Le concepteur, l’acteur et le système : la formation de sociologie-anthropologie pratiquée à l’Institut Catholique de Paris

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La consistance du programme de sociologie-anthropologie, la compétence reconnue d'une équipe d'enseignants-chercheurs, confirmée par leurs publications scientifiques et leur participation à des colloques et à des centres ou groupes de recherche, les liens avec d'autres institutions ont été parmi les facteurs de réussite d'une formation de sciences sociales, originale à plus d'un titre en contexte français. Relativement selon les niveaux et les types d'enseignement, aux éléments mentionnés s'ajoutaient la préoccupation de former intellectuellement par la rigueur de la méthode, la communication de connaissances de pointe, la valorisation d'un esprit de liberté dans la recherche et l'expression de la pensée.

Par Paul-André Turcotte

 

(suite du résumé) L'enrichissement cognitif et culturel découlait aussi de la diversité des origines et des lieux de référence, tant des étudiants que des enseignants-chercheurs, outre la présence interactive des enseignants auprès des étudiants des trois cycles. Les études proprement doctorales proposaient un parcours progressif et intellectuellement fécond, par la participation à des cours et à des séminaires de recherche sur deux ou trois ans. Ces enseignements conjuguaient la pluralité des objets d'étude annuels à l'approfondissement d'une perspective et d'une méthode.

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A la mémoire du Doyen Louis de Vaucelles, jésuite

En ouverture, les composantes transversales du projet intellectuel pratiqué

La vocation de l'université revient, en continuité avec le degré secondaire, à transmettre un savoir et à former des individus cultivés, autonomes et responsables, capables de réflexion distanciée, de discernement et d'engagement conséquent. Le rappel dans ces termes, somme toute minimaux, de la finalité de l'enseignement supérieur n'est pas inutile en ces temps qui sont les nôtres. C'est que sa raison d'être ne va pas de soi. Il y a matière à discourir et à débattre sous divers angles. L'intention du propos qui suit est plutôt d'aborder la question dans la relation d'un projet intellectuel qui a réussi dans des conditions tantôt propices, tantôt défavorables, à la faculté de sciences sociales et économiques de l'Institut Catholique de Paris (ICP), de 1985 à 2006. Il ne s'agit pas proprement d'une fondation, mais de la reformulation d'un programme existant dans des termes qui en définissent l'orientation et les modalités de communication, la gestion et la portée, l'articulation des contenus et les acteurs.

La conception et la pratique du projet intellectuel s'étendent sur quelque vingt ans, soit la durée du processus incluant sa gestation et son émergence, son déploiement et sa réception, son ancrage et son essaimage. La description à grands traits des faits marquants matérialise le cheminement de l'idée d'université dans une faculté qui, remontant à 1923, dispense ces enseignements : la science et la philosophie politiques, l'ethnographie et l'anthropologie, la sociologie et l'économie, avec les appoints de la théologie, de l'histoire, du droit, de la psychanalyse. Fort de respecter le caractère propre de ces composantes, le projet poursuit une formation, théorique et empirique, réflexive et analytique, pluridisciplinaire et centrée sur la personne, dont elle entend promouvoir, outre les capacités intellectuelles, l'autonomie du discernement et l'engagement responsable. Pour ce qui est de la sociologie-anthropologie, le programme d'études d'après 1994 comprend, pour l'essentiel, l'anthropologie culturelle et sociale, la sociologie de la connaissance et de la religion, la sociologie historique, dont celle du christianisme, la théorie et l'analyse, tant sociologiques qu'anthropologiques, dans la perspective en priorité phénoménologique ou interactionniste symbolique. Des matières connexes complètent le cursus estudiantin : l'économie, la science politique, le droit, la psychanalyse.

La formation projetée et pratiquée s'inscrit d'emblée dans le sillon de l'universitas. Qu'est-ce à dire ? Dans sa version ancienne aux antécédents grecs médiatisés par les institutions monastiques, soit du monachisme syriaque à l'européen du Moyen Âge, l'universitas véhicule l'idéation de totalité sous l'égide de la philosophie ou de la théologie. Cette idéation a trait à une pensée ouverte à la diversité interrelationnelle des angles de vision et des objets de compréhension, d'où sa référence historique à la philosophie grecque ou à la philosophie chrétienne de la théologie. Ainsi entendue, elle se décline dans la constitution et l'approfondissement d'un savoir, son exposition et sa transmission, l'articulation des enseignements et les façons de les communiquer, l'organisation institutionnelle et les rapports entre enseignants et étudiants. Qui dit philosophie grecque dit aussi l'autonomie de la raison chez Aristote et la tension entre cette dernière et la référence à un ordre du monde de nature transcendante, un ordre où sont absents les traits religieux tels chez Platon, lequel a influencé la théologie chrétienne ancienne. Cette question à double versant était déjà présente, dans l'Europe médiévale, avec la quête d'intelligence dans la discussion, sans être de fond, sur les rapports de méthode, de référence et de cohérence entre la théologie, l'interprétation biblique et le droit canonique. À des siècles de distance, elle traverse les sciences sociales, moyennant des variations, marquées notamment par l'interprétation différenciée des Lumières et les objectifs ou finalités institutionnelles. Les figures de l'université se sont diversifiées depuis les premières fondations européennes (1).

Quant à la sociologie, elle saisit la réalité, observable parce que socialement exprimée, sous l'angle des rapports sociaux. Son creuset n'est pas fixé, et il peut être aussi bien l'histoire que l'exégèse d'une pensée ou de textes fondateurs comme ceux de la Bible. Elle dispose d'outils conceptuels d'analyse, opératoires et interprétatifs, lesquels permettent d'objectiver tout en se référant, implicitement ou explicitement, à une philosophie, voire à une théologie. La démarche d'intelligence requiert une méthode, soumise par ailleurs à l'épistémologie cernant sa rigueur rationnelle et, corrélativement, la validité de la connaissance obtenue, en liaison ou non avec ses aspects pragmatiques. C'est la plus complexe des sciences sociales, dont les théorisations ou les analyses questionnent, le cas échéant, la philosophie ou la théologie. Une telle pratique de la sociologie commande une formation à plusieurs volets, dont une formation fondamentale, aux éléments intégrés et actualisés, conjuguant la méthode, les connaissances conceptuelles et les pratiques de terrain. Ce faisant, elle ne réduit pas les sciences sociales, moins encore la sociologie, à une discipline instrumentalisée à des fins utilitaires ou idéologiques, de pouvoir ou de gain financier, personnel, communautaire ou collectif. Paradoxalement l'analyse sociologique s'avère moult fois d'une utilité pragmatique, ou de contribution à la solution d'un problème, dans la mesure même de la gratuité de l'examen, du détour au lieu de la focalisation sur le concret immédiat. La configuration est de mise dans l'examen analytique, grâce à un cadre de référence chapeautant une cohérence de la compréhension et des approches heuristiques plurivoques. La pratique sociologique de cet ordre dérange les systèmes dominants se refusant à quelque questionnement ou transaction, bref à une régulation interactive. Ces indications appellent des explicitations et illustrations, ce que fournit, à sa façon, le projet intellectuel de la faculté de sciences sociales et économiques à l'ICP. Ne s'inscrit-il pas dans la suite de l'universitas selon la tradition jésuite, outre le croisement des matières et le décloisonnement des perspectives ? Sa gestion et sa réception représentent un microcosme des tensions possibles entre les conditions institutionnelles et les conceptions de la pratique des sciences sociales (2).

À la lecture du dossier en son entier et au titre d'hypothèse générale, la trajectoire du projet intellectuel de filiation jésuite relève du processus de l'utopie. Dans sa simple expression, cette dernière se rapporte à un imaginaire qui, associé ou non à une pratique, ou inversement, remet en cause, à quelque degré, l'ordre des choses reçues comme allant de soi, ou en mal de permanence, par des innovations à portée globale. Elle vise soit à assurer un meilleur fonctionnement de l'existant, tel par son renouvellement ou sa revitalisation, soit à en situer une façon autre, formellement ou réellement, soit à en restituer une forme originaire ou fondatrice, en regard donc des origines historiques, des principes ou des modèles initiateurs (3). Si nous considérons la formation de sociologie-anthropologie, dans un premier temps sa conception et sa pratique participent au renouvellement d'un programme d'études. Nous avons affaire à une utopie avant tout systémique et fonctionnelle. L'historien factuel d'obédience positiviste s'arrêtera volontiers à cet aspect des choses, d'autant qu'un programme d'études est articulé en système et peut comporter des dysfonctionnements. Or des acteurs entrent aussi en scène, dont l'interrelation n'est pas strictement fonctionnelle. Dans un deuxième temps, avec le retrait de la direction jésuite, l'orientation des enseignements en vient à accoler à la formation de sociologie-anthropologie, et non plus à l'ensemble du programme, des cours et séminaires dits culturels ou connexes. L'arrangement organique sert à cultiver une pratique dans la ligne de l'universitas, qualifiée de gratuite, en opposition à une fragmentation des matières qui compartimente le programme d'études.

Dès lors la formation de sociologie-anthropologie passe d'un apport fonctionnel à une position à contre-courant de la reformulation du programme en train de se mettre en place. Elle se constitue, au passif et à l'actif, en utopie alternative, à la fois par la continuation du projet intellectuel jésuite, encore grandement assumé par les corps professoral et estudiantin, et par des innovations sans précédent et aux effets globaux tendanciellement à long terme. Ce faisant, elle restitue, dans une forme, désormais institutionnellement fragilisée, la finalité éducative et des pratiques cognitives héritées de l'universitas selon une tradition particulière. Divers facteurs entrent en jeu, dont l'examen mériterait d'être repris dans un exercice analytique subséquent. L'utopie dont il s'agit s'avère non pas directement ou idéellement intentionnelle, mais bien plutôt fabriquée par les acteurs, avec leurs apports la fois transactionnels et conflictuels. La théorisation de l'utopie n'est-elle pas une sociologie du changement social configurative parce que centrée non sur les seuls éléments factoriels, mais sur les agents et leurs représentations de la réalité ? Du coup un troisième temps fait son apparition. La réussite manifeste du projet alternatif, en dépit de conditions objectivement moins propices, n'est pas sans éléments d'achoppement. À ce chapitre on compte, parmi les possibles, le décloisonnement des perspectives, l'intention d'une formation de totalité en opposition à la marginalisation des aspects culturels ou à l'instrumentalisation utilitaire du savoir. L'altérité en cause met en avant une rupture qui, d'abord symbolique, est institutionnellement consommée par les forces dominantes recourant aux moyens et outils de régulation à leur disposition. La formation écartée avait déjà essaimé en d'autres lieux, comme il en va théoriquement d'un projet à caractère utopique dont la réussite a signifié une coupure symbolique ou institutionnelle (4).

La relation sociohistorique de cette trajectoire s'appuie d'abord et avant tout sur des documents, dont les diverses brochures, et, en complément, l'observation participante des témoins. Dans cette documentation participante, le premier écrit exposant la pratique du programme de sociologie-anthropologie,— composition, facture, pertinence, objectifs, clientèle —, remonte au 10 juin 1995 ; il est complété par un autre le 8 juin 1996, avant les reprises, après ébauches, le 30 mars 1999, les 2 et 5 avril 2003, le 6 avril 2004. La documentation inclut la maquette du master de recherche de sociologie-anthropologie, déposée au secrétariat de la FASSE le 11 janvier 2006, à laquelle se joint la description détaillée des enseignements (voir l'annexe B). Tous ces documents ont pour objet le Troisième Cycle de sciences sociales, en lien avec le Deuxième Cycle prolongeant les initiations du Premier. Ils jalonnent la pratique d'un projet intellectuel, en visibilisent périodiquement les éléments de nouveauté et de continuité, le tout en fonction du projet facultaire. Les déplacements et avancées sont identifiés à l'aune du projet éducatif et intellectuel tout en rendant compte de leur réception auprès des acteurs participants.

L'attention sur la sociologie-anthropologie, et quitte à privilégier l'une de ses composantes selon le point abordé, n'entraîne pas une description analytique qui serait exclusive de l'ensemble. Bien plutôt, la sélection peut se concevoir comme le concentré ou le reflet d'une dynamique globale, sur laquelle elle agit au moins indirectement, tout comme les diverses matières du programme d'études adoptent des façons propres à chacune. Quant au cadre de référence, il met en scène les rapports entre le concepteur, celui qui définit le projet, l'acteur-concepteur et ses pratiques sur le terrain, le système pris comme totalité organique, soit un ensemble dont les composants sont interdépendants, suivant une coordination impérative à quelque degré et relativement indépendante des volontés. L'interaction en jeu postule de possibles transactions, en positif ou en négatif, entre des individus (personnes et groupes, formations sociales), distincts sinon opposés. D'autres cadres de référence sont théoriquement possibles. Celui adopté vise à construire une cohérence des faits, au singulier par définition, dans un exercice exploratoire pour une part quoique reposant sur des documents et l'observation participante. Les concepts d'universitas et d'utopie dessinent les pourtours et mouvements du tableau esquissé ci-dessus. L'exposition qui suit en explicite les interactions et les conditions d'exercice d'un projet intellectuel concrétisant l'idée d'université.

Le concepteur et l'acteur : le projet intellectuel sous direction jésuite, de 1985 à 1997

Le Troisième Cycle, dans sa concentration de sociologie-anthropologie, coiffe les trois cycles d'une formation en sciences sociales et économiques, accordée au projet intellectuel et éducatif formulé dans les années 1980. Ce projet intellectuel remonte à la décision, concoctée en 1985-1987, d'adopter une direction de formation à l'Institut d'Études Sociales (IES), qui allait se révéler dans le sens de l'École des Hautes Études en Sciences Sociales (EHESS) et non pas de l'Institut d'Études Politiques de Paris (IEP). L'option commandait de dispenser des enseignements de pointe et assurés par des enseignants à la compétence reconnue dans le monde universitaire. C'était se situer dans le sillon de l'EHESS, dont l'objectif déclaré était de former à la recherche par la recherche, dans le cadre de directions d'études alliant enseignement et recherche dans des séminaires annuels. La prise de position jésuite avalisait des pratiques éprouvées et reconnues. L'IES se concentrait sur la licence et la maîtrise, non exclusivement toutefois. Les mémoires de maîtrise de l'IES pouvaient faire l'objet d'une double soutenance, en vue de l'obtention du Diplôme de l'EHESS. Si les thèses soutenues à l'IES s'avéraient peu nombreuses, elles n'en étaient pas moins le modèle à suivre des mémoires. Les unes et les autres étaient le produit d'une recherche encadrée et menée avec soin, sous une direction d'études institutionnellement habilitée. On ne lésinait point sur la rigueur dans la démarche de recherche et l'exposition de l'analyse, dans une dissertation de quelque 150 pages pour ce qui est du mémoire. Ces exigences se maintinrent jusqu'en 2006 pour les mémoires de maîtrise en sociologie-anthropologie et ceux de DEA (Diplôme d'Études Approfondies), compte tenu de la finalité de ce dernier de préparer à la rédaction de la thèse.

L'option prise sous la direction du Père Denis Maugenest, jésuite, comprenait, en continuité d'une tradition bien établie, le tutorat dès la première année d'études, la diversité des approches intellectuelles, de la philosophie à la psychanalyse, outre l'attention à la culture fondamentale dans des enseignements d'appoint aux sciences sociales et économiques. Si l'enseignement social de l'Eglise catholique était au programme, des questions d'ordre social, politique ou culturel étaient objets de discussions, de séminaires ou de colloques. Des rencontres entre étudiants, ou entre ceux-ci et tel enseignant, rencontres informelles ou régulières, venaient personnaliser le parcours de formation intellectuelle, conforter l'assimilation des connaissances et la capacité d'être intellectuellement autonome. L'objectif était d'apprendre à analyser, à discerner, à se situer en tant que chrétien, et ainsi à articuler ses positions, à argumenter.

La décision d'une formation concentrique et ouverte aux diverses dimensions de l'être humain en société reprenait, à nouveaux frais, une orientation remodelée périodiquement depuis la création de l'IES en 1923. La menace de sa fermeture depuis 1980 avait été enrayée par la décision du chancelier de l'ICP, le Cardinal François Marty, engageant les jésuites à relancer les sciences sociales et économiques. Dans la formulation du projet intellectuel, l'alignement sur l'IEP paraissait compromettre, sinon inverser la raison d'être de la spécificité de l'Institut, car il entraînait une spécialisation poussée de l'objet et, surtout, de son angle de vision, avec le risque d'en arriver à des territoires thématiques juxtaposés, voire fermés, et au contrecoup, non sans incidences financières, d'une embauche grandement diversifiée dans ses options. L'objectif d'une formation multidimensionnelle requérait l'affinité des enseignements avec l'esprit de l'institution. Dans ce sens, tout candidat à un poste d'enseignement faisait l'objet d'un examen serré, par le Collège des enseignants, de ses compétences universitaires, —diplômes et publications—, de la pertinence des enseignements proposés et des éléments promettant une inclusion dans le processus de formation tutorale. Faisait partie de l'aptitude cognitive et pédagogique l'ouverture d'esprit, celle d'une culture personnelle permettant de jouer sur plusieurs plans. L'examen des candidatures était l'occasion de revoir les objectifs de l'Institut et leurs exigences concrètes. La concrétisation des objectifs et conditions appelait des mises en commun périodiques sur les pratiques des enseignements, niveau par niveau, lors des collèges ou conseils des enseignants. L'expression libre, et avec une bonne dose de confiance mutuelle, n'hésitait pas à relever tant les déficiences que les bons points, à apporter corrections et encouragements. Ce faisant, un esprit commun était partagé et consolidé, agrémenté des originalités dans l'expression de personnalités bien caractérisées.

La direction du Père Louis de Vaucelles (1988-1997) consolida les acquis, dans le prolongement de l'orientation engagée. Des innovations s'y greffèrent, et toujours suivant leur discussion et approbation par le Conseil des enseignants, comme le stipulait le règlement intérieur révisé en 1980-1982. L'une des préoccupations majeures du nouveau Doyen fut de créer les conditions facilitant l'embauche des jeunes diplômés de la faculté. Dans cette ligne s'ensuivit la création de deux Diplômes d'Études Supérieures Spécialisées (DESS) : Europe, Ressources humaines, dont les programmes étaient marqués par un double objectif : assurer l'apprentissage des connaissances techniques indispensables, allier à ce minimum requis une reprise et un approfondissement des éléments de réflexivité propres aux sciences sociales, avec le souci d'introduire les interrogations éthiques liées aux pratiques professionnelles étudiées.

Au plan des orientations générales de l'Institut, prenant l'appellation de Faculté de sciences sociales et économiques (FASSE) en 1997, le Doyen Louis de Vaucelles se montra particulièrement attentif au dépassement de la vision impressionniste du religieux, l'apanage de nombreux étudiants, par des séminaires d'anthropologie et de sociologie des religions. N'était-ce pas la façon royale de parfaire l'initiation à la sociologie, vu la complexité du phénomène religieux dans l'histoire et la société ? C'était d'abord répondre au questionnement de nombre d'étudiants sur la nature de la religion, ses diverses expressions en société, expérientielles et organisationnelles, selon une perspective propre aux sciences sociales. La réponse dans ces termes signifiait relire les classiques de la sociologie moderne chez qui la religion occupe une place centrale, en même temps qu'exposer des points de comparaison valorisant l'originalité de chacun d'eux, originalité contextualisée et prolongée dans l'examen de questions actuelles. Quant à la sociologie du christianisme, saisie dans ses différenciations internes et en comparaison avec d'autres grandes religions, elle apportait des connaissances de fond, d'un point de vue théorique et historique, ce qui menait à soulever et à scruter des problèmes de méthode et de théorisation intéressant la pensée des sciences sociales et leur processus de compréhension analytique. Par ce biais se faisait la jonction entre l'étude sociologique du phénomène religieux et la formation de sociologie, fondamentale ou spécialisée.

Les innovations du programme, répétons-le, en sociologie comme en anthropologie, furent soumises et approuvées par le Conseil des enseignants, comme le stipulait le règlement. Il en va ainsi, en 1994, pour l'introduction de la sociologie américaine en licence, en maîtrise et en DEA. Une autre nouveauté suivit de peu, parmi d'autres, celle de la sociologie du christianisme, se combinant à la sociologie des religions en 1996. Il s'agissait d'enrichir les perspectives théoriques et les pratiques de la méthode, tout en répondant à l'attente étudiante, et de certains enseignants, d'un enseignement de sciences sociales portant sur le christianisme en lien avec les rapports de la religion à la modernité. Le défi à relever était double : conjuguer la sociologie historique, la sociologie de la connaissance et la sociologie phénoménologique, d'un côté, et, de l'autre, l'initiation à une démarche heuristique et la recherche avancée. Les enseignements, divers par leur sujet et leur approche, fournissaient les éléments d'une composition intellectuelle, pratiquée au travers d'essais et de tensions inéluctables. L'appui de la direction allait garantir la continuité innovatrice du projet intellectuel.

La créativité en sociologie-anthropologie, relative certes en raison notamment des restrictions institutionnelles, s'inscrit dans un mouvement plus global, apparu d'abord en Amérique du Nord et ensuite sur d'autres continents, à savoir renouveler les enseignements des études universitaires avancées, mettre sur pied de nouvelles formations doctorales, souvent en lien avec des secteurs d'activité où les sciences sociales jouent un rôle central ou d'appoint, ceci tant dans des productions industrielles ou d'ordre économique que dans les affaires sociales ou les institutions ecclésiales. La diversité et la mobilité de ce monde, entre autres données, requiert la maîtrise des ressources réflexives et non seulement techniques. L'orientation engagée dans ce sens n'avait rien d'inédit dans une faculté dont la tradition avait privilégié un projet multidimensionnel, et ce compte tenu des moyens limités dans une institution catholique en contexte français. Les formations professionnelles, mises sur pied à la faculté dans les années 1990, comportaient des composantes techniques et réflexives, pragmatiques et éthiques. Former un simple exécutant, nous le savons, risque fort de mener à une impasse à court terme ; former des individus aptes à l'adaptation, au renouvellement, à la création ouvre à des promesses d'avenir. Les anciens de la faculté continuent de témoigner de l'importance d'une formation intellectuellement charpentée et préparant à une insertion d'acteur social. D'ailleurs, un bon nombre d'entre eux ont accédé rapidement à des postes de direction.

Les pratiques de l'acteur-concepteur : le déploiement des composantes du projet intellectuel, de 1994 à 2006

L'émergence et le déploiement d'une formation de sciences sociales, originale à plus d'un titre en contexte français, ont bénéficié de ces conditions : la consistance du programme des études, soutenue par une idée de l'université, la direction jésuite fondée sur un savoir-faire actualisant l'héritage de l'universitas, une gestion de confiance et de reconnaissance, donc peu technocratisée, appliquant les statuts et règlements administratifs (voir l'annexe C) ; à quoi se joint la compétence reconnue d'une équipe d'enseignants-chercheurs, confirmée par leurs publications scientifiques et leur participation à des colloques et à des centres ou groupes de recherche, sans oublier les liens avec d'autres institutions. Relativement selon les niveaux et les types d'enseignement, aux éléments mentionnés s'ajoutent la préoccupation, communément partagée, de former intellectuellement par la rigueur de la méthode et la communication de connaissances de pointe, la valorisation d'un esprit de liberté créatrice dans la recherche et l'expression de la pensée, l'enrichissement cognitif et culturel en raison de la diversité des origines et des lieux de référence, tant des étudiants que des enseignants, outre le tutorat et la direction de travaux. Une particulière attention est accordée aux problèmes de fond et au soutien de la recherche, aux questions de l'heure et au débat, à la participation à des activités en société. Les études supérieures s'entendent d'un parcours progressif par l'inscription à des cours thématiques et à des séminaires de recherche, de la maîtrise au doctorat, parallèlement à la confection de mémoires, le premier dirigé vers la de maîtrise de la méthode et le second préparant à la thèse. Ces enseignements conjuguent la diversité des objets d'étude annuels à l'approfondissement, au pluriel, d'une perspective et d'une méthode.

Le programme de sociologie-anthropologie, au niveau de la maîtrise et du DEA, en vint à croiser la sociologie historique du christianisme, la sociologie des religions, la sociologie américaine, la sociologie de la connaissance et l'anthropologie culturelle et sociale, outre des cours connexes ou sur des sujets thématiques. Les enseignants et chercheurs prodiguant ces enseignements poursuivaient des recherches, participaient à des colloques et congrès, publiaient des études à caractère scientifique, entretenant ainsi une interrelation étroite entre recherche et enseignement. De la sorte contribuaient-ils au rayonnement de la faculté et à sa reconnaissance dans le monde universitaire. Parmi les apports de l'extérieur en matière de recherche, d'enseignement ou de publication, prennent place les contributions récurrentes, dans les séminaires de sociologie religieuse et américaine, des professeurs Emile Poulat et Jean Séguy, tous deux de l'EHESS, Jean Remy de Louvain-La-Neuve, Claude Langlois de l'Ecole Pratique des Hautes Etudes-Section Sciences Religieuses (EPHE-SR), Pierre Ansart, Mohammed Arkoun et d'autres universitaires. La participation s'étendait à des projets de recherche et à des publications collectives, incluant celles des travaux des séminaires. La tradition d'un projet intellectuel se déployait grâce à divers enrichissements et à son ancrage dans le monde universitaire de la recherche et de l'enseignement. A une créativité élevée des enseignants et des étudiants se joignait une production à caractère international, par ailleurs non seulement en français mais aussi en anglais, en allemand, en italien. La diffusion sociale du projet pratiqué passait par les échanges entre étudiants et avec leur milieu, dans le cadre familial ou paroissial et au sein de divers organismes ou activités.

A l'élaboration du composé cognitif et à son développement concourra, de façon décisive, la sociologie dite germano-américaine, spécialement celle de l'interactionnisme symbolique. Cette sociologie, spécialement dans sa version nord-américaine, se caractérise par la confrontation des idées philosophiques, issues en particulier de la philosophie sociale et politique, avec la méthode et les données de la science moderne. La démarche de la recherche et son exposition analytique adoptent la rigueur de la méthode scientifique tout en évitant de se confiner au quantitatif ou au directement observable, par le recours à la phénoménologie du quotidien et à la description ethnographique. En accord avec cette sociologie, dans la confection du mémoire ou de la thèse, l'étudiant apprend, grâce au suivi d'une direction habilitée et aux échanges en équipe, comment se construit la recherche à caractère scientifique dans le domaine des sciences humaines et sociales. La compréhension est centrée sur l'interaction sociale et ses représentations par les individus en société. Le processus de recherche inclut la préoccupation d'une action de changement, qui soit éclairée par des analyses intellectuellement objectivées et gratuites. On ne poursuit pas une solution directe ou mécanique, immédiate d'un problème. Dans la même ligne va le souci de repérer les traces et la socio-logique d'un processus depuis ses origines jusqu'à son déploiement tentaculaire. Le chercheur entretient une relation à l'objet, faite d'empathie et de distance. Ce faisant, le point de vue fonctionnel ou systémique peut croiser celui de l'interaction ou de la critique des fondements de la société. Cette démarche cognitive et méthodique a pour références notoires les sociologues d'origine germanique que sont, en vis-à-vis de Karl Marx et de Friedrich Engels, Max Weber, Ernst Troeltsch et Georg Simmel, Norbert Elias et Joachim Wach, Alfred Schütz et Peter Berger. Du côté américain, signalons George Mead et l'École de Chicago, Robert K. Merton et Neil J. Smelser. Des historiens ou phénoménologues des religions et des philosophes ont contribué hautement aux avancées théoriques, dont Max Scheler et Edmund Husserl, sans oublier Emmanuel Kant et Friedrich Hegel.

La méthode sociologique relative à la perspective germano-américaine met à mal des techniques d'ordre mécanique, la simple application d'une grille à une situation ou à un dossier, l'assimilation de la sociologie aux rapports d'enquêtes (des sondages le plus souvent) et au simple descriptif du contexte social. La difficulté première est d'apprendre à questionner et à problématiser, ce qui appelle des connaissances autres que strictement sociologiques. Il importe d'acquérir le souci de repousser toujours plus loin les limites de sa compréhension de la réalité, de dépasser la vision des apparences, la propension à s'arrêter à la surface des choses. Dans le même sens prend place l'extension du champ des connaissances par les lectures, mais aussi par la fréquentation de divers milieux ou la conversation avec des personnes de différents horizons ou cultures, tout en cultivant ses racines vitales et l'équilibre entre les secteurs ou aspects de la vie, tels la culture et la science, le retrait et l'immersion, la réflexion et la communication. C'est une philosophie de la vie qui est en cause, avec l'objectif de contribuer à l'humanisation des rapports sociaux par la conscientisation, de faire en sorte que l'être humain en société puisse être un acteur, trouver sens à son existence et à son devenir dans le rapport à une transcendance, dont celle au visage chrétien confrontée à d'autres figures historiques de la transcendance et de ses médiations. Bref faire en sorte que l'être humain se tienne debout, soit maître de son destin : « Gloria Dei vivens homo », proclamait Irénée le philosophe.

La sociologie de la connaissance tenait compte de la philosophie, telle celle de Max Scheler. Il en allait de même pour la science politique. Quant à l'anthropologie culturelle et sociale, ses développements ethnographiques s'inscrivaient dans la perspective de l'interactionnisme symbolique version américaine. En cela elle recoupait, comme la précédente, une composante des séminaires de recherche portant sur le phénomène religieux ou le christianisme. De part et d'autre des points de théologie étaient abordés à l'occasion de l'examen de telle ou telle question. Dans les séminaires traitant du phénomène religieux, les thèmes traités, de 1994 à 2002, allaient de la sociologie des origines chrétiennes aux questions religieuses actuelles, des rapports entre sécularisation, pluralisme et modernité aux médiations religieuses théorisées sous l'angle de la transaction et du compromis. Des cahiers de recherche consignèrent les travaux des séminaires de 1994 à 1999. D'autres cahiers n'ont pu paraître, faute du soutien institutionnel autre que verbal après 1999-2000. Leur édition reste souhaitable, vu l'originalité des travaux au sein de la production actuelle de langue française.

Tout à la fois la référence aux classiques et aux néo-classiques de la sociologie moderne vient cadrer l'examen des questions particulières, lesquelles sont déclinées au pluriel, du fait de l'origine diversifiée des participants et des lectures proposées, le tout en vue de confectionner reproblématisations et analyses. Grâce à l'interaction dirigée et intellectuellement stimulatrice, les participants peuvent puiser matière pour l'avancement de leurs travaux, en plus de parfaire leur familiarisation à une méthode et à une intelligence particularisée des choses de la société. La participation sur trois ans minimum s'avérait nécessaire pour acquérir le réflexe d'une façon de voir et la pratique de terrain qui soient à la hauteur d'une analyse typique des sciences sociales. A cette capacité concourrait un ensemble d'enseignements, à quoi se combinait la présence active des étudiants en DEA ou au doctorat auprès de leurs condisciples moins rompus aux sciences sociales. Des étudiants clercs s'adonnaient volontiers à prodiguer, hors cours, des compléments de connaissances religieuses, parfois basiques, à l'attention de leurs condisciples préoccupés de repousser les limites de leur ignorance religieuse.

Les productions en sociologie des religions et du christianisme : réalignements, perspectives et incidences pragmatiques, de 2000 à 2006

De 2000 à 2006, les innovations engagées cultivèrent un projet intellectuel qui soit dans des termes similaires à ceux des années précédentes, tout en réalignant l'objet d'étude et sa perspective. Pour ce qui est de la sociologie des religions et du christianisme, parmi les thèmes abordés vint en premier lieu l'examen systématique et critique des diverses théorisations du phénomène religieux, sous l'angle des rapports entre expérience religieuse, religion organisée et société, dans la suite des classiques de la sociologie moderne. Le volet connexe comprenait spécialement diverses questions relatives à la socialisation et aux effets publics des représentations religieuses dans le contexte du pluralisme et en liaison avec les rapports entre tradition et modernité. La théorisation prit davantage d'importance, en interrelation avec les situations et problèmes se rapportant aux sujets des mémoires et thèses, en cours de rédaction ou projetés. Des questions d'ordre épistémologique pouvaient être scrutées de près, à l'intention d'étudiants sélectionnés. Les exigences avaient été haussées, en correspondance avec d'autres enseignements.

Les cours et séminaires accueillaient des étudiants en quête d'outils permettant de pousser questionnement et problématique en vue d'une compréhension intellectuellement stimulante et intéressant l'action sur le terrain. Une attente dans ce sens, pour nombre d'étudiants, n'avait pu être comblée dans des enseignements jugés soit essentiellement descriptifs, soit fortement idéologisés, soit à finalité prioritairement utilitaire. Les contenus bénéficiaient des apports des enseignants, invités dans d'autres universités ou menant des recherches en lien avec divers centres ou groupes. Par ailleurs, la coopération avec Louvain-la-Neuve (Jean Remy) et l'EPHE-Section Sciences Religieuses (Claude Langlois) se traduisit par de nombreux échanges et des collaborations, dont un séminaire hebdomadaire, d'octobre 2001 à juin 2002, sur la religion dans la ville et un colloque sur ce sujet le 3 décembre 2001. Une journée d'études le 19 mai 2004 réunit les étudiants de Troisième Cycle de l'EPHE-SR et ceux de la FASSE. Les uns et les autres présentèrent leurs travaux et en discutèrent dans le cadre de référence énoncé comme suit : christianisme, Etat et société ; les mutations contemporaines de l'espace catholique. Les exposés dans ce cadre étaient regroupés sous quatre thèmes : école, culture et socialisation religieuse ; femmes, mouvements religieux et culture cléricale ; guerre, identité et religion ; sociétés post-communistes et Églises. Du 18 au 23 mai 2005, grâce à la coopération du professeur Denys Delâge de l'Université Laval à Québec, une semaine de séminaires et rencontres fit connaître les travaux de jeunes chercheurs amérindiens ou amérindianistes, ce qui suscita de vifs débats, en lien notamment avec les discussions parisiennes de l'heure ou les défis des rapports entre tradition et modernité en Afrique.

Deux insistances marquèrent les travaux menés, soit le détour de l'histoire et la saisie de la complexité par la configuration d'un phénomène social. Le tracé historique sociologiquement cadré procure de la densité à des sujets d'actualité, fournit les références comparatives dans le temps servant à pondérer la signification ou la portée des éléments en présence, en plus de contribuer à affiner le cadre théorique et à dresser une problématique sur la base d'hypothèses élaborées dans la comparaison avec d'autres situations ou problèmes. Tout à la fois le défi de taille est de rendre compte de la complexité, de la maîtriser par la configuration des différentes composantes, de les cerner sous divers angles. Ici l'anthropologie, l'ethnographie ou d'autres sciences humaines sont intégrées à la démarche d'intelligence, tout comme peut être analysée l'interaction entre économie, religion et société, culture, tradition et modernité en contexte urbain, conflit, identité, lien social et bien commun. Les séminaires de recherche constituaient des lieux d'expérimentation commandant un investissement élevé des participants, en rapport avec leurs travaux de thèse ou de mémoire. De rares auditeurs de l'extérieur se prêtaient à l'exercice, apparenté à un laboratoire de recherche se déployant dans des séminaires alliant relecture des classiques, discussion des apports plus récents et investigations thématiques ou de terrain.

Le processus de connaissance, rapidement esquissé, répondait aux attentes d'une formation rigoureuse, de pointe et intellectuellement ouverte. Il bénéficiait d'un ensemble de conditions, telles les discussions entre les professeurs, l'introduction de nouveaux enseignements confortant les connaissances théoriques ou méthodologiques et les recherches en cours, la réactualisation et la réarticulation des matières au niveau de la licence, de la maîtrise et du DEA. La formation de sociologie-anthropologie continuait d'avancer une perspective partagée par divers enseignements centrés sur autant d'objets. Dans cet esprit, un séminaire de sociologie des religions est d'abord et avant tout une démarche propre aux sciences sociales et non pas l'étude de la religion pour elle-même, à ceci près que cette dernière, en tant que phénomène social et historique, s'avère un objet particulièrement complexe, et à ce titre intellectuellement formateur, à la condition toutefois d'être déclinée dans ses différents aspects et, par ricochet, de faire la vérité sur une réalité souvent méconnue, voire brocardée. S'il en est ainsi, l'effet encouru ne se révèle pas purement d'ordre cognitif ; ses incidences, le cas échéant, concernent le croire, lequel est interrogé ou engagé hors indifférence ou abstention. Par exemple, un effet non recherché, mais fréquent, était la prise de conscience d'une identité religieuse spécifique, d'une dimension spirituelle de l'existence, à la faveur d'une étude objectivée, empathique et distanciée tout à la fois, du fait chrétien ou du phénomène religieux.

Une démarche de cette nature, une fois en lien avec l'expérience pastorale et ses conditions d'exercice offrait, aux clercs spécialement, la capacité d'intégrer la pratique, de la vie chrétienne ou proprement pastorale, et la théologie, de confronter cette dernière à sa culture et, en retour, celle-ci à la symbolique chrétienne et à sa gestion institutionnelle. Comme l'avança, le 9 novembre 2006, un membre du jury à la soutenance d'une thèse sur les rapports de genre chez les Iraquois de Tanzanie, le travail des sciences sociales sur les cultures africaines s'avère nécessaire, en particulier en ce qui a trait à l'inculturation, dont l'avancement commande la distance critique et la compréhension interprétative évitant le dialogue de sourds ; à cette fin la théologie ne saurait suffire, et moins encore la focalisation sur l'action pastorale. La remarque vaut pour d'autres questions de l'heure dans le christianisme, lesquelles appellent des recherches fines, comme celles menées à la FASSE dans des mémoires et des thèses, dont certains ont été publiés dans les grandes collections des Éditions L'Harmattan, chez Peter Lang ou chez d'autres éditeurs, sans oublier les articles de synthèse thématique dans des périodiques, y compris la revue internationale Social Compass.

L'observation sur l'inculturation mérite de s'y arrêter et de l'expliciter dans ses grandes lignes. Des clercs africains ou sud-américains sont particulièrement concernés, mais non exclusivement : des non-clercs, aussi bien des non-chrétiens, portent des questions culturellement similaires. Les uns et les autres appartiennent le plus souvent à la génération qui a connu de près la tradition d'une culture et, tout autant, les bouleversements d'une modernisation galopante ou d'une guerre civile. Entre tradition et modernité consentir aux défis de l'histoire sous-tend les questionnements et analyses circonstanciés, ceux-ci mis en rapport avec les structures sociales, les expressions symboliques du lien social, les transactions du conflit et les conflits de la transaction. Dans ce cadre opératoire et interprétatif, la question de l'avancement de l'inculturation du christianisme, comme pour d'autres apports d'origine extérieure, appelle notamment une position combinant la distance et la compréhension de près en vue d'une action de changement. Les deux attitudes éloignent du dialogue de sourds et, à ce titre, constituent une condition de faire avancer le processus, quitte à en corriger le cours, les modalités ou l'orientation.

Dans la poursuite de ce défi, la philosophie ou la théologie ne sauraient suffire, surtout si l'une ou l'autre se présentent comme un système de connaissances marqué par des présupposés antimodernistes déclinés dans les clivages entre la théologie et les sciences humaines. Il en va de même pour la simple utilisation de techniques, d'ordre social ou autre. La tentation de s'y confiner n'échappe pas à des intervenants religieux. La focalisation sur l'action pastorale a également ses limites et perversions, qui s'apparentent à celles propres à l'application d'un programme. De part et d'autre font défaut des instruments réflexifs et de méthode permettant de questionner son insertion et son activité pour en dire le sens, en accroître l'efficience, une efficience qui soit multidimensionnelle et aux horizons ouverts. Dans la démarche des questionnements de fond sont suscités, tel sur les rapports entre les continuités et les discontinuités dans les déplacements aux effets sociétaux décisifs, lesquels ne vont pas sans incidences sur le travail de la religion sur elle-même, en priorité sur ses représentations et ses fonctionnements, en liaison avec ses diverses pratiques et interactions. Ces questionnements ne sauraient éviter la question des médiations historiques dans la production des effets sociaux, de l'influence sur les conduites des représentations religieuses, culturelles ou politiques.

Dans un tel processus, les transactions typiques du compromis, celles des échanges dans la reconnaissance de l'altérité, jouent un rôle de premier plan, sous certaines conditions. C'est ce que Ernst Troeltsch, de concert avec Max Weber tout en s'en distinguant, a finement analysé dans son exégèse sociale-historique du discours des Églises et des groupes chrétiens depuis le Nouveau Testament jusqu'à l'orée du dixième-neuvième siècle. Cette position est difficilement compatible avec une théologie affirmant que le compromis troeltschien développé dans ces analyses est essentiellement d'ordre théologique et ne saurait concerner les sciences sociales. Les médiations de divers niveaux sont négligées, sinon carrément ignorées. Il en est de même quand on ramène l'enseignement social de l'Église catholique à une systématisation doctrinale, par ailleurs synthétisée en résumés thématiques. David Yamane, dans son étude des conférences épiscopales américaines, scrute comment leur adaptation à la sécularisation, jugée délétère, le doit à la multiplicité des médiations et transactions mises en route pour formuler des stratégies d'influence auprès des pouvoirs publics et de la société civile, sans verser dans la partisanerie. De la sorte des acteurs socioreligieux en arrivent à donner des moyens à l'enseignement social de l'Église, au lieu de le confiner à un simple discours, réduit de surcroît à un système doctrinal servant d'argument d'autorité. En affinité avec ce mouvement, non exclusivement américain, des facultés de sciences sociales catholiques ont intégré la sociologie des religions et du christianisme dans les programmes en sciences sociales, y incluant l'enseignement des Églises et groupes chrétiens, dans une perspective d'étude critique et en lien avec les discussions et recherches sur des questions morales et religieuses. Un tel horizon du savoir consent au décloisonnement, sans confusion, des perspectives de la connaissance, d'autant que l'objet porte sur la production ecclésiale dont théologique. L'enseignement de ce type est tout au plus toléré, s'avère de fait difficilement recevable par le positionnement de nature antimoderniste. Une direction universitaire dans cette optique prendra les moyens à sa disposition pour éradiquer l'élément irrecevable, cognitivement et institutionnellement, et surtout peut-être si le décloisonnement affiche une production académique diffusée et reconnue. La sanction institutionnelle refusera de considérer de possibles accommodements ou transactions entre les parties. C'est l'intransigeantisme catholique, décrit et analysé par Émile Poulat (5).

Dans les études de terrain comme dans les séminaires, tel sur le pluralisme, le compromis ou la socialisation, la problématique s'était déplacée, mais non exclusivement toutefois, sur les rapports entre économie et société, culture et religion. Si nous nous en tenons aux seules dissertations doctorales soutenues, mentionnons, à titre d'échantillons, la thèse de sociologie historique et économique de Juarez Lopes de Carvalho Filho sur la formation sociale des systèmes sociaux et économiques du Maranhão au Brésil (soutenance le 16 juin 2007), la thèse de Paul Diyammi sur les changements socio-économiques et les rapports de genre chez les Iraquois du Nord-Est de la Tanzanie (soutenance le 9 novembre 2006), la thèse de Paul Kandundu sur société civile, entreprenariat et lutte contre la pauvreté dans la ville africaine, en l'occurrence à Bukavu (soutenance le 28 janvier 2006), la thèse de François-Etienne Tsopmbeng Tsamo sur l'évangélisation, le travail salarié et les instances de régulation, soit l'ordre religieux des Déhoniens et les pouvoirs coloniaux français en pays bamiléké, sur les hauts plateaux de l'Ouest Cameroun, de 1916 à 1972 (soutenance le 25 septembre 2004), la thèse de Arthur Lambert sur l'économie, l'Église et l'argent dans le vicariat de Reyes en Bolivie (soutenance le 21 juin 1996). Les thèses et mémoires portant sur les réalités africaines s'inscrivaient, mais sans relations explicites toutefois, dans le mouvement africain de la philosophie de la reconstruction sociale et de la théologie sociale incluant des études de sciences sociales. La livraison printemps 2011 de Social Compass sur les rapports entre économie, culture et religions dans l'Afrique subsaharienne vint couronner les travaux cités, —complétés par des études sur l'islam sénégalais ou les pentecôtistes africains — , et en relancer la recherche, théorique et de terrain.

D'autres travaux de Deuxième ou Troisième Cycle se sont attachés à la sociologie de l'économie, et tout autant à la ville, à la socialisation, à la construction sociale de l'identité dans les rapports conflictuels. D'aucuns ont fait l'objet de publications dans des revues ou collections scientifiques, comme il en va pour les précédents. Tout un chacun accorde une attention particulière, avec la visée de saisir la complexité sociale, au tracé historique, à sa genèse donc, et à la configuration d'une question ou situation par le jeu de l'interrelation de la théorisation et de la description analytique et ethnologique. Une telle approche s'aligne sur une lecture multidimensionnelle de la réalité sociale, y compris celle de la religion.

Dans les enseignements était soulignée la référence judéo-chrétienne de nombre de développements conceptuels, à commencer par ceux des classiques de la sociologie moderne, de Marx-Engels à Troeltsch et Simmel, en passant par Weber et sans oublier Durkheim, Mauss et les grands auteurs de la sociologie française. La référence, d'ordre fonctionnel ou symbolique, éclairait la genèse, la particularité et la portée de conceptualisations et de points de méthode en regard de l'analyse et de la pratique, ― y compris dans la sphère religieuse, chrétienne ou autre―, au niveau de l'ordinaire de la vie, des représentations et de leur gestion institutionnelle. L'intérêt d'une telle approche rejoignait aussi bien les non-clercs et éveillait au souci d'une cohérence de la vie. Les uns et les autres s'inséraient dans une tradition intellectuelle socialement reconnue et suscitant des attentes quant à la formation intellectuelle, humaine et spirituelle.

L'acteur et le système : les conditions d'exercice du projet intellectuel après le retrait jésuite et jusqu'en 2006

Pour la période qui nous occupe, un aperçu de la situation de la faculté montre la continuité vacillante du projet intellectuel. La vision d'ensemble s'effaçait en douce avec la fragmentation des enseignements. Un nombre croissant d'entre eux était prodigué par des enseignants de passage ou étrangers au monde universitaire. Le fait n'était pas nouveau objectivement parlant ; la nouveauté résidait dans le nombre et son corollaire, la difficulté de joindre l'extension et l'appropriation du caractère propre de la faculté. En ligne de fond se posait la question de la raison d'être facultaire d'enseignements pratiques ou thématiques, diversifiés certes mais de contenu strictement technique, sans portée réflexive ou théorique, tournés qu'ils étaient vers l' immédiat pour des étudiants devant affronter des milieux de travail souvent mouvants. À ce sujet, un professeur avait affirmé l'importance du caractère gratuit de la réflexion sociologique, par ailleurs inutile aux yeux utilitaristes, comme élément essentiel de la formation intellectuelle préparant à l'insertion sociale. L'intervention, un exemple parmi d'autres, avait soulevé un vif débat, ciblant notamment la tendance utilitaire et immédiatiste de l'orientation se mettant en place au sein de la faculté. Néanmoins cette période continue d'être riche en débats de fond. La plupart sont restés sans trace écrite autre que des notes individuelles ou des ébauches de rapport (6).

L'abandon de la Lettre aux anciens et des rencontres à leur intention, après le retrait des jésuites, contribua à éloigner de la faculté des relations, des ressources et des collaborations, au moment même où le mentorat, comme modalité de la coopération des anciens à la formation et à l'insertion des nouveaux diplômés, se mettait en place dans d'autres universités. Les appels à la restitution d'une pratique éprouvée n'eurent pas de suite. D'autres déplacements, certains inattendus, auraient des conséquences négatives sur la pratique du projet intellectuel, y compris sur son volet de la formation professionnelle. Le décès de Jacky Ducatez le 15 juin 2002 priva la faculté d'un professeur permanent de sociologie et d'anthropologie. Il ne fut jamais remplacé à ce titre, malgré les demandes répétées, en raison du nombre croissant des étudiants en mémoire et en thèse dans le domaine. D'autres départs signifièrent la disparition d'enseignements, pourtant appréciés et constitutifs d'un programme de sciences sociales. Le directeur de la formation de sociologie en appela à une attention de la direction en faveur de la sociologie, dont le Troisième Cycle qui se développait de façon continue depuis une décennie. Il fallait, de toute urgence, intégrer un professeur de sociologie et un autre, à demi-temps au moins, d'anthropologie culturelle et sociale (7).

Les départs de professeurs permanents se répercutèrent sur le le Conseil de gestion, lequel comprit, à partir de 2003-2004, quatre membres actifs, soit le Doyen, les deux enseignants d'économie et le directeur de la formation de sociologie. Les nouvelles structures, annoncées le 10 décembre 2005 au Conseil des enseignants, répartissaient la prise de décision désormais entre le Conseil de gestion, l'équipe décanale, c'est-à-dire le précédent mais de composition élargie, et le Conseil des masters, celui-ci voué à leur agencement. Le déficit de représentativité dans le Conseil de gestion et les réaménagements des lieux et modalités de la prise de décision allaient fragiliser la fonction symbolique d'une institution d'enseignement de couvrir la diversité des formations et des points de vue, et ainsi de la diriger dans un sens crédible auprès des membres pour avoir été discuté et reconnu acceptable (8). A la FASSE, cette fonction, dans les termes issus d'une longue façon de faire, tenait grandement à la consultation du Conseil des enseignants, de concert avec le Conseil de gestion, lesquels veillaient à l'actualisation d'un héritage intellectuel et éducatif dans l'articulation des composantes du programme. Les professeurs mettaient leur confiance dans la direction, qu'ils considéraient comme garante de l'observation des règlements, car dépositaire d'une tradition éducative et de son projet intellectuel.

Parmi les revers, l'intention de mettre sur pied un laboratoire « économie, société et religion » ne trouva pas de résonance auprès des enseignants des sciences économiques. Elle était explicitement formulée dans un document, daté des 2 et 5 avril 2003 et rédigé après consultation des intéressés. N'était-ce pas la correction au fait que les mémoires et thèses de sociologie-anthropologie et d'économie n'avaient pas de laboratoire propre ? De plus, les sujets des travaux de sciences sociales en cours accordaient, en grand nombre, une place de choix au volet économique. L'acquisition de connaissances dans le domaine amenait les étudiants à devoir s'inscrire à Paris I ou à Paris-Dauphine. Le projet d'un master de recherche interreliant sociologie, anthropologie, économie et, en complément thématique, la science politique fut abandonnée dès 2004, avec le retrait des enseignants d'économie, lequel projet toutefois rebondit jusqu'en 2006. C'est que la faculté ne comprenait qu'un laboratoire reliant le DEA de résolution des conflits, appelé aussi sociologie des conflits, au Centre de Recherche sur la Paix (CRP), et celui-ci à l'organisme romain Pax Christi. La création du CRP avait été annoncée au lendemain du retrait des jésuites de la direction, soit le 8 juin 1997. Avec le maintien d'un laboratoire de recherche unique, aux objectifs relevant essentiellement des sciences politiques, et ce maintenu en raison du désengagement à la recherche de Troisième Cycle des enseignants en économie, la spécificité de la formation à la faculté risquait de s'évanouir. Une double tendance se trouvait favorisée : d'une part, le cloisonnement du volet professionnel et du volet recherche, et, d'autre part, la compartimentation des trois composantes du programme.

En clair, depuis la fin de la direction jésuite s'était étiolée l'évocation du projet intellectuel soutenant la pratique éducative. L'esprit utilitaire devenait de plus en plus manifeste, un esprit mu par des visions avant tout fonctionnelles et immédiates des choses de la vie facultaire. En opposition, la sociologie-anthropologie accentuait la formation intellectuelle par le renforcement réflexif, en développant méthode et théorie dans l'analyse configurative et génétique. Le développement du projet intellectuel et la hausse de ses exigences lui profitèrent finalement. Le nombre des étudiants inscrits aux séminaires de DEA de sociologie continua de se confirmer (voir Annexe A). Les inscriptions en thèse, des clercs spécialement, s'étaient multipliées après 2000 dans la faculté, au point que les études doctorales, particulièrement en sociologie-anthropologie, prenaient une importance grandissante, comparativement aux années antérieures. La FASSE était reconnue comme un lieu de formation intellectuelle de grande qualité, et même comme un modèle institutionnel catholique dans la ligne de la tradition éducative jésuite. Des étudiants, des clercs notamment, y étaient envoyés en vue d'assumer la direction de la pastorale sociale, d'un institut ou d'une faculté de sciences sociales. Les anciens de la maison affichaient leur contentement de la formation reçue, en ceci spécialement, le niveau des enseignements et l'attention personnalisée à l'étudiant.

La réussite manifeste de la sociologie-anthropologie allait de pair avec une position institutionnelle ambiguë. Parmi les présentations du réaménagement des sciences sociales en accord avec le LMD (Licence, Master, Doctorat selon les directives de l'Union Européenne), celle de mars 2004 ramenait le DEA de sociologie à l'une des sept spécialités du Master II. Le Troisième Cycle de sociologie se trouvait minoré sur papier, dans la case d'une composante d'un programme à compartiments. En liaison aux requêtes d'y joindre un laboratoire de recherche et deux professeurs intégrés était pointée la condition privilégiée de la sociologie. C'est qu'étaient accolés à cette formation les enseignements d'ordre culturel ou complémentaires. Or, ces enseignements, issus de la direction jésuite, étaient constitutifs de l'architecture de l'idée d'université, avancée depuis 1985 et encore consistante dans la formation de sociologie-anthropologie, de surcroît pratiquée par les enseignants, toute formation confondue, qui l'avaient fait sienne et de la sorte en assuraient la continuité. De plus, la formation de sociologie-anthropologie continuait de comprendre la science politique et l'économie. Le plus grand nombre des étudiants continuaient d'incorporer les trois composantes dans leur formation personnalisée, souvent d'ailleurs après une première visite des séminaires ou suivant les conseils d'anciens participants. Grâce à une base sociale relativement étendue, la formation de sociologie-anthropologie recueillit un relief académique, en lien explicite avec le projet intellectuel de l'universitas jésuite et à contre-courant d'un projet tentant de s'imposer.

La systématisation des programme d'études en accord avec les normes européennes, confection et réception en 2005-2006

La révision du DEA de sociologie-anthropologie, comme celle de la licence ou de la maîtrise, pouvait s'appuyer sur une pratique éprouvée et un assentiment qui lui était largement acquis. Elle prit en compte la pratique enseignante et son orientation, en vue du réajustement du programme. Pour ce qui est de la licence, l'élaboration fut achevée fin 2005, suivant un processus entérinant les règlements de la faculté. Des enseignements complémentaires souhaités restaient en suspens, comme la production sociologique de langue française et non seulement hexagonale, un aperçu du christianisme dans l'histoire et la société pour des étudiants souvent ignorants de la religion ayant contribué à former leur culture identitaire, une introduction à l'anthropologie religieuse qui ne soit pas centrée exclusivement sur l'Afrique subsaharienne.

Un projet de Master de recherche qui prenne en compte la tradition intellectuelle, héritée de la direction jésuite et affirmant l'identité de la faculté, nous l'avons vu, pouvait compter avec une base sociale qui s'était maintenue tant chez les enseignants universitaires que chez les étudiants. Elle pouvait compter sur un acquis d'importance : la formation fondamentale ou thématique au niveau de la licence avait été reconsolidée, en vue de l'arrimer aux formations de la maîtrise et du DEA. Tout à la fois, dans un contexte académique quelque peu brouillé, la confection de la maquette du Master de recherche de sociologie-anthropologie dut composer avec des instructions souvent floues et même contradictoires. Et l'entreprise n'allait pas de soi, il s'en faut. Le défi de taille revenait à accorder l'ensemble du projet intellectuel avec les normes européennes du LMD, dont les exigences requises paraissaient moindres, spécialement en ce qui a trait aux travaux et aux mémoires. Tout à la fois il fallait parfaire l'agencement des niveaux du programme de sociologie-anthropologie, maintenir une souplesse gérable de l'articulation des matières dans le but favoriser la créativité du volet recherche. Les professeurs directement impliqués se réunirent les mercredis à 18 heures, d'octobre 2005 à 2006. Les efforts concertés en arrivèrent rapidement à une esquisse, partiellement remodelée jusqu'en janvier 2006.

L'esquisse remodelée de Master reprend le projet intellectuel selon le programme pratiqué depuis les années 1990, et périodiquement mis à jour. Elle s'inscrit en premier ressort dans le domaine « Culture et société ». Elle poursuit de conjuguer l'anthropologie et la sociologie, avec des compléments philosophiques et autres, tels l'économie ou la science politique. Elle privilégie la perspective de la sociologie de la connaissance et de la sociologie historique, de l'interactionnisme symbolique et de la sociologie phénoménologique. L'attention est portée également sur les questions de méthode et d'épistémologie, ce qui n'avait cessé de prendre de l'importance dans les enseignements. De telles questions sont développées à l'intérieur des séminaires, étalés sur deux ou trois ans, soit du master au doctorat. Ces séminaires allient théorisation et méthode, exposés et examen critique de recherches publiées. Tant les théoriques que les méthodologiques offrent des connaissances générales tout en se rapportant au terrain de chacun. La comparaison, qu'elle soit synchronique ou diachronique, est au cœur de la démarche incluant l'analyse empirique. Celle-ci est exposée et discutée en rapport avec les différentes perspectives des auteurs de référence et des points de vue exprimés par les participants, chercheurs, étudiants et enseignants, diversifiés dans leur composition culturelle, géographique, religieuse confessionnelle ou autre.

La pratique du séminaire de recherche ainsi entendu, centrale qu'elle est dans le processus de formation, initie progressivement l'étudiant en Master, dans le prolongement de la formation première, au processus d'une connaissance de sciences sociales qui soit en mesure de rendre compte de la complexité, de la configuration d'un phénomène social-historique, d'une question ou d'un problème circonstancié. Les séminaires thématiques théorisés soutiennent la rédaction des mémoires ou des thèses, par les échanges et les connaissances communiquées et acquises. Par ailleurs, la sociologie des religions et celle du christianisme, l'une axée principalement sur une perspective de sociologie de la connaissance et l'autre, sur une démarche de sociologie historique, occupent une place de choix dans les séminaires de recherche. Ce sont avant tout des séminaires de sociologie dont l'objet qu'est la religion, dans ses différents aspects, permet de saisir concrètement le fonctionnement de la compréhension sociologique d'une réalité sociale à différents niveaux, de l'organisation à l'imaginaire. En complément, la relecture critique des classiques et néo-classiques prend place au premier rang, sans négliger les productions plus récentes et des questions actuelles. La préoccupation est de fournir tout à la fois une formation fondamentale et une formation spécifique, une formation générale et une formation particulière. Un premier mémoire, de 80-100 pages, trace l'analyse d'un sujet dans la ligne des séminaires. Un second explore l'objet matériel, la problématique, le cadre théorique et la méthode de la thèse, en plus d'en montrer la faisabilité et de compléter par une bibliographie commentée, outre l'argument et l'architecture du plan.

Le programme d'études comprend un ensemble de séminaires, répartis sur deux ans. En voici les intitulés dans un ordre qui n'a rien d'impératif :

(1) Sociologie et histoire du christianisme (et Problèmes de méthode et de théorisation en sociologie du christianisme) ;

(2) Sociologie des religions (Sociologie, religion et société dans la suite des classiques de la sociologie moderne, et Questions thématiques se rapportant au phénomène religieux);

(3) Anthropologie culturelle et sociale (Questions particulières, Anthropologie du sens, Anthropologie des mondes contemporains);

(4) Méthode qualitative et quantitative, et questions épistémologiques;

(5) Epistémologie fondamentale et sociale : science, culture et société;

(6) Théories sociologiques (Auteurs et problématiques de recherche —Auteurs, problématiques et perspectives en sociologie de la connaissance);

(7) Etudes sociologiques thématiques.

La liste n'est pas fermée, et il n'est pas exclu d'y ajouter des éléments de correction ou de développement, en accord avec les exigences du LMD. L'annexe B fournit la description de chacun des intitulés après en avoir exposé la distribution selon les années.

La maquette du master de sociologie-anthropologie, déposée dans les temps le 11 janvier 2006, après celle de la licence l'année précédente, scellait un programme déjà bien rodé. Suivit la description des enseignements le 19 janvier, avant d'être retouchée pour donner la mouture du 13 mars (voir l'annexe B). De telles descriptions dans les autres formations n'allaient être disponibles qu'en mai-juin. L'attente d'un accusé de réception se solda par une fin de non-recevoir. Le 27 avril 2006, une lettre rectorale stipula la suppression du poste de sociologie religieuse. Elle reprenait à son compte l'article 13.3 du Statut des Clercs : « il peut être mis fin aux fonctions d'un enseignant [clerc] dans le cas où un changement de programme ou un nombre insuffisant d'étudiants inscrits ne justifient plus son activité, et à condition qu'il soit impossible de lui confier un autre enseignement conforme à ses aptitudes au sein de l'Institut Catholique de Paris ». L'Archevêque de Paris, chancelier de l'Institut Catholique de Paris, signa le document, daté du 4 juillet 2006, confirmant la décision de la Commission Permanente du Statut des Clercs. Le considérant central se ramenait à ceci : « la nouvelle maquette LMD [qui] a été évaluée par l'ensemble du conseil des enseignants sur rapport du Doyen, au cours des diverses réunions » ; « le nombre des étudiants inscrits en thèse est restreint » ; « la décision se fonde sur des critères prévus à l'article 13.3 des statuts [des clercs], un changement de programme et un nombre insuffisant d'étudiants ». Chacun des points avancés avait pourtant fait l'objet de mises au point et de réfutations objectivement fondées.

Parmi les interventions auprès du rectorat et du doyen prit place celle des étudiants de sciences sociales de la FASSE demandant de suspendre la décision. Cette lettre, datée du 2 juin 2006, en appelait à la discussion entre enseignants des problèmes administratifs à l'origine de la décision, étant donnée la fonction du Collège des enseignants. La lettre s'achevait par la requête de prendre en considération le sort des étudiants, de la maîtrise au doctorat, vu l'engagement à long terme avec leur directeur de recherche, condition d'avancement et d'achèvement des travaux en cours. L'argumentation soulignait que les séminaires suivis et les recherches des étudiants témoignent du « projet intellectuel porté par la faculté et de son originalité qui est double : à la fois par les perspectives théoriques ouvertes et par son champ privilégié, la religion ». Ces deux aspects « fondent la spécificité d'une faculté de sciences sociales et économiques au sein d'une université catholique, et qui lui permettent de remplir sa mission ». D'où la demande, exprimée au rectorat dans ces termes : « préciser son positionnement relativement à l'enseignement et à la direction d'étude dans la faculté d'une université catholique ». Les étudiants ne sont-ils pas l'une de ses raisons d'être ? L'idée d'université était soulevée parce qu'au coeur de la situation actuelle de la faculté dans une université catholique. Il en allait de la pertinence des fondements de la formation engagée. Le programme en place ne privilégiait-il pas la filiation conceptuelle et thématique entre les classiques et les contemporains, l'histoire et l'actualité, religieuse ou autre ? Par ailleurs et dans le même sens, des étudiants, anciens ou actuels, se faisant les porte-parole de leurs condisciples, envoyèrent, à titre personnel, des lettres de protestation au doyen, au rectorat et, devant le refus d'écoute de ces derniers, aux instances romaines supérieures.

L'intervention étudiante, en regard d'autres également avant la sanction du chancelier, mais en creux celles-là, était exemplaire par ses évocations de la dynamique de l'universitas. Celle-ci porte un projet intellectuel dont le caractère de totalité se rapporte à une transcendance, aux horizons ouverts et non fermés à la manière d'un système intransigeant, ce qui commande une administration conséquente, en dépend en quelque sorte. Les règlements et statuts de la faculté, en vigueur de 1982 à 2006, traduisent et déclinent les critères et les modalités d'une telle administration (voir annexe C). La culture institutionnelle, consignée dans les références objectivées, est partagée par les organes de direction, le personnel administratif, les professeurs et les étudiants. Les relations entre ces acteurs tiennent de la rigueur et de la confiance, de l'esprit d'ouverture et de liberté, dans le cadre objectivé du projet intellectuel. Ce sont les conditions minimales, mais non les seules, pour une interprétation féconde et créatrice des textes régulateurs et l'assomption d'innovations du projet de référence. À cette fin une autonomie de définition et de fonctionnement est requise, soit-elle relative, entendons en relation aux autres composantes du grand ensemble universitaire, sociétal, et ecclésial le cas échéant. La légitimation d'une instance de régulation ne requiert-elle pas des critères réciproquement reconnus et pratiqués entre les agents différemment positionnés ? Nous avons là l'une des conditions d'une régulation, celle de de l'autorité, interactive et non strictement systémique ou apparentée à la domination du pouvoir au sens wébérien d'une volonté s'imposant inconditionnellement (9).

Poursuivons la réflexion. L'universitas ne saurait considérer une faculté comme une simple entreprise, avec sa logique financière, nommément celle du profit, ni accepter l'instrumentalisation du savoir et de la culture, même celle en principe au service d'une cause gérée par une instance extérieure, soit-elle une instance religieuse supérieure. C'est ouvrir la porte aux déviances de tout ordre, y compris financières, aux désordres de toute espèce, en priorité ceux du projet intellectuel. L'université catholique ne saurait prétendre échapper aux déviations et désordres, à la corruption et aux dérives. Il n'est pas inutile de le répéter, la vocation de l'université revient, en continuité avec le degré secondaire, à transmettre un savoir et à former des individus cultivés, autonomes et responsables, capables de réflexion distanciée, de discernement et d'engagement conséquent. La finalité universitaire dans ces termes ne postule-t-elle pas une bonne dose d'utopie, comme il en fut dans le projet intellectuel de la faculté sous direction jésuite. Le projet, parce que intériorisé, allait être continué, certes à des degrés variables selon les individus, par les corps professoral et estudiantin. En tout état de cause, hier comme aujourd'hui, ne juge-t-on pas l'arbre à ces fruits, y compris dans le sphère universitaire ? À cet effet des commissions, civiles ou ecclésiales, ont pour fonction de jauger la pratique d'un projet intellectuel, par delà son discours ou ses prétentions, à la condition expresse que les membres de ces commissions ne soient pas tout à la fois juges et parties (10).

Des points conclusifs sans être une fin

La suppression de la sociologie des religions et du christianisme constitua une première brèche dans un programme d'études assumant une tradition intellectuelle socialement reconnue. La décision rectorale entraînait la radiation de l'articulation de la sociologie américaine, un élément-cheville de la connaissance théorique et de la méthode, avec la sociologie de la connaissance et l'anthropologie culturelle et sociale. Le démantèlement du programme ne tarda pas, d'abord par la reformulation des contenus ou intitulés, avec ses ajouts et ses retraits, en même temps que par la suspension des cours d'un professeur ou son licenciement. Dès l'été 2006 il en fut ainsi. Le projet intellectuel de l'IES, actualisé à sa manière dans la formation de sociologie-anthropologie de la FASSE jusqu'en 2006, avait cessé d'exister devant la mise en place d'un programme sous des auspices autres. Une question restait en suspens : la réorientation du programme de formation n'avait-elle jamais été conceptualisée, hormis la reprise textuelle du projet jésuite ?

Avant même la ratification de la décision rectorale par le Chancelier, le projet intellectuel de la formation de sociologie-anthropologie avait essaimé, en raison notamment de sa reconnaissance dans le monde de la recherche et de l'enseignement supérieur, en raison aussi du sort infligé aux doctorants. L'intention d'éradication n'eut pas l'effet souhaité, même si le coût humain et financier fut élevé. Si Dieu n'a pas besoin de passeport pour circuler en ce monde, l'idée d'université, concrétisée dans un projet intellectuel, prend racine dans un lieu désigné grâce à des acteurs qui l'ont assimilée, se l'ont l'appropriée, et de cette manière se sont rendus libres du placet de l'institution négatrice. En final, la dynamique s'inscrivait dans le processus d'une utopie dont la réussite correspond à une rupture, symbolique et institutionnelle en l'occurrence. Le processus avait mis en scène des acteurs et un système, dans un rapport interactif entre la conception, la pratique et la réception au sein d'un espace éducatif déterminé. L'instance supérieure, en menant une régulation systémique, avait écarté un projet intellectuel relevant de la tradition de l'universitas. Le paradoxe autour de la totalité avait de quoi susciter l'interrogation sur l'idée d'université portée et soutenue par les instances régulatrices.

Paul-André TURCOTTE

Paris, février 2012


Notes


(1) Sur les formes historiques de l'université, voir Eugene TeSelle, « Universities », dans Daniel PATTE (dir.), The Cambridge Dictionary of Christianity, New York,Cambridge University Press, 2010, p. 1280-1281.

(2) Une conception des sciences sociales sous-tend l'exposition, que le lecteur pourra trouver dans cet article de Incursions < http://www.incursions.fr> : « Du système à l'interaction - La conceptualisation en sociologie des religions et les conditions de sa production », (3-janvier 2011, p. 5-12) ; en complément, voir « Les frontières culturelles et institutionnelles du migrant. Les insertions des viateurs français, missionnaires en Bas-Canada (1847-1874) », Incursions (5-septembre 2011, p. 10-12).

(3) Ces traits de l'utopie ont pour première référence, Jean SÉGUY, Lettre à Jacqueline 3, Paris, E.P.H.E. VIe Section, 1973-1974, p. 27 et suiv. (polytypé) ; Conflit et utopie, ou réformer l'Église. Parcours wébérien en douze essais, Paris, Cerf, 1999.

(4) Le tracé de la trajectoire a pour vis-à-vis L'Enseignement secondaire des Frères Éducateurs (1920-1970). Utopie et modernité, Montréal, Bellarmin, 1988. L'étude cerne les rapports entre éducation, culture et modernité dans l'enseignement secondaire public québécois, où les congrégations masculines, y compris les cléricales, ont joué un rôle de premier plan grâce à l'association des Frères Éducateurs. L'étude déborde le projet congréganiste, saisi comme un projet utopique au sens défini ci-dessus, à ceci près que l'intention utopique est à l'origine et moteur du projet.

(5) « Les transactions sociales de la religion : de la médiation au compromis », dans Pensée plurielle 21 (2009-2), p. 13-25 ; « Régulation sociale, production économique et symbolique sociale dans les rapports de genre africains. Questions de théorisation et de méthode », dans Social Compass 58-1 (2011), p. 69-76; « Du système à l'interaction - La conceptualisation en sociologie des religions et les conditions de sa production », dans Incursions 3 (janvier 2011), p. 5-12, < http://www.incursions.fr>. David YAMANE, The Catholic Church and State Politics. Negociating Prophetic Demands and Political Realities, New York, Toronto et Oxford, Rowan & Lettlefield Publishers, 2005. Émile POULAT, « La science de la vérité et l'art de la distinction », Social Compass 44-4 (1997) p. 496-509. Fernand DUMONT, L'Institution de la théologie. Essai sur la situation du théologien, Montréal et Paris, Fides et Cerf, 1987.

(6) La relation de cette section doit composer avec le problème des sources. Ces années charnières ont laissé de rares traces archivistiques quant aux discussions et positionnements des uns et des autres. Les sources se ramènent essentiellement à des documents de nature diverse, souvent des ébauches aux côtés de la mémoire des témoins avec leurs notes personnelles ; elles comprennent aussi des allusions ou évocations, des confidences occasionnelles, des échappées verbales, la plupart non consignées par écrit. Bref les archives personnelles l'emportent sur les officielles selon le point abordé.

(7) À ce sujet voir l'article prémonitoire « Le chercheur et le bureaucrate, deux acteurs en chassé-croisé », dans Yves LENOIR et Mario LAFOREST (dir.), La bureaucratisation de la recherche en éducation et en sciences sociales. Constats, impacts et conséquences, Sherbrooke, Éditions du CRP, 1996, p. 157-169.

(8) Michel FREITAG, Le Naufrage de l'université et autres essais d'épistémologie politique, Québec et Paris, Nuit blanche et La Découverte, 1995, p. 31-32.

(9) « Régulation sociale, production économique et symbolique sociale dans les rapports de genre africains. Questions de théorisation et de méthode », Social Compass 58-1 (2011), p. 69-76. Jean-Martin OUÉDRAOGO, « Virtuoses, laïcs et compromis religieux chez Max Weber », dans Paul-André TURCOTTE et Jean REMY, Médiations et compromis. Institutions religieuses et symboliques sociales, Paris, L'Harmattan, 2006, p. 91-131.

(10) Voir en vis-à-vis l'ouvrage de la note 8, chapitres I et II.


Annexe A


Tableau thématique avec le nombre des inscrits des séminaires « Christianisme et société » et « Sociologie des religions », 2000-2006

MG/Paul-André TURCOTTE

Le 16 mai 2006

 

CHRISTIANISME ET SOCIETE

SOCIOLOGIE DES RELIGIONS

Années

Nbre d’inscrits [1]

Thème abordé

Nbre d’inscrits [1]

Thème abordé

2005/06

19

Socialisation et pluralisme

21 (et non 3)

Religion et société

2004/05

18

Socialisation, culture et religion

21

Expérience religieuse, religion et société

2003/04

19

Éducation, culture et religion (modernité)

17

Régulation étatique et religion organisée

2002/03

13

Pluralisme religieux, régulation

ecclésiastique et étatique

17

Sécularisation, désécularisation et pluralisme religieux

2001/02

14

Pluralisme et compromis religieux

20

Théorisation de l’expérience religieuse

2000/01

25 [2]

La religion et la ville

17

Perspectives sociologiques sur le phénomène religieux

[1] Ce sont des séminaires de recherche. Les données, constituées à partir des feuilles de présence, s'entendent d'étudiants présents le long des séminaires, et conséquemment en mesure de valider. Il faut ajouter à ces étudiants inscrits à la FASSE de 1 à 3 étudiants provenant de la Philosophie, des Sciences de l'éducation ou de l'EPHE - Section Sciences Religieuses, outre des passagers intéressés à l'une ou l'autre séance thématique.

[2] Séminaire en lien avec d'autres institutions parisiennes ou européennes.

Note complémentaire :

Pour ce qui est de l'enseignement sur les sociologies américaines, les données transversales donnent ceci comme effectifs : de 25 à 30 (35) si c'est un cours de licence et maîtrise ; de 15 à 20 si c'est un séminaire de maîtrise et de DEA ; c'est une constante de 1994 à 2005 ; le cours n'a pas été au programme en 2005-2006.


Annexe B


MASTER DE RECHERCHE DE SOCIOLOGIE-ANTHROPOLOGIE

Domaine : Culture et société

Mention : Sciences Sociales et Économiques

Spécialité :

  • Sociologie et anthropologie
  • Sociologie des religions (et du christianisme)
  • Sociologie de la connaissance
  • Sociologie historique

Lieu d'enseignement de la spécialité :

Faculté de Sciences Sociales et Économiques de l'Institut Catholique de Paris, 21, rue d'Assas, 75270 Paris Cedex 06

Conditions d'admission :

Titre requis : licence en Sciences Sociales et Economiques

Equivalences : selon les programmes menant aux titres de philosophie, d'histoire, de théologie pratique ou de sciences religieuses

Objectifs :

1. Connaissances :

● Approfondir les connaissances de sociologie et d'anthropologie, en lien avec les questions de méthode et d'analyse, que ce soit de l'ordre de la théorie ou du terrain ;

● Croiser les connaissances thématiques (v. g. religion, christianisme, ville, conflit, transactions sociales) et les connaissances ou approches relevant de la sociologie de la connaissance dans une perspective de sociologie historique ;

● Développer l'exercice de la comparaison, de la genèse et du développement des concepts dans un esprit d'ouverture aux différents courants de la pensée sociologique.

2. Compétences :

• Consolider la formation fondamentale et affiner les outils d'analyse ;

• Cultiver le réflexe sociologique dans la pratique de l'analyse conjuguant l'observation et l'interprétation, ou la compréhension et l'action ;

• Rendre apte à saisir le spécifique d'une situation et à affiner l'analyse (ou la théorisation) grâce à la comparaison.

Poursuite d'études :

Doctorat de sciences sociales et économiques décliné selon les spécialités du master ;

Doctorat ou diplôme professionnel dans un domaine exigeant une formation avancée en sciences sociales

Insertion professionnelle :

Enseignement et recherche ;

Consultant au titre de sociologue ou d'anthropologue dans les organismes publics et privés ;

Agent ou directeur de formation professionnelle axée sur la gestion du social, en lien avec les affaires sociales ;

Agent d'information dans les organismes civils ou religieux.

Paul-André TURCOTTE

En collaboration avec MM. MASQUELIER et OUEDRAOGO

Le 11 janvier 2006

*

MASTER 1 DE RECHERCHE DE SOCIOLOGIE-ANTHROPOLOGIE

 

Domaine : Culture et société

Mention : Sciences Sociales et Economiques

Spécialités : Sociologie et anthropologie / Sociologie des religions (et du christianisme) / Sociologie de la connaissance / Sociologie historique

                 HEURES ECTS
  MEMOIRE DE MAITRISE   32
  + conférence de méthode 14  
  SEMINAIRE   24
  Anthropologie du sens 28 6
 

Sociologie, religion et société dans la suite des classiques de la sociologie moderne

28 6
  Science, culture et société : genèse, continuité et discontinuité dans les sciences sociales 28 6
  Sociologie et histoire du christianisme 28 6

Ces deux derniers séminaires pourraient comporter chacun 42 heures, comme il en a été depuis qu'ils sont au programme ; dans ce cas, les crédits sont portés à 9.

MASTER 2 DE RECHERCHE DE SOCIOLOGIE-ANTHROPOLOGIE

Domaine : Culture et société

Mention : Sciences Sociales et Economiques

Spécialités : Sociologie et anthropologie / Sociologie des religions (et du christianisme) / Sociologie de la connaissance / Sociologie historique

    HEURES ECTS
  MEMOIRE DE MAITRISE   30
  + conférence de méthode 14  
  SEMINAIRE   30
  Anthropologie des mondes contemporains 28 6
 

Questions thématiques : pensée sociologique et phénomène religieux

28 6
  Problèmes de méthode et théorisation en sociologique du christianisme 28 6
  Auteurs et problématiques de recherche 28 6
  Auteurs, problématiques et perspectives en sociologie de la connaissance 28 6

DESCRIPTION DES ENSEIGNEMENTS EN MASTER I ET MASTER II

 

Sociologie, religion et société dans la suite des classiques de la sociologie moderne

La religion comme phénomène social et historique s'inscrit dans la genèse de la sociologie moderne avant de déployer avec les classiques et les néo-classiques, de Karl Marx ou Emile Durkheim à Max Weber et Ernst Troeltsch ou Joachim Wach et Georg Simmel. La religion est saisie en rapport avec la société et le processus de la modernité, mais sous des angles repris et discutés jusque dans la production sociologique actuelle.

Problèmes de méthode et de théorisation en sociologie du christianisme

La sociologie du christianisme présente des problèmes de méthode ou de théorisation selon les périodes historiques abordées et les perspectives issues des sciences sociales. Ces problèmes ne concernent pas moins la sociologie générale, spécialement les rapports entre sociologie et histoire en lien avec la sociologie de la connaissance, l'interaction symbolique et la structure sociale, l'analyse systématique et le processus. Le séminaire entend mener les discussions d'ordre méthodique et théorique en fonction d'études analytiques et de questions particulières.

Questions thématiques: pensée sociologique et phénomène religieux

Diverses questions concernant la religion dans l'histoire et la société ont traversé la production sociologique jusqu'à la période actuelle. Elles continuent de nourrir la connaissance d'un phénomène social saisie dans sa complexité, et ainsi elles contribuent à mieux comprendre les dynamiques sociales. Ces questions peuvent être, par exemple, autour de modernité, sécularisation et pluralisme, de socialisation et régulation étatique, de religion, laïcité et espace public.

Auteurs et problématiques de recherche

L'objet de ce séminaire est de porter l'attention sur des auteurs dont l'apport méthodologique ou théorique est méconnu, sinon ignoré, ou d'une importance décisive pour la pensée sociologique. Sont également retenues, ou visées, des problématiques de recherche dans le prolongement ou en complémentarité des autres séminaires, comme conflit et transactions sociales, histoire et sociologie, sociologie de la connaissance et conditions de production, ville et religion.

Sociologie et histoire du christianisme

Depuis Friedrich Engels et surtout Ernst Troeltsch, les origines chrétiennes, de même que le Moyen Age et l'époque moderne, ont fait l'objet d'examens sociologiques aux horizons divers. Une sociologie historique et comparative, critique ou fonctionnelle est née et s'est développée autour des concepts de charisme, utopie et institutionnalisation, de conflit, transaction et compromis, de mouvement, système et différenciation, de légitimation et dissidence.

Auteurs, problématiques et perspectives en sociologie de la connaissance

L'objet de cet enseignement est de proposer à la fois un état des lieux de réflexion en sociologie de la connaissance et d'ouvrir des perspectives pertinentes pour une histoire comparative du développement des sciences sociales. Le champ d'investigation visé sera circonscrit à la genèse, aux phénomènes de continuité, de discontinuité et de réception observables dans l'histoire de ces disciplines.

Science, culture et société

Au-delà de la critique du modèle dit présentiste, ce cours explorera l'histoire de la sociologie des religions à partir de son émergence en Allemagne et en France, au début du 20ème siècle. La constitution de cette discipline de même que ses trajectoires seront envisagées à la croisée de la société civile, de l'Etat et de leurs cultures respectives.

Anthropologie des mondes contemporains

Présentation à partir d'études de terrain, des nouveaux espaces d'enquête de la discipline (anthropologie et ethnologie) et de leurs cadres analytiques. Introduction aux problématiques d'une ethnologie de la modernité.

Anthropologie du sens

L'anthropologie sociale se donne pour objet la diversité des cultures et l'unité de l'homme. Dans cette perspective, ses enquêtes portent sur les langages par lesquels les hommes font sens de leurs actions et de leurs expériences. Ce séminaire est organisé autour d'études de cas.


Annexe C


Synthèse des articles concernant l'administration de l'IES ou de la FASSE d'après les Statuts (S) et le Règlement intérieur (R)

La synthèse s'en tient aux articles qui se rapportent à la gestion de l'Institut d'Études Sociales (IES), dont l'appellation devint la Faculté de Sciences Sociales et Economiques (FASSE) en 1997. Les statuts ont été approuvés en 1982, dans la suite de ceux élaborés et approuvés en 1969, consécutifs aux pratiques en cours après leur suspension pendant la seconde guerre mondiale (1940-1945). Les tout premiers statuts remontent à 1924, 1926 et 1927. Dès son origine, l'IES reçut « à l'instar d'une Faculté », le droit de conférer les grades du baccalauréat, de la licence et du doctorat, (S, « Préambule »), titres correspondant à ceux de licence, de maîtrise et de doctorat. Le règlement intérieur a été adopté par le Collège des Enseignants le 1er juin 1981 et approuvé par le Recteur de l'Institut Catholique de Paris (ICP).

La synthèse reprend les articles des Statuts (S, paragraphe n) ou les titres du Règlement intérieur (R, titre n) dans les termes du texte. Les ajouts ou omissions sont signalés par la parenthèse. Le critère administratif a servi à confectionner la sélection, après avoir rappelé la nature et les objectifs de l'IES et de la FASSE. Le terme de Faculté désigne l'un et l'autre vu la continuité des statuts et du règlement intérieur, de 1985 à 2006.

L'IES (ou FASSE) « a pour but de former aux sciences sociales et de contribuer à une réflexion chrétienne sur les faits sociaux », en référence à l'enseignement social de l'Eglise catholique et en complément à l'étude de la théologie et des sciences religieuses (S, 1).

Pour atteindre ce but, la Faculté introduit aux méthodes d'observation, d'expérimentation et d'analyse pratiquées par les sciences sociales : économie, sociologie, politique, droit, anthropologie... A partir de connaissances précises fondées sur les sciences sociales, il développe une réflexion générale sur la société, ses formes, ses mutations et son avenir. Il est ouvert à la dimension internationale (S, 2).

- Le Collège des enseignants

Le Collège des enseignants comprend tous les enseignants de l'Institut, qu'ils appartiennent aux cadres ordinaire, associé ou adjoint. Les représentants élus des étudiants sont admis au Collège avec voix normalement consultative (S,3).

Les compétences propres du Collège des enseignants sont la définition des objectifs de la Faculté, la détermination des orientations générales des enseignements et de la pédagogie, les principes réglant la coopération avec d'autres Instituts et Facultés, la recherche des enseignants, la désignation du Directeur (Doyen) et, éventuellement, du Directeur-adjoint (Vice-Doyen). Sont membres de plein droit du Collège tous les enseignants, à quelque cadre qu'ils appartiennent, après leur première année d'enseignement à la Faculté, et dès lors qu'ils ont été reconduits dans leurs fonctions. Les enseignants du cadre ordinaire et du cadre associé, et ceux qui leur sont assimilés, disposent chacun d'une voix. Les enseignants du cadre-adjoint disposent également chacun d'une voix. Le Collège, pour délibérer valablement, doit réunir les trois cinquièmes des voix, présentes ou représentées, le composant. Les décisions du Collège sont adoptées à la majorité absolue des voix présentes ou représentées, sauf disposition contraire.

Le Collège doit être réuni lorsque, outre ses sessions ordinaires convoquées par le Directeur (Doyen), la majorité absolue de ses membres en a fait la demande écrite, adressée au Directeur (Doyen) (R, II).

- Le Conseil de Gestion

Le Conseil de Gestion assiste le Directeur (Doyen) dans la gestion de la Faculté. Il décide de la manière de mettre en œuvre les orientations et les résolutions du Collège des enseignants. Il se réunit au moins quatre fois par an, sur convocation du Directeur. Pour un certain nombre d'affaires, la décision ultime ne relève que du Directeur et des membres enseignants (S, 15). (Pendant la période qui nous occupe, le Conseil de Gestion est composé du Directeur de l'IES ou du Doyen de la FASSE et des enseignants intégrés, y siégeant en permanence).

Le Collège est saisi des décisions du Conseil de Gestion susceptibles d'engager l'Institut au-delà de l'année en cours (S, 4). Il se réunit au moins deux fois par an, sur convocation du Directeur (Doyen) qui établit l'ordre du jour (S, 5), et le Conseil de Gestion est obligatoirement saisi des résolutions du Collège des enseignants (S, 6).

- Le Directeur ou le Doyen

Le Directeur ou le Doyen est nommé par le Chancelier de l'Institut Catholique de Paris, sur présentation du Recteur, lui-même ayant été saisi d'une proposition du Collège des enseignants, qui a délibéré après avoir pris avis du Conseil de Gestion. Le Directeur (Doyen) doit appartenir au cadre ordinaire du corps enseignant au titre de professeur. Il est nommé pour un mandant de trois ans, renouvelable une seule fois de suite (S, 7). Il veille à la bonne marche de l'Institut. Il convoque et préside le Collège des enseignants et le Conseil de Gestion. En cas d'urgence il prend les décisions nécessaires et les soumet, dès que possible, au Conseil de Gestion pour approbation (S, 8). Il présente à la signature du Recteur de l'Institut catholique de Paris les diplômes décernés par l'Institut d'Etudes Sociales (S, 9). Il représente habituellement la Faculté au sein de l'Institut Catholique de Paris et à l'extérieur (S, 10). Le Directeur (Doyen) ou le Directeur-adjoint (Vice-Doyen)) est normalement responsable de la bonne marche des études. Il en réfère habituellement au Conseil de Gestion (R, VIII).

Pour pouvoir être proposé Directeur (Doyen de la FASSE), il faut avoir été normalement membre du Collège pendant trois années consécutives. Six mois avant l'expiration du mandat du Directeur (Doyen), le Conseil de Gestion déclare ouverte la procédure de désignation du nouveau Directeur (Doyen) et recueille les candidatures. Elles doivent être déclarées un mois avant la date fixée pour l'élection. Celle-ci doit normalement intervenir trois mois avant l'expiration du mandat du Directeur (Doyen) en fonction. Pour être déclaré élu, un candidat doit rassembler sur son nom les deux tiers des voix, présentes ou représentées, du Collège. Au cas où aucune majorité ainsi qualifiée ne parvenait à se former, le Collège se réunirait à nouveau, après un délai d'un mois ; après deux tours de scrutin infructueux, le Directeur (Doyen) peut alors être élu à la majorité absolue des voix. La durée du mandat du Directeur (Doyen) est de trois ans renouvelable, une fois. En cas d'empêchement du Directeur (Doyen) constaté par le Conseil de Gestion, le directeur-adjoint (Vice-Doyen)assure normalement l'intérim de ses fonctions ; si cet empêchement est définitif, le Conseil de Gestion ouvrira immédiatement la procédure de désignation d'un nouveau Directeur (Doyen) (R, III).

- Le Directeur-adjoint ou Vice-Doyen

Le Directeur-adjoint ou Vice-Doyen est nommé par le Recteur sur proposition du Directeur (Doyen) après délibération du Collège des enseignants (S, 11). Il exerce des responsabilités que lui délègue le Directeur (Doyen), notamment en ce qui concerne l'admission des étudiants, l'organisation des programmes et le contrôle du travail des étudiants. Il est désigné à l'initiative et sur la proposition du Directeur (Doyen). La proposition du Directeur (Doyen) doit être approuvée par le Collège. La durée du mandat est normalement de trois ans, comme celle du mandat du Directeur (Doyen). En cas de démission, révocation ou empêchement du Directeur (Doyen), le Directeur-adjoint exerce normalement l'intérim jusqu'à désignation du nouveau Directeur (Doyen) (R, IV).

- Les enseignants

L'IES (la FASSE) comprend des enseignants des cadres ordinaire, associé ou adjoint (S, 16). Conformément aux statuts des enseignants de l'Institut Catholique de Paris, tous les enseignants ordinaires sont nommés par le Recteur de l'Institut Catholique, sur présentation du Directeur (Doyen) et après délibération du Conseil de Gestion et du Collège des enseignants (S, 17). Les autres enseignants appartiennent normalement au cadre adjoint. Proposés par le Directeur (Doyen), approuvés par le Conseil et agréés par le Recteur, ils sont engagés par le Directeur (Doyen) pour une durée indéterminée et reconduits normalement dans leurs enseignements d'une année sur l'autre par accord tacite (S, 18). Les enseignants stables (permanents, intégrés) détiennent un doctorat ou l'équivalent, outre des publications scientifiques reconnues. Ils sont proposés au Collège qui émet un avis à la majorité simple. Leur nomination est soumise à l'agrément du Recteur de l'Institut catholique dans les conditions fixées aux statuts communs et particuliers. Les autres enseignants appartiennent au cadre-adjoint. Ils sont recrutés par le Directeur, qui doit solliciter l'avis du Conseil de Gestion. Le Collège donne son approbation et l'agrément du Recteur est sollicité. Les enseignants du cadre-adjoint sont contractuels de la Faculté pour une durée d'un an renouvelable d'année en année par tacite reconduction. Ils cessent leurs fonctions à l'initiative de l'une ou l'autre des parties, après préavis d'un semestre universitaire. Sauf cas de force majeure ou circonstances exceptionnelles, la décision d'un enseignant de suspendre ses fonctions est assimilée à une cessation de fonctions. Les enseignants du cadre-adjoint sont rémunérés à l'heure effective (R, VI). (Parmi les nombreuses spécifications se rapportant aux enseignants, il est mentionné que l'enseignant ordinaire s'adonne à l'enseignement, à la recherche et à l'administration. Ces enseignants-chercheurs détiennent un doctorat ou l'équivalent, dans tous les cas des « publications insignes », soit des publications scientifiquement reconnus. L'exigence est à mettre en lien avec le caractère de recherche de la licence ou maîtrise et surtout du doctorat, et avec l'importance d'un mémoire substantiel, de 120-150 pages, et de la thèse qui doit recevoir le visa rectoral avant la soutenance sous la responsabilité du Directeur (Doyen).

- Les étudiants

L'IES (ou FASSE) s'adresse à tous ceux qui, ayant achevé le cycle des études secondaires, veulent se former aux sciences sociales. La Faculté accorde une priorité à tous ceux – prêtres, religieux ou religieuses, séminaristes, laïcs – qui, pour se préparer à différents ministères et spécialement à l'enseignement de la morale sociale, ont besoin d'une formation dans les sciences sociales (S, 20). Outre les étudiants à plein temps, l'Institut (FASSE) admet des auditeurs libres (S, 22).

Les étudiants forment une assemblée générale et élisent chaque année des représentants appelés à participer, avec voix normalement consultative, aux travaux du Collège des enseignants (S, 23).

- Application et modification du règlement intérieur

Pour l'application des statuts, un règlement intérieur est établi par le Conseil de Gestion et soumis pour approbation au Collège des enseignants qui statue à la majorité absolue des voix le composant. Dans ce cas les représentants des étudiants participent au vote avec voix délibérative. Toute modification au règlement est soumise à la même procédure (S, 37). Le règlement intérieur peut être modifié à tout moment, à l'initiative du Collège. Le Conseil de gestion est alors obligatoirement saisi du projet, le met à l'étude et fait rapport au Collège qui décide à la majorité absolue des voix qui le composent. Le règlement intérieur peut également être modifié à la demande du Directeur (Doyen) ou du Directeur-adjoint (Vice-Doyen) ou d'un membre quelconque du Conseil de Gestion. Celui-ci est alors saisi et propose éventuellement au Collège les modifications à faire. Le Collège décide à la majorité absolue des voix le composant (R, XIII).

- Adoption et révision des statuts

L'initiative d'une modification des statuts ne peut être prise, en dehors des autorités de tutelle, que par le Collège des enseignants, à la majorité absolue des voix le composant. Le projet de modification est obligatoirement soumis à l'étude du Conseil de Gestion qui fait rapport au Collège. Le Collège ne peut adopter de modification qu'à la majorité qualifiée des trois cinquièmes des voix le composant (R, XIV).

L'établissement et la modification des statuts requièrent l'approbation du Conseil de Gestion et du Collège des enseignants, votant chacun à la majorité qualifiée des trois cinquièmes au moins des voix les composant. Les statuts – et la modification des statuts― sont alors soumis à l'approbation des autorités compétentes de l'Institut Catholique de Paris et du Siège Apostolique selon les règles en usage : ils n'entrent définitivement en vigueur qu'après cette approbation (S, 38).

En conclusion, ces statuts ou règlements intérieurs consignent les conditions fondamentales, minimales en quelque sorte, pour la direction et le niveau universitaire des études dans une Faculté. Ils supposent l'inscription dans une tradition universitaire de la direction et le respect des règles dans la confiance réciproque des parties, sinon le risque de malversations est élevé.

Paul-André TURCOTTE

Décembre 2007

Image en début d'article : logo de l'Institut Catholique de Paris, disponible sur http://www.icp.fr