Le stress dans les forces de l'ordre public ; du développement aux stratégies de réponse

Le stress est omniprésent dans le milieu des forces de l'ordre. Comment garder son équilibre  - et comment aider  les professionels à garder cette équilibre - quant on est le point où se rejoignent des processus les plus durs de la société, du pouvoir politique, judiciaire et administratif, et ceux de sa propre vie de famille.

Par Erwan Dieu, Julie Dresselaers et Olivier Sorel

 

Le stress est omniprésent dans le milieu des forces de l'ordre. Son étude permet de comprendre la relativité de la logique du Pouvoir. Les policiers victimisés sont de nos jours soumis à des paradoxes : l'initiative personnelle face à la hiérarchie, la résistance psychologique et physique face aux événements graves, le maintien de l'image professionnelle positive face au négativisme de la population et des média.

L'analyse du développement du stress permet de cibler les causes d'apparition, en vue de l'élaboration de moyens préventifs de gestion. L'étude de ses conséquences met en exergue les dramatiques finalités possibles. Il ne s'agit pas seulement de gestion préventive (primaire et secondaire), mais d'une intervention globale allant de la gestion proactive à la prise en charge tertiaire des stratégies de coping.

Introduction et problématisation du stress dans les forces de police

Les forces de l'ordre sont en permanence soumises au stress. Alors que les média relatent le plus souvent les erreurs policières, peu d'entre eux évoquent la difficulté des interventions effectuées en milieu hostile. Les victimes peuvent aussi être des agents de la force publique. Derrière l'uniforme se cachent des hommes aux problématiques profondes : le respect de l'autorité, la résistance physique, la pression psychologique, l'identification négative de la profession et de soi. Ainsi, nous ciblons notre problématique sur l'identification du stress et les stratégies de réponse mises en place dans le milieu policier, particulièrement exposé aux risques de développement du stress. Notre analyse tente d'allier à la fois des considérations criminologiques et psychologiques, avec pour objectif, de proposer une lecture des effets nuisibles du stress au sein des forces publiques.

L'étude du stress en milieu policier nous oblige à analyser les caractéristiques et causes des violences subies par les forces de l'ordre (1). Cela permet également de se questionner sur la logique du pouvoir. L'autorité policière est-elle réellement une source de pouvoir ? Quelle est la place du policier dans cette institution ? L'étude des caractéristiques et causes du stress conduit à la question du développement et des conséquences de ce stress (2). Quelles sont les différentes causes du stress (en milieu policier) ? Ce stress survient-il de manière brutale ou traverse-t-il diverses phases ? Les conséquences, internes et externes, sont nombreuses. Identifier les causes permet de rompre la chaine du renforcement, pouvant possiblement mener à des conséquences plus néfastes encore. Suite à l'identification des causes et du développement du stress, nous recensons et proposons des stratégies de coping (3). Ces stratégies de réponse au stress peuvent être individuelles ou situationnelles, directes ou indirectes (on scene ou a posteriori). L'information situationnelle propose un modèle efficace de gestion du stress. En effet, travailler a priori et individuellement la perception des situations permet de contrer les effets négatifs probables. Enfin, nous analysons les particularités de trois types de prévention : les préventions primaire, secondaire et tertiaire.

1. Le stress dans les forces de l'ordre public ; de la logique du pouvoir aux violences subies

1.1. La notion de stress

Le stress peut être appréhendé sous la forme de deux processus organiques (1). Il s'agit à la fois d'une agression de l'organisme par un agent physique, psychique, émotionnel entraînant un déséquilibre qui doit être compensé par un travail d'adaptation, et d'une réaction de l'organisme face à l'agression subie. De ce fait, « Le stress est la réponse non spécifique que donne le corps à toute demande qui lui est faite » (Selye, 1974).

Par exemple un policier, qui reçoit un appel pour une intervention dans un lieu suite à une bagarre, va constater que son rythme cardiaque augmente. De nombreux mécanismes physiologiques et psychologiques vont préparer l'organisme à réagir correctement. « Pour pouvoir en arriver à mieux contrôler le stress, il faut d'abord apprendre à reconnaître sa présence et par conséquent être sensible à soi-même et à son environnement. » (Turcotte, 1982). Ainsi, ce stress positif peut être comparé à l'équipement d'un agent de police. Le sujet qui intervient dans une situation dangereuse utilise son équipement (e.g. matraque, gaz lacrymogène, armes à feu) pour augmenter sa sécurité. Le stress positif établit le même processus au niveau de l'organisme (De Soir, Daubechies, & Vandensteene, 2007).

1.2. L'autorité policière et la logique du pouvoir

D'une manière simpliste, le Pouvoir peut être vu comme la « capacité de produire un effet, possibilité d'action sur quelqu'un ou sur quelque chose » (2). Seule cette capacité reste limitée. Pour s'accomplir avec légitimité, le Pouvoir est également et surtout une « faculté légale ou morale de poser certains actes » (3). En d'autres termes, « le Pouvoir est la capacité dévolue à une autorité ou à une personne, d'utiliser les moyens propres à exercer la compétence qui lui est attribuée soit par la Loi » (4). L'individu ou le groupe disposant de cette reconnaissance hiérarchique est alors au sommet de la pyramide du Pouvoir.

La Police, placée légalement comme une force de l'ordre, détiendrait une forme de pouvoir sur les citoyens lambda. La définition de l'usage de la contrainte par la police doit être interprétée de manière large et non restrictive. Il s'agit de « tous les procédés utilisés pour maîtriser une personne, allant du contrôle de la main par une clé de bras en passant par le défoncement d'une porte ou le bris d'une vitre, rendus nécessaire pour se saisir de cette personne » (Bourdoux, 2007, p.340). De manière générale, le recours à la force est limité au respect de trois principes : légalité, proportionnalité et subsidiarité (e.g. Droit policier du recours à la force en Belgique(5)). Certains pays conditionnent l'utilisation des armes à feu au cas de légitime défense (e.g. France).

1.2.1. Le recours à la force comme continuum et boite à outils

La notion de continuum de la force est un concept fondé sur une hiérarchisation des moyens en partant des moins invasifs pour en arriver aux plus létaux. Il s'agit d'un concept utilisé dans les doctrines d'emploi des armes chez les forces de l'ordre public. Bien qu'il soit rigide et figé, ce continuum fournit aux policiers un canevas de base pour chaque type d'intervention.

Le concept de boîte à outils émet l'idée « qu'un policier avisé pourrait choisir ce qui lui convient le mieux dans l'équipement dont il dispose, selon la situation qu'il traite et en tenant compte de la législation qui s'applique » (Sepulcre, 2009). Cette hypothèse affranchit le policier dans sa réflexion et sa prise de décision. Alors que la notion de continuum avait pour défaut la rigidité, le concept de boîte à outils possède le défaut de la liberté laissée aux policiers. Ceux-ci seraient dès lors plus soumis à l'improvisation et au manque de coordination groupale.

1.2.2. La logique du pouvoir selon Crozier et Friedberg

Selon Crozier et Friedberg (1977), il ne faudrait pas analyser les relations de pouvoir comme une grille hiérarchique, mais plutôt en tant que relation d'informations. Effectivement, le(s) garant(s) du pouvoir ne serai(en)t pas celui(ceux) à qui l'on confie une place d'autorité, mais celui(ceux) à qui l'on confie l'information. Dans ses interventions, la Police n'est en réalité pas gestionnaire du pouvoir. Elle est soumise à une information restreinte. Les intervenants, face à une situation à risques, font face à des zones d'incertitude pertinente larges qui les privent d'informations parfois essentielles (e.g. un délinquant qui attend volontairement la police, un mur sur le point de s'écrouler, une victime qui refuse de parler).

Pour remédier à cela, la formation professionnelle tente de reproduire théoriquement et empiriquement ces possibles situations. Il faut y ajouter l'expérience de situations stressantes qui va modeler le comportement de l'intervenant, restreindre ses choix d'actions, voire même inhiber sa réflexion. La situation est alors moins analysée et l'information minimisée. Ce qui grandit à la fois les zones d'incertitude pertinente et les risques sous-jacents à ces incertitudes.

1.3. Les violences envers les forces de l'ordre

Les infractions contre l'autorité publique, et précisément les violences contre les personnes investies de l'autorité publique, paraissent en constante évolution en Belgique(6). En huit ans, ces violences ont quasiment doublé (Sepulcre, 2009). L'agression envers les forces de l'ordre n'est évidemment pas un phénomène belge. En dix ans aux Etats-Unis (1998-2007), il y a eu 549 policiers tués (7) (moyenne de 55 par an) et 586 740 policiers agressés (8). Les interventions les plus risquées semblent être similaires dans les deux cas : les appels pour troubles en général (9). Les blessés/tués sont pourtant des policiers ayant un âge moyen de trente-sept ans (10) pour dix ans d'expérience (11) dans les services de police.

1.3.1. Les caractéristiques des policiers victimisés

Selon le portrait victimologique de Gross (2007)(12), les policiers victimisés ont une expérience moyenne de la police de dix ans. Ils sont décrits par leurs collègues comme des travailleurs acharnés avec des vies de famille stables. Ils suivent peu les procédures établies. Par exemple, ils doivent attendre des renforts pour intervenir. Cette procédure n'est pas toujours suivie. Ils sont confiants dans leur capacité à contrôler les individus et les situations. Ils ne sont pas suffisamment attentifs à l'identification d'une arme possible. Une partie d'entre eux travaillaient comme agents de sécurité, leur travail était très bien jugé. Ces policiers blessés continuent en général leur profession.

Le contrevenant agressant les policiers est un homme d'environ vingt-six ans issu de milieux socioéconomiques défavorables (Sepulcre, 2009). Il est antisocial, avec des antécédents judiciaires. Il obtient illégalement des armes, et peut en porter sur lui la journée. Il apprend très tôt à manier les armes à feu (entre neuf et douze ans). Il pratique régulièrement le tir et fait preuve d'un étonnant sang froid durant les actes agressifs.

1.3.2. Les causes des violences envers les forces de l'ordre

Les violences envers les forces de l'ordre sont expliquées par trois théories (Sepulcre, 2009) : la théorie des habitudes de vie (i), la théorie du défi (ii) et la théorie économico-politique (iii). Ces analyses renforcent logiquement le stress (ante-action, action, post-action) du sujet policier en intervention.

(i) La théorie des habitudes de vie (Felson & Dijk, 1993) pense la criminalité comme la combinaison d'un auteur motivé par l'acte criminel, d'une victime/cible attrayante et d'une absence de gardien. Cette théorie souvent rapportée en criminologie n'est pas vraiment transposable dans l'explication de la violence envers les policiers.

(ii) La théorie du défi (Sherman, 1993) estime que certains sujets passent à l'acte suite à la perception d'une sanction jugée d'injuste, d'un lien social faible, d'une interprétation des sanctions estimées stigmatisantes, et du refus d'assumer la honte que les sanctions produisent.

(iii) Les théories économico-politiques (Jacobs, & Carmichael, 2002) proposent que certaines minorités socio-économiquement défavorisées passent à l'acte envers les représentants de l'Etat. Il s'agit d'actes avant tout symboliques.

 

2. La construction et les conséquences du stress dans les forces de l'ordre public

2.1. Les phases du processus d'action et l'évolution du stress dans la carrière

2.1.1. Le stress dans les phases du processus d'action

Le modèle d'analyse de Reason (Sepulcre, 2009) permet d'analyser une intervention policière sous la forme de phases : le contexte, l'arrivée sur les lieux, l'interaction et le basculement, divisées en périodes ante-action (i), action (ii) et post-action (iii).

(i) Les phases ante action ne recoupent que le contexte et l'arrivée sur les lieux. Le stress peut se manifester dans l'appréhension de la scène, dans la non préparation des actes à poser, ou même dans la non connaissance des possibles réactions de l'équipier.

(ii) Durant l'action, les phases du modèle de Reason sont l'interaction et le basculement. L'interaction concerne la phase d'approche et de rencontre avec le contexte, l'environnement et les acteurs de l'action. Les forces de l'ordre vont prendre tous les renseignements utiles pour identifier la situation et intervenir de la façon la plus adaptée possible sur la scène. Le basculement advient lors du moment d'intervention. Cela prend en compte la perte du contrôle de la situation, comme un individu qui se mettrait à attaquer un agent par surprise. Lors de l'action, on note quatre comportements problématiques décelés chez les officiers en intervention : le manque de coordination entre équipiers, l'hésitation à recourir à la force, l'absence de prise de décision, et la part de chance pour les différents acteurs (e.g. agents d'intervention, victimes).

(iii) Après l'action, tout sujet peut être atteint par le stress. Un agent des forces de l'ordre travaille continuellement dans un triangle dont les trois angles sont : le policier lui-même, la souffrance ou les problèmes auxquels il a été confronté dans sa propre vie, et la souffrance ou les problèmes auxquels il est confronté dans sa profession. Les trois angles de ce triangle exercent l'un sur l'autre une relation dynamique et oppressante. Le stress peut être cumulatif, une charge supportable dépassée suite à une longue accumulation de situations stressantes, ou traumatique, survenue d'un événement intense non supportable.

2.1.2. L'évolution du stress dans la carrière, les phases selon Niederhoffer et Kaslof

Niederhoffer et Kaslof possède des approches sensiblement différentes. Kaslof se focalise sur les deux premières phases traversées par le policier, tandis que Niederhoffer prolonge son analyse dynamique.

Niederhoffer (De Soir, et al, 2007) a mis en évidence l'évolution du stress dans la carrière du policier. Il a distingué quatre stades différents :

(i) Les cinq premières années de la carrière : stade d'alarme correspondant au choc de la réalité, qui peut être dû à un manque d'expérience du jeune policier ou à la perception des demandes qui dépassent sa propre capacité de réponse.

(ii) De six à treize ans de service, dans le stade de désenchantement, le policier se sent désappointé. Il réalise que les pressions et demandes du système sont plus importantes que sa capacité à y répondre.

(iii) De treize à vingt ans de service, durant la période de personnalisation, une certaine indifférence s'installe et peut parfois avoir un effet réducteur de stress.

(iv) Plus ou moins vers vingt ans de service, le policier repense « au bon vieux temps » et le stress devient moins présent, d'autant moins qu'il a su passer facilement les stades précédents.

Kaslof (De Soir, et al, 2007), quant à lui, propose un modèle en seulement deux étapes :

(i) Les cinq premières années de la carrière, à voir comme l'état d'alerte, la période pendant laquelle le jeune policier risque de faire face au choc de la réalité, de se rendre compte que le travail du policier diffère de ce qu'on lui enseigne à l'école de police.

(ii) Quand le policier a entre six et treize ans de service, il se confronte à l'étape de désenchantement qui s'insère dans le prolongement de difficulté des premières années. Au cours de cette période, l'écart s'accentue entre la réalité des vues idéalistes présentes à l'école de police. Le stress des premières années et les mécanismes adoptés pour le surmonter engendrent souvent des comportements nocifs pour le bien-être affectif et physique du policier.

2.2. Les causes du stress en milieu policier

2.2.1. Les causes internes et externes du stress

Au sein des analyses des interventions recensées (Sepulcre, 2009), trois erreurs, souvent commises, sont relevées : l'erreur concernant l'approche de la situation (i), avec notamment le manque de prudence et la dévaluation de la situation. Puis l'erreur relative à l'absence d'identification des risques possibles (ii), et enfin, l'erreur relative à la séparation du binôme (iii).

Le stress, en tant que causes internes à l'organisation (De Soir, et al, 2007), peut être induit par la nature des activités, l'organisation de l'institution, la réforme de l'organisation, l'administration trop lourde, les heures irrégulières de travail et l'insatisfaction liée au salaire.

Le stress dû à la nature des activités provient de l'incertitude quant aux dangers physiques inhérents aux différentes missions (activités routinières du sujet face à des situations potentiellement à haut risque), du climat dans lequel se déroulent les activités (e.g. accidents, catastrophes), du caractère urgent des missions et l'appréciation immédiate de la réaction à apporter (décisions immédiates parfois salvatrices) :

  • Le stress organisationnel est provoqué par les conflits horizontaux et verticaux, avec les collègues et les supérieurs (e.g. absence de bonne relation, conflits, rivalités, ambigüités, objectifs peu clairs), et la hiérarchie de type militaire qui crée un paradoxe chez le policier qui, tout en étant soumis à la hiérarchie, doit parfois prendre seul et immédiatement les décisions de vie ou de mort.
  • Le stress peut aussi être causé par une administration trop importante à gérer (bureaucratie le tenant loin des activités de terrain), par une insatisfaction du salaire (être sous-payés par rapport à la performance, la qualité et les responsabilités du travail), par les réformes constantes et les heures de service irrégulières qui entraînent des conséquences physiques, psychologiques et sociales-familiales.
  • Les causes du stress, externes à l'individu, renvoient au type d'intervention à risque (Sepulcre, 2009), aux perceptions des policiers sur les violences subies, à l'attitude négative des médias vis-à-vis de la police et du public.
  • Toutes les interventions peuvent être dangereuses, toutefois le différend familial constitue l'intervention la plus à risques du fait du manque d'informations, de la problématique privée, de la difficulté de la décision à prendre (rôle de policier ou d'assistant social).
  • Les agents de la force publique sont de plus en plus victimes de violences, violences physiques (e.g. jets de pierres) dans des zones géographiques spécifiques et violences verbales provenant de mineurs. Les individus hésiteraient moins qu'avant à résister, voire à agresser le policier. Cela provoque un sentiment d'irrespect envers la fonction de policier et crée une dévalorisation personnelle de la profession.
  • L'attitude négative des médias vis-à-vis de la police, en exergue dans les articles relatifs à une bavure ou à la corruption des policiers. Le public a également tendance à ne s'intéresser qu'à la partie répressive de la fonction en occultant sa mission principale, la prévention, l'aide et la protection de la personne.

2.2.2. La gestion du stress dans la société postmoderne (De Soir, et al, 2007)

La vie postmoderne fait plonger le social dans une situation critique sur le plan des mœurs et des valeurs. Certains mécanismes de soutien social ont perdu beaucoup de leur efficacité aujourd'hui (Macquet, & Vrancken, 2003). Le support social est d'une grande importance pour le soutien après un incident critique ou traumatogène. La notion de grande famille a tendance à disparaître, l'aide intrafamiliale ou le support social se raréfie à l'heure où les moyens de communication sont de plus en plus sophistiqués (paradoxe du support social).

En considérant les aspects juridiques de la gestion du stress (traumatique), nous constatons que des employeurs (États-Unis et Europe) ont été condamnés à plusieurs reprises à dédommager leurs employés victimes d'événements traumatiques dans l'exercice de leurs fonctions. La condamnation ne fut pas prononcée parce que l'employeur avait utilisé ces travailleurs dans des circonstances potentiellement traumatiques, mais parce qu'il n'avait pas prévu d'aide psychologique après qu'il les ait impliqués dans un tel événement.

D'un point de vue économique, la gestion systémique du stress ne peut que porter ses fruits. L'absentéisme (pour maladie) et le « présentéisme » chez les employés augmente spectaculairement lorsque ces employés ont été confrontés à des événements traumatogènes. Un autre argument au niveau économique est la réduction du turn-over (le fait que des personnes changent de service). Ce phénomène a pour conséquence une grande perte d'expériences et de connaissances. Il faudra beaucoup de temps et d'argent pour retrouver une équipe avec des membres de même niveau.

L'exposition à des circonstances pathogènes entraîne également de nombreuses conséquences médicales. Subir des expériences traumatogènes sans en parler peut sérieusement atteindre la santé de l'individu, jusqu'à amener l'individu à anticiper sa retraite. De plus, les travailleurs se montreront plus loyaux envers l'employeur qui tient compte de l'être humain derrière l'uniforme et qui accorde de l'attention aux problèmes émotionnels que le travail peut entraîner.

2.3. Les conséquences du stress dans le milieu policier

2.3.1. Les conséquences internes et externes à l'individu

Les conséquences internes peuvent être la démission, le changement de personnalité, les problèmes de santé, de famille, voire le suicide.

  • La démission volontaire des recrues des forces de l'ordre lors de la formation est expliquée par la théorie de la dissonance cognitive (Festinger, 1957). Dick (2000) analyse le stress comme la conséquence d'un épuisement émotionnel. Il y aurait une saturation entre les capacités contributives et la demande. Cliniquement, il faudrait travailler le soulagement psychologique de l'expérience douloureuse tout en préservant leur notion idéalisée du travail (Fielding et Fielding, 1987). Dans les cas de femmes démissionnaires, on remarque une usure des organismes de police par rapport aux soucis de famille et aux échecs personnels (Doerner, 1995 ; Seagram et Stark, 1992).
  • Le changement de personnalité, aussi appelé syndrome John Wayne, est un mécanisme de défense (rigidification de la personnalité) pour faire face aux conséquences du stress. Si le stress est évoqué, le sujet est considéré comme faible. Les conséquences du stress sur la santé physique du policier sont nombreuses : problèmes cardio-vasculaires, dermatologiques, digestifs, respiratoires, maux de tête.
  • Les problèmes familiaux et l'isolement social sont les conséquences des heures de service irrégulières, des risques de danger physique, du négativisme du public et des médias. La solution consiste à ne fréquenter que d'autres policiers et leurs familles, isolement social qui ne fait qu'accroître le sentiment de rejet.
  • Le burn out, ou dépression d'épuisement professionnel, est l'un des effets à long terme du stress. Il comprend une image négative de soi et envers le travail, ainsi qu'une perte d'intérêt et de préoccupations envers les autres. Il se développe dans une dynamique d'échanges entre les individus et leur milieu.
  • Le suicide peut être considéré comme la conséquence ultime de l'ensemble des frustrations et des difficultés rencontrées par le policier. Le suicide chez les jeunes policiers est notamment associé aux problèmes familiaux.

Les conséquences externes du stress et de la désorganisation cause/effet peuvent être multiples, allant jusqu'aux erreurs policières entrainant des victimes (Harding, 1970). En soi, il existerait trois types distincts de comportements déviants possibles chez le policier : la nuisance involontairement tournée vers autrui (i), qui se crée à l'intérieur et nuit à l'organisation hiérarchique. La conduite découlant d'un crime ordinaire qui ternit la perception du public envers la police et ses normes de conduite (ii), et qui déborde des normes acceptables de la police (iii).

2.3.2. Le renforcement du stress

L'état de stress post-traumatique (DSM-IV-TR, 2002) est un ensemble de réactions (ou symptômes) qui peut se développer chez un sujet après qu'il ait vécu, été témoin ou été confronté à un traumatisme. C'est-à-dire un événement qui a provoqué la mort ou de sérieuses blessures, ou qui impliquait une menace de mort ou de graves blessures, et qui a suscité une peur intense, un sentiment d'impuissance ou d'horreur. Un tel événement peut être un accident, une agression violente, un hold-up, une prise d'otage, un incendie, une catastrophe naturelle. Quiconque est exposé à un événement d'une telle intensité peut développer des symptômes caractéristiques qui comprennent le fait de revivre l'événement en pensée de manière persistante (i), l'évitement des situations qui rappellent l'événement avec un émoussement des réactions générales (ii), et une hyperactivité (iii).

Le stress post-traumatique est déclaré lorsque la perturbation persiste plus d'un mois, à la différence du stress aigu. Bien que certaines variables personnelles (e.g. expériences durant l'enfance, traits de personnalité) peuvent augmenter la probabilité de développer un stress post-traumatique, il semble que le facteur le plus déterminant soit la gravité de l'événement vécu. Ainsi, il peut se développer chez des sujets ne présentant aucune prédisposition au stress. Les missions qui incombent aux forces de l'ordre les confrontent régulièrement à des événements potentiellement traumatiques.

 

3. Les stratégies de coping face au stress dans les forces de l'ordre public

La notion de coping est récente en Psychologie (Paulhan, 1992), datant des années 1960. Elle a émergé des cognitivistes suite aux recherches portées sur les mécanismes de défense. Les stratégies de coping sont des « cognitions sous-jacentes aux comportements utilisés, pour faire face à une situation [...] » (Chabrol, & Callahan, 2004). Le coping diffère des mécanismes de défense (DSM-IV-TR, 2003), davantage d'ordre inconscients, bien que cette frontière soit poreuse. Il n'existe pas un coping général, mais plusieurs modèles de stratégies (e.g. stratégies inter-individuelles, intra-individuelles, individuelles et sociales). Plusieurs types de coping sont mis en avant : le coping centré sur le problème (efficace en situation de problème gérable) et le coping centré sur l'émotion (efficace face à un problème non maitrisable), le coping actif et le coping passif... Les stratégies de coping sont délicates à mesurer, c'est ainsi que plusieurs outils, plus ou moins efficaces, ont été développés : le Ways of Coping Cheklist (Lazarus, & Folkman, 1985), le Ways of Coping Questionnaire (Lazarus, & Folkman, 1988), le Coping Inventory for Stressful Situations (Endler, & Parker, 1998), ou encore le COPE (Carver, Scheier, & Weintraub, 1989). Chacun de ces tests tente d'analyser le coping et ses stratégies en lien avec la personnalité du sujet.

Nous tenterons ici d'appliquer ce concept de coping au milieu stressant de la police. Nous étudierons les différentes stratégies de défense mises en place, la nécessité de l'information situationnelle, la gestion du stress et les techniques de prévention.

3.1. Les stratégies de défense mises en place

3.1.1. Les stratégies selon Bourniquel et Yarmey

Selon Bourniquel (De Soir, et al, 2007), il existerait six stratégies de défense fréquemment adoptées par les agents de l'ordre public : l'isolation des affects (i), l'humour noir (ii), la répression (iii), le déplacement (iv), la rationalisation (v) et la projection (vi).

L'isolation des affects (i) permet de dissocier une idée ou un objet de sa connotation émotionnelle. Cette attitude cynique, aussi appelée syndrome John Wayne, engendre des répercussions familiales et professionnelles potentiellement très négatives (e.g. rupture de la communication, apparition d'une attitude soupçonneuse envers la famille).

  • L'humour noir (ii) est l'accessoire de l'isolation des affects. C'est un mécanisme positif tant qu'il est contrôlé et ne quitte pas le milieu du travail.
  • La répression (iii) est un mécanisme de défense utile au refoulement des événements les plus intolérables auxquels le sujet est témoin.
  • Le déplacement (iv) est l'opération par laquelle le sentiment émotionnel est transféré de sa source initiale vers un substitut-objet externe.
  • La rationalisation (v) donne une justification aux attitudes les plus injustes vis-à-vis des siens.
  • La projection (vi) a pour effet d'imputer aux autres ses propres échecs. Utilisé avec excès, la projection peut être, selon l'auteur, l'une des causes du « burn out ».

Yarmey (De Soir, et al, 2007), quant à lui, relève principalement quatre mécanismes de défense utilisés par les policiers : la répression (i), le déni (ii), quand le sujet refuse de percevoir la menace ou le danger, la rationalisation (iii), et l'intellectualisation (iv), processus de blocage intellectuel des émotions accompagnant les situations stressantes.

3.1.2. Les stratégies adoptées on scene et a posteriori

Sur le lieu d'une intervention particulièrement choquante, les sujets policiers font souvent appel à l'imagerie mentale de dénégation. Elle permet à l'intervenant d'être plus efficace dans son travail et d'oublier la réalité du moment. Selon Alexander et Wells (1991), les bonnes relations au sein du groupe, une préparation adéquate, un esprit d'équipe, un bon moral et le support professionnel seraient de puissants antidotes aux réactions post-traumatiques.

Les stratégies utilisées par le personnel à la suite de désastres peuvent être diverses (De Frahan, 1993). Il peut s'agir de stratégies cognitives, qui mettent l'accent sur la recherche de sens concernant l'événement (e.g. les choses auraient pu être plus graves). Les stratégies d'action exutoires permettent la maîtrise des événements (e.g. les loisirs). Les stratégies de partage social ont des effets positifs, individuels et avec autrui. Enfin, les stratégies philosophiques mettent en scène des réflexions, par la prière et la contemplation, par exemple, afin de comprendre la portée de l'événement subi.

3.2. L'intelligence dans l'information situationnelle comme modèle de gestion du stress

3.2.1. La prise en compte de l'intelligence dans l'information situationnelle

La fonction d'intelligence au sein d'un organisme d'application de la Loi permet la jugulation des menaces et la planification de stratégies pertinentes. L'empêchement (i) inclut l'information et la lutte contre les menaces criminelles, ainsi que l'emploi de cette information dans l'appréhension des individus. Il faut cibler les stratégies éliminant la menace. Ceci est connu en tant qu'intelligence tactique/opérationnelle. La planification et l'attribution de ressources (ii) est une intelligence stratégique. Sa fonction est de fournir l'information aux décideurs concernant les caractéristiques des menaces, afin que des réponses stratégiques se développent suivant les ressources et les besoins de la société. La distinction entre les deux fonctions est essentielle (Harding, 1970), la première étant au service de la seconde (Carter, 2002).

3.2.2. L'intelligence au niveau individuel dans la perception des situations

Au niveau individuel, il existe des modèles de gestion des risques (Paton, 2006) permettant la résilience des sujets soumis à une expérience traumatique. Au sein de ces modèles, le risque est présenté comme une interaction entre les risques objectifs de l'environnement, les ressources de résilience et les facteurs de vulnérabilité individuelle. L'analyse des risques comporte l'identification et l'opérationnalisation de la situation. Par la suite, l'évaluation des risques examine comment les risques agissent sur les différents facteurs (résilience/vulnérabilité) afin d'estimer l'exposition à un événement donné jugé à risque. Si le risque, la résilience et les facteurs de vulnérabilité sont connus, de meilleurs choix peuvent être posés dans le processus de gestion des risques, menant à la réduction des facteurs de vulnérabilité et à l'augmentation des facteurs de résilience.

Les forces de l'ordre public sont quasiment toujours soumises à des risques d'incidents critiques (e.g. l'incertitude concernant la durée de la menace, la durée de l'intervention, la répétition des interventions). Quand elles répondent aux situations problèmes, elles y apportent leurs caractéristiques personnelles. En conséquence, elles sont fortement exposées à ces risques objectifs, à une augmentation de la vulnérabilité et à une baisse des facteurs de résilience. La vulnérabilité individuelle émane de trois sources (Forsyth, 1995) : biologique, historique, et psychologique. Pour augmenter les dispositions de résilience, il faut travailler les facteurs tels que la robustesse, la stabilité émotive, la conscience de soi-même, la tolérance pour l'ambiguïté (Paton, 2006). Pour parvenir à un modèle efficace de gestion des risques en milieu policier, il faut centrer le modèle sur la résilience opérationnelle, notamment sur la gestion de l'information et la prise de décision durant l'intervention. Lors des interventions, les agents sont amenés à travailler dans un environnement caractérisé par l'incertitude et l'information limitée, de surcroit souvent ambiguë. Une compétence adaptative importante est exigée dans ce contexte. Il faut travailler avec le policier l'identification et la sélection des éléments nécessaires et appropriés pour les actes à poser (Endsley, 2000). Cette capacité peut être développée par l'expérience ou la simulation (Flin, et al, 1997).

Les organismes de la force publique élaborent des procédures de responsabilisation des agents, ce qui développe une conscientisation générale et un accompagnement des conduites à avoir et des risques d'incidents encourus (Woodall, 2000). Après une période d'état post-traumatique, la réintégration des policiers peut s'avérer délicate. Durant celle-ci, les sujets reviennent à la routine des fonctions. L'attention aux questions familiales est importante. Les pratiques qui réduisent les risques de trouble dans la famille permettent d'augmenter les capacités de soutien. Le modèle de la gestion des risques suggère d'instaurer une relation positive entre le sujet et le groupe (Paton, 2006), relation basée sur l'appui et la cohésion interpersonnelle. Tous les membres d'un groupe peuvent avoir, à un moment donné, besoin d'un soutien. Le réseau social professionnel doit être ce soutien, quelque soit la problématique (Woodall, 2000). Pour cela, le groupe doit maintenir une identité sociale positive, ce qui s'avère difficile dans le milieu des forces de l'ordre (e.g. négativisme des médias et du public). Le « Communal Coping » (Lyon, et al, 1998) décrit justement la manière dont les équipes peuvent renforcer le sujet, en proposant une réponse davantage résiliente.

3.3. Les techniques de prévention (De Soir, et al, 2007)

3.3.1. La prévention primaire

La prévention primaire (e.g. l'éducation, l'information, l'hygiène physique et mentale) vise à empêcher l'inadaptation psychique et sociale des individus, ainsi que diminuer leur risque de morbidité psychiatrique. Elle peut se réaliser via la sélection des sujets, destinée à éliminer les candidats inaptes, ou par la formation à la gestion du stress. La prévention par la gestion anticipative du stress traumatogène émet l'hypothèse que l'accoutumance et l'entraînement au stress permet, d'une part, d'atténuer les réactions de stress, et d'autre part, de réduire leur impact. Un groupe de travail instauré au sein même du corps de police peut s'avérer utile, répartissant ces activités en trois phases : la sensibilisation de l'organisation à la prévention du stress (i), la planification organisationnelle pour la prévention au stress traumatogène (ii) et l'information à délivrer (iii).

3.3.2. Prévention secondaire

La prévention secondaire s'efforce d'éviter le développement de la maladie mentale. Elle procède à un diagnostic précoce et à un traitement des premiers troubles identifiés, lors de la phase de désamorçage (i) ou de débriefing psychologique (ii).

(i) L'intervention immédiate (le désamorçage) concerne les instants qui suivent directement l'exposition à l'événement et se prolonge plus ou moins durant vingt-quatre heures. La prévention secondaire s'assure que le sujet est soutenu et que l'organisation peut répondre à ses besoins.

(ii) L'intervention post-immédiate (le débriefing psychologique) représente la période qui s'étend après l'événement stressant, de quelques jours à plusieurs semaines. Le sujet se trouve dans une phase de latence qui va précéder l'apparition du syndrome de répétition traumatique. Se différencie ici le stress du trauma. La procédure du débriefing psychologique de Mitchell (Crocq, 2007) est la plus approfondie. Elle est composée de sept phases : une introduction-présentation de la procédure (i), la description des faits (ii), de la cognition (iii) et des réactions émotionnelles pendant l'événement (iv), l'analyse des symptômes somatiques et psychiques (v), l'information concernant les causes et conséquences du stress (vi), et enfin le retour d'expérience (vi) qui permet au sujet de percevoir le stress comme une normalité dont il faut discuter.

3.3.3. Prévention tertiaire

La prévention tertiaire vise à empêcher l'aggravation de la maladie psychique déjà développée, ainsi que la rechute. Elle utilise les traitements adéquats, un suivi prolongé et une influence sur le milieu socioprofessionnel et familial, pour supprimer les conditions qui favorisent et entretiennent les troubles. C'est dans cette prévention tertiaire qu'évoluent les équipes de gestion de crise. Un choix attentif dans la sélection des membres (volontaires) s'avère essentiel pour la prévention des troubles dus au stress post-traumatique. Ils sont sélectionnés en tant qu'accompagnateurs de stress, sans aucune autre motivation. Ils signent un code de déontologie qui les lie en matière de confidentialité, d'éthique, d'impartialité et d'indépendance. Les membres des équipes de gestion de crises suivent une formation intensive sur plusieurs jours.

 

4. Discussion et conclusion

L'union des considérations criminologiques et psychologiques nous a permis d'analyser la problématique du stress en milieu policier sous plusieurs angles : les rapports de pouvoir, les facteurs à risque, les éléments déclencheurs, le développement et les conséquences néfastes, ainsi que les stratégies de réponse et techniques de prévention mises en place. Comme nous l'avons indiqué, le stress est quotidien dans la vie des agents de l'ordre public. Bien qu'ils détiennent un certain pouvoir, nous avons pu mettre en évidence la relativité de celui-ci. Sous pression, ils doivent agir (et réagir) en fonction de leur personnalité, leur vécu (victimisation directe ou indirecte), leurs prérogatives, l'autorité supérieure et la situation stressante. Tant de paradoxes qui peuvent mener à la sélection de décisions non adéquates, aux répercussions irréversibles.

Nous pouvons décrire le stress comme la tension que créent certains événements dans la vie du sujet. Le stress n'est pas l'événement même, mais la façon dont le sujet réagit à l'événement dans son environnement, créant une tension interne, adaptée ou excessive, incitant à l'action. Le stress qui relève de la vie professionnelle ou de la situation de travail découle de nombreuses sources (e.g. le stress lié à l'organisation et ses structures, à des événements spécifiques, à une suspension). Les événements les plus modestes de la vie privée amènent également à ce stress (e.g. un déménagement, un mariage, des problèmes financiers, un décès, une séparation). L'étude du développement du stress permet, dans un premier temps, de cibler ses causes d'apparition et son développement, et dans un second temps, d'élaborer des moyens opérationnels de gestion proactive du stress.

En principe, tout individu parvient à gérer ce stress. L'organisme a suffisamment de possibilités d'adaptation pour faire face à ces conditions variables. Il s'agit d'une conservation de l'équilibre entre la charge supportée et la charge supportable. C'est ici que réside la problématique de l'exercice d'un métier à risques : l'accumulation du stress quotidien d'une part, et la confrontation régulière à un stress (post) traumatique d'autre part. Ceux-ci peuvent sérieusement perturber l'équilibre psychique du sujet. Les mécanismes d'adaptation habituels ne sont plus appropriés. Avant de s'en rendre compte, le travail ordinaire devient une charge et la condition de travail devient conflictuelle. Puisque le travail d'un agent de la force publique est un métier à risques, la prévention systématique, le soutien et l'aide vis-à-vis du stress doivent être considérés comme une priorité. Notre objectif de détermination des effets nuisibles du stress en milieu policier propose d'aller plus loin que la gestion préventive (primaire et secondaire), par l'intervention globale, d'une gestion à la fois proactive et d'intervention tertiaire des stratégies de coping.

E. Dieu, J. Dresselaers, & O. Sorel

Avril 2011

Notes


(1) http://www.cnrtl.fr/definition/stress

(2) http://www.cnrtl.fr/definition/pouvoir

(3) http://www.cnrtl.fr/definition/pouvoir

(4) http://www.dictionnaire-juridique.com/definition/pouvoir.php

(5) Articles 1 alinéas 3, 37, et 38 de la Loi sur la fonction de police du 5 août 1992.

(6) http://www.polfed-fedpol.be/crim/crim statistieken/2008/rapports/rapports 2000 2008 national.pdf

(7) http://www.fbi.gov/ucr/killed/2007/data/table_19.html

(8) http://www.fbi.gov/ucr/killed/2007/data/table_70.html

(9) http://www.fbi.gov/ucr/killed/2007/data/table_68.html

(10) http://www.fbi.gov/ucr/killed/2007/data/table_06.html

(11) http://www.fbi.gov/ucr/killed/2007/data/table_07.html

(12) Gross (2007) y reprend trois analyses effectuées par le FBI (de 1996 à 2006).

Photo de début d'article : Manifestations et émeutes, Paris, France (place de la Bastille et environs), le 6 mai 2007 suite à l'élection de Nicolas Sarkozy à la présidence de la République française. Photographie de Mikael Marguerie

Pour citer cet article


E. Dieu, J. Dresselaers, & O. Sorel, Le stress dans les forces de l'ordre public ; du développement aux stratégies de réponse, Incursions n°5, septembre 2011, http://www.incursions.fr.

Présentation des auteurs


Erwan Dieu : Criminologue. Membre de l'Association de recherches en criminologie appliquée (ARCA). Adresse : 51, rue giroye / 37300 Joué-lès-Tours. E-mail :Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser..

Julie Dresselaers : Criminologue. Assistante sociale à l'ASBL « Article 24 ». Adresse : 301, rue Sainte-Walburge / 4000 Liège (Belgique). Membre de l'Association de recherches en criminologie appliquée (ARCA). E-mail : Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser..

Olivier Sorel : Docteur en Psychologie. Laboratoire : EA 2114 Psychologie des Ages de la Vie. Adresse : 3, rue des Tanneurs BP4103 / 37041 Tours Cedex 1. Membre de l'Association de recherches en criminologie appliquée (ARCA). E-mail : Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser..

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