979, p. 556-557). Dans son livre Homo academicus, on peut remarquer combien il se méfiait de l'histoire pratiquée dans l'enseignement supérieur français. Bourdieu affirmait, en 1999, que "les historiens [...] ne font pas suffisamment usage de la réflexivité historique et se contentent de dire qu'il faut éviter l'anachronisme, quand ils pourraient se servir de leur connaissance en histoire pour s'interroger sur les concepts en histoire" (TOPALOV, 2005, p. 209).

Les historiens sont fréquemment condamnés à l'anachronisme par l'utilisation a-historique qu'ils font des concepts utilisés pour penser les sociétés du passé. Ainsi, projeter le concept de l'artiste sur une période antérieure à 1880 est un anachronisme et il cache également la question de la genèse de l'espace social dans lequel l'artiste a pu exister comme tel. Il faut remarquer que l'anachronisme est inscrit dans l'attitude traditionnelle en ce qui concerne la culture. Les historiens oublient que les concepts et les réalités auxquels ils sont liés sont les produits d'une construction historique. De cette manière, l'histoire de la genèse des instruments intellectuels que nous mettons en pratique pour analyser le monde social est un grand instrument de critique épistémologique et sociologique auquel nous devons soumettre nos catégories de pensée et nos formes d'expression. Bourdieu déclare qu'étrangement, les historiens ne font pas beaucoup d'usage réflexif de l'histoire elle-même. En historicisant la raison sans la détruire, la réflexivité épistémologique permet que se fonde un rationalisme historiciste qui réconcilie la déconstruction et l'universalisme, la raison et la relativité, situant les opérations dans le champ scientifique. La science est une activité éminemment politique, comme disait Gramsci. Mais elle ne se réduit pas à une politique incapable de produire des vérités acceptées de manière universelle. La réflexivité de la sociologie de Bourdieu implique une vigilance aiguë de l'historicité des catégories des sciences sociales. L'exemple classique des conséquences d'une lecture a-historique d'une réalité ou d'un auteur est bien perçu par Bourdieu quand il fait la reconstruction du champ de la production philosophique et la structure du champ universitaire, dans l'espace et dans le temps, dans lequel se situe Heidegger, qui représente le paradigme du « philosophe pur ». Pour Bourdieu, peu d'œuvres ont été lues de manière aussi a-historiques que celles d'Heidegger (BOURDIEU, 1988, p. 9, 13 e 14).

Bourdieu se refuse explicitement à voir le rapport entre la biographie du philosophe et les conditions économiques et sociales de son époque, et Heidegger a toujours été lu de manière a-historique par ses disciples. Il s'agit d'empêcher que l'on pense au rapport entre la philosophie et la politique. Quand Bourdieu analyse les conditions sociales de circulation internationale des idées il note que l'une des fonctions de l'utilisation de la pensée d'Heidegger en France dans les années 1950 (à cette époque le monde intellectuel était dominé par Sartre) a été de disqualifier la pensée de Sartre. La lecture a-historique d'Heidegger a même amené certains marxistes français à consacrer Heidegger et sa pensée (BOURDIEU, 1988, p. 2-3).

 


Paysans, grève et sport

L'objet de l'histoire est l'histoire des transformations de la structure, lesquelles ne sont compréhensibles qu'à partir de la connaissance de ce qu'était la structure à un moment historique déterminé. Avec les mots d'Eric Hobsbawm (1998, p. 22), "Le sujet de l'histoire est le passé. Nous passons sans cesse du passé au présent et du présent au futur. L'histoire ne peut pas être coupée du présent ni du futur".

Dans ce travail, le concept de l'histoire sociale se réfère non seulement à l'histoire des classes populaires, des mouvements sociaux ou à la vie quotidienne et ses coutumes, mais fondamentalement à la combinaison entre histoire et économie. Pour ces historiens, l'histoire sociale nous fait comprendre l'évolution de l'économie et, surtout, elle éclaire la relation entre la structure et les changements dans la société. Partant de cette définition d'Eric Hobsbawn, il est possible d'affirmer que les travaux de Pierre Bourdieu sur l'Algérie surtout, concernent l'histoire sociale.

Ce sont les études sur les populations rurales d'André Nouschi (1961) qui l'ont amené à chercher dans l'histoire de la politique coloniale et en particulier dans les lois agraires, les principes de transformations que connurent les sociétés rurales colonisées. C'est à partir de ces études que Bourdieu commence à analyser les attitudes temporelles qui sont des principes de conduites économiques précapitalistes (BOURDIEU, 1977, p. 10-11).

Dans ses travaux sur l'Algérie, Bourdieu analyse la question de l'attitude des populations rurales par rapport à l'espace et au temps. Pour lui il existe une correspondance entre le système et les attitudes et le système économique. Sa critique de « l'économicisme » n'est pas une critique du processus de construction des concepts des sciences économiques, mais l'oubli de ce processus et la généralisation injustifiée d'un modèle de comportement. Le processus d'adaptation à l'économie capitaliste que l'on peut observer en Algérie rappelle que l'unique considération que notre société ne devrait pas oublier c'est que le fonctionnement de tout système économique est lié à l'existence d'un système déterminé d'attitudes par rapport au monde et, plus précisément par rapport au temps.

Il faut prendre en considération le fait que le nouveau système d'attitudes et les modèles de comportement ne se sont pas élaborés dans le vide. Ceci nous oblige à prendre comme premier objet l'analyse de la "conscience économique concrète" dans chaque cas. Ignorant cela, les sciences sociales deviennent un instrument camouflé de la relation de domination qu'impose aux colonisés l'adaptation à une nouvelle loi du colonisateur, qu'il s'agisse d'une économie ou d'un style de vie. Le concept d'habitus est justement né de l'effort nécessaire pour comprendre les pratiques des hommes et des femmes qui se sont trouvés dans une condition économique étrange, imposée et importée par la colonisation. Ces hommes et ces femmes possédaient des conditions culturelles et des dispositions, surtout économiques, acquises dans des conditions historiques précapitalistes.

Ce sont ces études qui ont fait que Bourdieu se soit approché de plus en plus de l'histoire. Sa participation à la deuxième table-ronde sur l'histoire sociale de l'Europe fut pour lui une occasion de discuter et de publier un document important sur l'histoire de la grève. Celle-ci n'a de sens que lorsque nous la replaçons sur le terrain des luttes des travailleurs, structure objective qui définit le rapport de forces entre les travailleurs et les responsables d'entreprises, avec le troisième acteur qu'est l'Etat.

Les relations objectives qui définissent un terrain de lutte sont appréhendées dans le contexte de toutes les interactions concrètes et pas seulement sur le lieu de travail. Le plus grand problème, pour la classe laborieuse, est le décalage entre le caractère national des organisations syndicales et le caractère international des entreprises et de l'économie. Il faut faire une histoire sociale de la discussion sur la lutte des classes légitime : qu'est-ce qu'il est légitime de faire à un patron ? Nous pouvons nous demander si toute reconnaissance des limites de la lutte, toute reconnaissance de l'illégitimité de certains moyens ne fragilise pas la revendication des dominés. En quoi consiste la revendication légitime ? Il est fondamental de considérer dans ce cas la structure du système de revendications et la structure des instruments de lutte (BOURDIEU, 1984, p. 256-257).

La mobilisation de la classe ouvrière est liée à l'existence d'un appareil symbolique de production des instruments de perception et d'expression du monde social et des luttes des travailleurs. Cela est si vrai que la classe dominante cherche constamment à imposer des modèles de perception et d'expression qui démobilisent la classe laborieuse. C'est dans ce sens que Bourdieu insiste sur l'importance de faire une histoire comparée des vocabulaires de la lutte quels que soient les mots utilisés. Pour lui la question est de savoir comment sont produits et soutenus les euphémismes. L'élaboration de l'étude sur la problématique de la grève est construite du point de vue de l'histoire sociale. C'est cette même procédure méthodologique qui est appliquée dans le cas du sport.

C'est à la fin des années 1970 qu'il a discuté avec Eric Hobsbawm de la nécessité de faire une histoire du sport. Pour Bourdieu il faut d'abord s'interroger sur les conditions historiques et sociales de l'existence de ce phénomène social qui s'appelle sport moderne, ainsi que sur les conditions sociales qui ont rendu possible la constitution du système d'institutions et d'agents directement ou indirectement liés à l'existence pratique et à la consommation sportive (BOURDIEU, 1984, p. 174). L'histoire des pratiques sportives ne peut être qu'une histoire structurale, tenant compte des transformations systématiques qui apparaissent avec l'arrivée d'un nouveau sport (BOURDIEU, 1992, p. 205).

Le rôle le plus important de l'histoire sociale du sport pourrait être celui de la voir se baser sur elle même, en faisant la généalogie historique de l'apparition de son objet comme réalité spécifique. Elle seule pourrait nous dire à partir de quel moment on a pu parler de sport, ou à partir de quand s'est constitué le champ de la concurrence à l'intérieur duquel se trouve défini le sport comme une pratique spécifique. A chaque moment, chaque personne qui entre dans le sport doit pouvoir compter sur un état déterminé de pratiques, de consommation sportive et de distribution entre les classes. Cette attitude face au sport est le résultat de luttes historiques antérieures, de concurrence entre les agents et les institutions liés au sport. Mais nous ne pouvons pas comprendre la logique selon laquelle les agents s'orientent vers une pratique sportive déterminée sans prendre en considération leur disposition par rapport au sport. Cette disposition à son tour est une dimension fondamentale du rapport à son propre corps, lequel s'inscrit dans l'unité du système de dispositions - habitus –, qui est un principe de vie : le rapport au corps est l'une des dimensions fondamentales de l'habitus.

L'œuvre de Bourdieu est largement en convergence avec celle des historiens, ce qui n'est ni le cas de Foucault ni d'Althusser (HOBSBAWM, 2004, p. 291). Le grand mérite de Bourdieu est de reconnaitre la force des pratiques modelées par l'habitus dans les sociétés contemporaines. Il y trouve une justification pour critiquer les théories du choix rationnel. L'habitus occupe un espace entre la structure historique et l'activité humaine, entre l'action consciente et la détermination historique. En termes marxistes il unit la base à la superstructure.

Bourdieu veut comprendre l'histoire là où elle se cache le mieux: dans le cerveau, dans les rides du corps. Nous pouvons comprendre que l'être social est ce qui a déjà été, mais ce qui a déjà été est pour toujours inscrit non seulement dans l'histoire, mais dans l'être social, dans les choses et dans le propre corps. S'il est donc vrai, que l'histoire peut défaire l'histoire, il est également vrai qu'il faut du temps pour détruire les effets du temps (BOURDIEU, 1980, p. 12). L'inconscient est histoire. Il en est ainsi par exemple avec les catégories de pensée et de perception que nous appliquons spontanément au monde social (BOURDIEU, 1984, p. 74).

Tant dans le cas de l'analyse historique sur la grève que sur le sport, ce qui est proposé par Bourdieu c'est un programme de recherche dans lequel sont posés les éléments fondamentaux d'une analyse historique. Il fait une analyse socio-historique tant sur le cas de l'Algérie que sur celui des politiques de logements sociaux en France. Cependant, dans aucun cas le concept d'histoire n'apparait dans le titre des travaux mentionnés, ce qui signifie que Bourdieu fait une analyse sociologique, historique.

 


Sociologie économique et histoire

L'économie est l'une des références dominantes pour la sociologie. Ceci parce que le monde social est partout présent dans chaque action économique et c'est la raison pour laquelle il faut que nous disposions d'un instrument théorique qui nous permette de construire des modèles historiques pouvant éclairer de manière rigoureuse les actions et les institutions économiques telles qu'elles peuvent être observées de manière empirique. Il est clair que dans ce cas il faut s'interroger sur les évidences et le bon sens. Le modèle théorique doit rendre notre pratique quotidienne perceptible affirme Bourdieu.

Les dispositions économiques les plus fondamentales tels que les besoins les préférences et les propensions ne sont pas exogènes (dépendantes d'une nature humaine universelle), mais endogènes et dépendantes d'une histoire. Mais la théorie traditionnelle nous amène à oublier le caractère socialement construit (et, en ce sens arbitraire et artificiel) de l'investissement dans un jeu dont les implications sont économiques. Le principe ultime de tout engagement dans le travail, la carrière et le propre calcul se trouve dans les "profondeurs d'un habitus historiquement constitué" (BOURDIEU, 2000, p. 22).

Il existe alors une correspondance entre la structure sociale et les structures mentales entre les divisions objectives du monde social (entre les dominants et les dominés de différents champs) et les principes de vision et de division que les agents sociaux appliquent. Ce qui signifie que le point de vue des agents varie systématiquement en fonction du lieu qu'ils occupent dans l'espace social objectif (BOURDIEU, 1984). Mais cela signifie également que l'idée de la correspondance entre les structures sociales et les structures mentales a une fonction politique. Ceci parce que les systèmes symboliques ne sont pas seulement des instruments de connaissance mais également des instruments de domination et d'idéologie, au sens de Marx. Enfin, l'espace social et les groupes qui en font partie sont des produits de l'histoire. Les agents s'engagent en fonction de la position qu'ils occupent dans l'espace social et des structures mentales à travers lesquelles ils appréhendent cet espace (BOURDIEU, 1987, p. 24).

Mais l'ethnocentrisme ou la philosophie sociale (à prétention universaliste) font disparaître la question des conditions économiques et culturelles de l'accès à l'attitude économique moderne. Il faut rompre radicalement avec la prénotion de la science pure qui se fonde sur une négation de la racine sociale des pratiques économiques. Tout ce que la science économique situe comme une simple donnée de la nature (c'est-à-dire, comme un ensemble de dispositions de l'agent économique) est le produit d'une longue histoire collective qui est, en même temps, reproduite par les histoires individuelles. C'est ainsi que pour Bourdieu, seule une analyse historique peut rendre compréhensibles les attitudes des agents économiques, vu que les dispositions économiques sont inscrites, parallèlement, dans les structures sociales et dans les structures cognitives.

Il s'agit de schémas pratiques de pensée, de perception et d'action sociale. La lutte contre la vision a-historique de la science économique implique une indispensable reconstruction de la genèse de la disposition économique de l'agent économique et, plus précisément de ses goûts, ses besoins, ses tendances ou attitudes. Le champ économique, comme un cosmos qui obéit à sa propre loi et possède une légitimité, construit ainsi une autonomie radicale de la théorie pure que constitue l'univers économique comme un univers séparé (BOURDIEU, 2000, p. 15-16). L'esprit de calcul, qui soumet la pratique économique à une vision calculatoire s'impose à tous les domaines pratiques contre la logique de l'économie domestique fondée sur la négation du calcul.

L'histoire sociale du champ économique est si importante qu'en 1997, Bourdieu consacre exclusivement un numéro des Actes de la Recherche en Sciences Sociales à l'économie et aux économistes. Ce qui retient l'attention c'est également le fait que ce numéro ne contienne que quatre articles dont les deux premiers sont : sur le déni du pouvoir et le champ des économistes français au milieu des années 1990 et sur le désir d'en faire une science de Fréderic le Barron. Un troisième est sur la rhétorique et de la réalité de la mondialisation de Neil Fligstein et le dernier, de Bourdieu, traite du champ économique. Une grande place est donnée à Fréderic le Barron, qui est spécialiste en sociologie de la connaissance économique et a soutenu une thèse sur les économistes français et la question du pouvoir. Il est également membre du comité de rédaction de la revue.

Ce problème du champ économique sera encore affiné dans son livre sur les stratégies sociales de l'économie (BOURDIEU, 2000), dans lequel le sociologue français analyse les stratégies des différentes entreprises engagées dans la lutte pour le monopole du marché du logement social. Pour lui, cette lutte ne peut être comprise que dans la mesure où tous les rapports de force entre les différentes catégories d'agents ont été établis. La logique de ce marché administratif et bureaucratique est mise en place et contrôlée. Il est nécessaire de faire "l'histoire sociale du champ fermé", dans laquelle la lutte est bloquée entre les représentants de la fonction publique, les représentants de l'initiative privée du secteur du logement (les entreprises) et les agents de financement. (BOURDIEU, 2000, p. 116).

C'est la longue histoire de toutes les entreprises qui culmine avec la politique du logement telle qu'elle existe dans une certaine quantité d'institutions, et c'est aussi le résultat d'un rapport de force structurel entre les différents agents ou institutions qui agissent en fonction du maintien ou de la transformation du statu quo en matière de politique de logement. Ainsi celles qui existent en France favorisent les inégalités sociales.

Bourdieu fait une analyse des grands éléments historiques des initiatives innovatrices qui ont préparé la réforme des politiques de logement en France. Dépassant la simple description il fait une analyse de la structure du champ administratif et bureaucratique. C'est à travers l'analyse de ce champ qu'il propose un modèle explicatif des stratégies individuelles et collectives. Il prend en considération l'ensemble des agents sociaux impliqués dans les politiques de logement et l'ensemble des propriétés de chaque agent et de chaque institution. Cette analyse historique et sociologique nous montre la structure de distribution du pouvoir et des intérêts spécifiques qui déterminent - et expliquent -, les stratégies individuelles et par conséquent « l'histoire des principales interventions qui mènent à l'élaboration et à l'application de la loi sur l'aide à la construction » (BOURDIEU, 2000, p. 129). Bourdieu définit la caractérisation de chacun des agents sociaux qui a un rapport direct ou indirect avec la question du logement.

L'analyse de la logique de l'histoire structurelle des réformes concernant le logement en France, élaborées en 1975, a montré qu'il n'y avait rien de conjoncturel. La politique du logement a été l'un des premiers terrains de luttes entre les adeptes d'une politique sociale (ceux qui s'identifient au parti socialiste français) et les défenseurs du libéralisme. Il y avait d'un côté, ceux qui étaient en faveur du maintien de la définition des droits sociaux en vigueur tels que: le droit au travail, à la santé et au logement, tout cela étant défini collectivement et publiquement reconnu et assumé par l'Etat, grâce à divers organes de la sécurité sociale et d'un autre côté, il y avait ceux qui voulaient redéfinir et réduire le rôle de l'Etat-providence.

L'enjeu de la définition des politiques du logement s'est modifié dans le sens de favoriser de plus en plus les défenseurs d'un libéralisme plus ou moins radical. Malgré cette orientation libérale, les forces favorables à la défense des droits sociaux disposent d'un grand pouvoir parce qu'elles sont inscrites depuis longtemps dans les institutions. Cela signifie que les droits sociaux ont été inscrits dans les structures objectives, dans l'administration, dans les structures cognitives et dans les dispositions qu'elles ont aidé à construire (BOURDIEU, 2000, p. 149-150).

 


Histoire, champ et habitus

Des luttes se produisent dans un champ donné, et cela signifie qu'il existe une histoire. Mais le concept de champ ne peut être compris sans que l'on établisse son rapport avec le concept d'habitus. En vérité ces deux concepts sont centraux : ils désignent un nœud de relations et ils ne peuvent être compris que dans la mesure où l'analyse sociologique prend comme point de départ, tant les conditions historiques d'apparition de l'habitus que celles du champ lui-même. L'habitus est un opérateur de rationalité, mais d'une rationalité pratique, immanente à un système historique de relations sociales et donc, de transcendance de l'individu. L'habitus est créatif, mais dans les limites de la structure. Enfin, "[...] l'habitus est cette loi immanente, lex insita, inscrite dans le corps par des histoires identiques" (BOURDIEU, 1980, p. 99).

Bourdieu s'est inspiré du modèle de Chomsky pour penser l'habitus comme principe générateur, "augmenté en permanence d'improvisations" (BOURDIEU, 1972, p. 179). Il voulait réagir contre l'orientation mécaniciste de Saussure et du structuralisme. Ainsi, Bourdieu voulait insister sur les capacités génératrices de dispositions, prenant en considération le fait qu'il s'agisse de dispositions acquises et construites socialement (BOURDIEU, 1987, p. 23).

Les deux concepts d'habitus et de champ sont en relation dans la mesure où un seul peut fonctionner dans sa totalité quand il est en relation avec l'autre. Un champ n'est pas une structure morte, mais un espace de jeu qui n'existe comme tel que parce qu'il existe des joueurs, disposés à entrer dans le jeu, qui croient dans les récompenses qu'offre le champ. Par conséquent, une théorie adaptée au champ impose une théorie des agents sociaux. Il n'existe que l'action et l'histoire, qui tendent soit au conservatisme soit au changement, parce qu'il existe des agents sociaux. Mais ces agents n'ont une action et une efficacité que s'ils ne sont pas réduits à ce que nous appelons communément d'individu. Comme organismes socialisés ils sont dotés d'un ensemble de dispositions qui impliquent une propension à la capacité d'entrer dans le jeu et à jouer (BOURDIEU, 1992, p. 26).

Le sens pratique a une connaissance préalable, il lit dans l'étape présente les étapes futures intrinsèques au propre champ, car le passé, le présent et le futur se recoupent et s'interpénètrent mutuellement dans l'habitus, qui peut être compris comme une situation bien enracinée dans le corps.

En tant que produit d'un sens pratique, la théorie de la pratique a été proposée par Pierre Bourdieu pour expliquer la logique réelle de la pratique. Cette théorie pose que les objets de connaissance sont construits et non enregistrés passivement. La théorie de la pratique signifie également que le principe de cette construction soit une forme transcendantale historique que Bourdieu appelle l'habitus. Il s'agit d'un système socialement constitué de dispositions structurées et structurantes acquises grâce à la pratique et qui sont constamment orientées vers cette même pratique. Pour Pierre Bourdieu, la notion d'habitus vise à rendre possible une théorie matérialiste de la connaissance qui présuppose un travail de construction conformément à ce qui est suggéré par Marx dans les thèses sur Feuerbach.

La notion de champ suppose la domination de l'opposition conventionnelle entre structure et histoire, entre conservatisme et changement. Les relations de pouvoir qui constituent la structure du champ sont autant la base de la résistance à la domination qu'à la subversion. Quand Loïc Wacquant (BOURDIEU/WACQUANT, 1992) s'interroge sur la place de l'histoire dans la pensée de Bourdieu et si elle est un instrument privilégié de réflexivité, Bourdieu affirme qu'il ne peut répondre que de manière générale à une question aussi complexe. Il affirme que la séparation entre la sociologie et l'histoire est désastreuse et qu'elle n'a pas de justification épistémologique. Pour lui toute sociologie doit être historique et toute histoire doit être sociologique. La théorie du champ a pour fonction de défaire cette opposition entre répétition et transformation ou entre structure et histoire. Dans les travaux dans le champ de l'art, Bourdieu a montré que nous ne pouvions comprendre la dynamique d'un champ qu'à travers l'analyse de la structure. A son tour, cette structure ne pourra être comprise qu'à travers l'analyse de sa constitution historique et de ses luttes.

Selon Bourdieu les grands historiens sont des grands sociologues. Mais il affirme que pour des raisons diverses ils ne se sentent pas aussi à l'aise que les sociologues pour forger des concepts et construire des modèles.

Bourdieu sent qu'une histoire structurale est nécessaire, faisant apparaître chaque étape de la structure examinée comme étant le produit des luttes antérieures, menées pour maintenir ou transformer cette structure et les principes de transformation qui sont le résultat des rapports de force constituant un champ déterminé. L'histoire est, de fait, un instrument privilégié de la réflexivité.

L'une des fonctions du concept d'habitus est de rappeler l'historicité de l'agent économique, la genèse historique de ses aspirations, ses goûts et ses préférences. Les actions humaines ne sont pas des réactions spontanées, mais des réactions significatives. L'objet même des sciences sociales n'est ni l'individu (individualisme méthodologique) ni non plus les groupes, perçus comme des ensembles d'individus Mais plutôt la relation entre deux réalisations de l'action historique. En d'autres termes, l'objet des sciences sociales est la double relation entre les habitus (systèmes de perception durables et transportables) et de relations objectives qui sont les produits de l'institution sociale (BOURDIEU, 1992, p. 102). La réalité sociale existe dans les choses et dans le cerveau des agents, dans le champ et dans l'habitus, à l'extérieur et à l'intérieur des agents sociaux. C'est dans le rapport entre un habitus et un champ que l'histoire entre en rapport avec elle-même.

Il faut comprendre que l'habitus n'est pas le destin de l'histoire, il se constitue comme un système ouvert de dispositions, constamment remis en question par les expériences nouvelles. "L'habitus est durable mais il n'est pas immuable" (BOURDIEU, 1992, p. 109). A cela, Bourdieu ajoute immédiatement que statistiquement les personnes sont amenées à rencontrer des circonstances en accord avec leur habitus d'origine et donc à vivre des expériences qui viennent renforcer leurs dispositions. L'habitus ne se révèle qu'à partir d'une relation déterminée.

La notion d'habitus nous fait comprendre le fait que les agents sociaux ne soient ni des particules de matière déterminées pour une cause extérieure, ni des petites monades guidées exclusivement par des raisons internes, exécutant des programmes d'actions parfaitement rationnels. Les agents sociaux sont produits par l'histoire, par l'histoire de tout le champ social et par l'expérience accumulée en suivant une trajectoire déterminée, dans un champ déterminé. Le rapport entre habitus et champ, conçus comme deux modes d'existence historique, permet de fonder une théorie de temporalité en rupture simultanément avec deux philosophies opposées. D'un côté la vision métaphysique, qui traite du temps comme d'une réalité en soi, indépendante de l'agent et de l'autre la philosophie de la conscience. Loin d'être une condition a priori et transcendantale de l'historicité, le temps est le produit de l'habitus.

L'activité pratique transcende le présent immédiat par la mobilisation du passé et l'anticipation pratique du futur inscrit dans le présent, comme une potentialité objective. Parce qu'il implique une référence pratique au futur, impliqué dans le passé où il est produit, l'habitus se temporalise dans l'acte lui-même dans lequel il se réalise. Bourdieu nous fait comprendre que la théorie de la pratique condensée dans les concepts d'habitus et de champ nous permet d'analyser la réalité, nous laissant libres de la représentation métaphysique du temps et de l'histoire comme des réalités en elles-mêmes, extérieures et antérieures à la pratique. Bourdieu, toutefois, le fait sans embrasser la philosophie de la conscience, soutenant des visions de la temporalité rencontrée chez Husserl ou dans la théorie de l'action rationnelle.

La raison consiste en un complexe de procédures discursives et de règles argumentatives dont l'élaboration est solidaire avec la formation d'un champ de pratiques autonomes, dans lesquelles les règles sont le régime ordinaire de la résolution des conflits:

La raison scientifique est une conquête sociale de même que la sécurité sociale, comme Bourdieu avait l'habitude de le dire, devant être acquise contre le pouvoir politique et qu'il est toujours nécessaire de défendre contre les mêmes pouvoirs ou contre les pressions économiques et les séductions des medias (COLLIOT-THÉLÈNE, 1995, p. 639).

Etant structurant et structuré, l'habitus engage dans les pratiques et les schémas pratiques, l'incorporation de structures sociales sorties du travail historique des générations successives (BOURDIEU, 1992, p. 113). C'est la totalité de l'habitus de classe qui s'exprime à travers l'habitus linguistique, que n'est qu'une dimension de la réalité sociale. La raison n'est pas inscrite dans la structure de l'esprit humain ou dans le langage. Elle se trouve spécifiquement dans certains types de conditions historiques, de structures sociales de dialogue et de communication qui ne sont pas violentes. L'histoire est alors le lieu de ce que nous pouvons appeler le processus de civilisation historique dans lequel les conditions économiques sont données avec la constitution de champs relativement autonomes. La raison elle-même a une histoire: elle n'est pas tombée du ciel dans notre pensée et dans notre langage. L'habitus (scientifique ou non) est transcendantal mais c'est un transcendantal historique, lié à la structure et à l'histoire du champ (BOURDIEU, 1992, p. 163).

 


Conclusion

L'analyse de toute société, à tout moment de son développement historique doit commencer par l'analyse de son mode de production. En d'autres termes, une telle analyse doit toujours partir de la manière technico-économique du métabolisme entre homme et nature, de la manière dont l'homme s'adapte à la nature et la transforme par le travail ainsi que des arrangements sociaux selon lesquels le travail est mobilisé, distribué et classé. Ce sont ces raisons qui ont amené Bourdieu à élaborer ses hypothèses de travail à partir des conditions historiques de production des pratiques sociales.

Ainsi le passé devient un concept central dans l'œuvre de Bourdieu, comme un terrain dans lequel se rencontrent les racines du présent. Le passé est d'une certaine façon la base de notre attitude pour comprendre le présent et agir sur celui-ci. Bourdieu avait la passion de l'historien pour le concret, le spécifique, le singulier. Il avait la faculté d'observer avec une bonne distance, faculté déterminante pour les bons historiens et les bons anthropologues. Bourdieu était un observateur sensible et un passionné de la vie quotidienne. Pour lui, l'histoire nous permet de dépasser les obstacles : « C'est en découvrant son historicité que la raison se donne les moyens pour échapper à la raison » (BOURDIEU, 1987, p. 36). Plus loin, il affirme: "il existe une histoire de la raison; ce qui ne signifie pas que la raison se réduise à l'histoire mais qu'il existe des conditions historiques d'apparition sociale de la communication qui rendent possible la production de la vérité ». (Idem, p. 43).

Bourdieu montre que ce que nous appelons le social est en réalité de l'histoire. En ce sens l'histoire est inscrite dans les choses, les institutions (dans l'appareillage juridique, dans l'éducation etc.) et également dans les corps. L'inconscient est de l'histoire. Bourdieu élabore une histoire structurale qui fait apparaitre chaque état de la structure examinée comme étant le produit des luttes précédentes pour maintenir et transformer cette structure, ainsi que les principes de transformation qui en résultent à travers des contradictions, des tensions et des rapports de force qui la constituent (BOURDIEU, 1992, p. 68).

La critique historique et sociologique de la raison historique est une association de la critique logique et de l'épistémologie. Cette critique est le meilleur instrument pour aider à rompre avec les préalables et les constructions provisoires que suppose la construction de concepts rigoureux.

Antonio Paulino

Septembre 2011

Article publié dans la Revista Educação em Questão, v. 37, n. 23, p. 244-262, janv./avr. 2010. Traduction de Mme Armelle Le Bars


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Présentation de l'auteur


Antonio Paulino de Sousa est professeur-chercheur à l'Universidade Federal do Maranhão et docteur en sciences sociales de l'Institut Catholique de Paris et en sociologie de Paris VII.

Pour citer cet article


Antonio Paulino, Histoire et critique réflexive dans la recherche sociale de Bourdieu, trad de Revista Educação em Questão, v. 37, n. 23, p. 244-262, janv./avr. 2010. Traduction de Mme Armelle Le Bars, Incursions n°5, septembre 2011, http://www.incursions.fr.

Crédit photo : portrait de Pierre Bourdieu sur le quatrième de couverture du livre Pierre Bourdieu: A Critical Introduction, By Jeremy F. Lane.