La crise du modèle universitaire européen : le cas français

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Les universités françaises vivent actuellement une réforme dont l’objet est d’augmenter leur compétitivité par un surcroît d’autonomie et des investissements incitatifs d’Etat. Il s’agit, dans cet article, de montrer que les principes théoriques qui sous-tendent cette réforme ont été empruntés en grande partie aux méthodes de management  et aux théoriciens de la globalisation de l’économie. Sont mises en évidence leurs implications sur le fonctionnement de l’université française mais aussi les enjeux politiques de cette vaste réforme pour les citoyens. 

Par Patrice Buffotot

 

(Suite du résumé) De façon plus générale, se pose la question de la définition de ce que devrait être une université au XXIe siècle, de la finalité de l’éducation et de la recherche. Ce qui est en jeu est à la fois la liberté de la recherche et d’enseignement, la qualité et la cohérence du service éducatif rendu et, à travers ces dimensions la forme même, à terme, de la démocratie.

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Lorsque l’on demande  dans les sondages : « Quelle est la réforme la plus réussie de Nicolas Sarkozy ? », les gens répondent sans hésitation : « La réforme des universités ! ».  Valérie Pécresse, ancien ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche explique dans un article qu’elle a « eu l’honneur de conduire une réforme cruciale pour notre avenir et pourtant différée depuis plus de 30 ans : la refondation de nos universités sur le socle de l’autonomie » (1). Pour elle, « réformer,  ce n’est pas changer pour changer, c’est permettre à une institution déterminée de remplir de nouveau fidèlement sa fonction sociale dans un univers qui s’est transformé ».


Ce que la ministre ne dit pas, c’est que cette réforme française s’inscrit dans une réforme globale du système universitaire européen initiée par  la Commission puis décidée par le Conseil de l’Union européenne. C’est le fameux processus de Bologne qui consiste à adapter l’université aux besoins de l’économie globalisée. L’objet de cet article est d’étudier le cas de l’université française qui,  en crise depuis plusieurs décennies, se trouve confrontée à une réforme radicale. Il s’agit  de montrer que les principes théoriques qui sous-tendent cette réforme ont été empruntés en grande partie aux méthodes de management  et aux théoriciens de la globalisation de l’économie. Nous tenterons de mettre en évidence les implications de cette réforme sur le fonctionnement de l’université française mais aussi les enjeux politiques de cette vaste réforme pour les citoyens.


L’effondrement de l’enseignement secondaire
La destruction progressive et systématique de l’enseignement secondaire (collèges et lycées) a fait l’objet de nombreux témoignages et été largement analysée à travers de nombreux ouvrages aux titres souvent évocateurs mais sans avoir la moindre incidence sur  ce processus, le ministère étant solidement verrouillé (2). Les spécialistes font remonter les origines de cette crise au colloque d’Amiens de mars 1968 qui en jetant les bases du pédagogisme allait dénaturer l’école. Mais cette destruction commence concrètement avec  la réforme Haby qui met en place le collège unique en 1974. Depuis chaque ministre, dont la durée moyenne d’activité est d’environ deux ans, engage une nouvelle réforme (3) qui consiste à alléger le contenu des enseignements et à abaisser les exigences demandées aux élèves (4). Ainsi, l'épreuve de dissertation imposée par Jules Ferry en 1881, peut être remplacée à partir de 1971 par une épreuve sur documents. Conséquence immédiate : les élèves vont progressivement  abandonner l’épreuve de la dissertation. Ainsi en 2010, seulement 10% des candidats au bac  choisissent la dissertation à l’épreuve de français alors que 70% optent pour le commentaire littéraire et 20% pour l’épreuve « écriture d’invention ». Il en est de même en histoire où 80% des candidats préfèrent l’épreuve sur document à  la dissertation traditionnelle (5).
Les  analyses sur les conséquences de ces réformes sont unanimes : l’école ne transmet plus le savoir et rend impossible toute capacité de raisonnement, toute réflexion personnelle  et par conséquent toute autonomie de pensée. Pour  Natacha Polony, « c’est la raison même qui est atteinte » (Polony, p 108). Nous  assistons à une déconstruction de la logique et du sens avec l’abandon de la grammaire de phrase au profit de la grammaire de texte.  La langue, c’est l’apprentissage de la pensée et en la détruisant, on empêche l’élève d’élaborer tout raisonnement. Il en est de même avec l’éradication de toute chronologie en histoire et en littérature qui empêche  l’élève de se situer dans le temps long et le contraint de vivre uniquement dans l’instant. 
Les enseignants doivent se former à partir de 1989 dans les IUFM, (Institut Universitaire de Formation des Maîtres) contrôlés par une bureaucratie  chargée d’imposer les méthodes pédagogiques. Claire Laux et Isabel Weiss esquissent une sociologie de cette bureaucratie de pédagogues qu’il faudrait approfondir. On trouve, dans cette typologie, les « opportunistes » qui voient l’occasion pour eux de réaliser une carrière parallèle au sein de l’université sans en avoir les qualifications. Il y a ensuite les zélés du « messianisme didactique », et enfin ceux qui ne pensent qu’à s’échapper des lycées et collèges (Laux et Weiss, pp 180-182). Il faudrait  ajouter les  directeurs de collèges et de lycées, les inspecteurs pédagogiques et académiques qui sont là pour veiller à la bonne application des méthodes pédagogiques et sanctionner les enseignants qui ne s’y conforment pas. Ces IUFM formatent  les futurs enseignants à l’idéologie d’une nouvelle école dont ils deviennent les gentils « animateurs ». Avec la réforme des universités, les IUFM devaient disparaître. Le rapport Jolion (6)  propose de mettre en place des pôles de formation dont les anciens IUFM seraient partie intégrante et proposeraient des masters professionnels pour la formation  initiale des enseignants : « le résultat paradoxal de la réforme serait de les réintroduire dans les universités pour leur donner tout pouvoir sur la formation et le contenu des concours de recrutement ». (Natacha Polony,  2011, p 66) La bureaucratie des IUFM à la forte capacité d’adaptation, a survécu et verra peut-être son pouvoir renforcé.


La « secondarisation » de l’enseignement supérieur
L’université française s’est trouvée tout naturellement confrontée à l’arrivée de ces nouveaux étudiants, à la fois plus nombreux puisque 80% des candidats au baccalauréat sont reçus aux différentes séries du bac, et de plus en plus inadaptés aux exigences demandées pour suivre des études supérieures. Les universités en ont été déstabilisées. Le nombre des étudiants est passé de 0,3 millions en 1960 à 1,7 millions en 1990 et 2,3 millions en 2010. « Imagine-t-on le désarroi de la structure universitaire face à cet afflux d’étudiants jetés dans les universités ! » constate le président Nicolas Sarkozy (7).
On assiste alors à la « secondarisation » du premier cycle (licence) des universités (8). En effet, un grand nombre de bacheliers ne possède plus la culture de base pour  suivre des études supérieures (9). Aussi l’administration a-t-elle demandé aux universités de s’adapter à ce nouveau public et de ne plus « éliminer » les étudiants incapables de suivre. Il fallait apprendre à « gérer les flux » et ne pas  rejeter les étudiants du système. A cet effet, des mesures budgétaires incitatives sont mises en place pour que les universités  « aident » les étudiants à surmonter leurs difficultés, c’est à dire à les recevoir aux examens. 
On assiste au déroulement du même  processus que dans le secondaire. Pour avoir un taux de réussite supérieur, on réduit à la fois le contenu des enseignements et leur durée. Les cours jusqu’en licence deviennent des cours de rattrapages du  secondaire. Danielle Sallenave, enseignante à l’université de Nanterre témoigne dans son livre: « « Je fais des cours à l’Université en première année, mais aussi en licence, comme des cours du secondaire » (10). Cette réforme rampante  du supérieur qui consiste à s’aligner sur le secondaire (massification des effectifs, refus de toute sélection à l’entrée, réduction des exigences des connaissances) provoque une réticence du monde universitaire et n’est pas efficace. L’université se trouve prise dans une quadrature du cercle : elle ne peut sélectionner ses étudiants et en même temps elle se trouve dans l’obligation de les diplômer. Cela  consiste à dévaloriser les diplômes. « Si l’on veut réduire le taux d’échec universitaire, il faut repenser l’ensemble de l’enseignement supérieur et notamment son premier cycle » nous disent Alain Caillié et Marcel Gauchet (11).
Science Pô Paris, qui n’est pas une université, avait jusqu’à présent la capacité de sélectionner ses étudiants. Son conseil d’administration  a décidé le 12 décembre 2011  de  supprimer l’épreuve de culture générale au concours d’entrée : « Il s’agit désormais de miser sur la personnalité des étudiants » et non plus sur leurs connaissances (12). C’est le principe de l’évaluation qui a été mis en place dans le secondaire. On évalue des compétences mais plus des connaissances. 
Pour le gouvernement le diagnostic est évident : l’université est inadaptée à la société. Plus grave, elle est incapable de se réformer elle-même, et dans certains cas résiste même au changement. Le mot d’ordre est alors : « Il faut moderniser les universités ! ». Ce sera le prétexte avancé pour l’élaboration d’une vaste réforme qui va transformer l’université dans ses fondements et  ce, au niveau européen.


Le processus de Bologne
Pour faciliter une « Europe du savoir », Jacques Attali propose d’harmoniser les cycles de l’enseignement supérieur à l’ensemble des pays européens dans un rapport (13) qu’il remet  lors d’une réunion des ministres de l’enseignement supérieur allemand, italien, français et britannique à la Sorbonne organisée par le ministre Claude Allègre le 25 mai 1998. Il propose le modèle 3/5/8 composé de la licence en 3 ans (L),  du master en  2 ans (M) et du doctorat en 3 ans (D). Cette harmonisation des systèmes universitaires doit permettre la libre circulation des étudiants au sein de l’Union et l’augmentation de la compétitivité des universités européennes. Le système  d’harmonisation consiste à accorder un nombre de crédits, ETCS (European Credit Transfer System) nécessaires pour l’obtention d’un diplôme, afin d’assurer un critère de qualité des formations et faciliter l’équivalence des diplômes.
La déclaration de Bologne est adoptée lors d’une réunion des ministres de 29 pays tenue les 18 et 19 juin 1999 dans cette ville. Le processus dit de Bologne consiste à construire un « espace européen de l’enseignement supérieur » pour 2010 en harmonisant les différents cycles d’études du supérieur : L-M-D. En réalité nous sommes en face d’un projet d’envergure consistant à transformer les conditions de production et de diffusion du travail intellectuel (14). Le premier objectif est de libéraliser l’enseignement supérieur et de constituer un marché concurrentiel entre les universités qui deviennent des entreprises  de formation, pilotées par des managers et devront développer à tous les niveaux une culture de management. Le second objectif est  de former une main d’œuvre adaptée aux changements économiques ainsi qu’à un environnement culturel international qui sera immédiatement « employable » par les entreprises multinationales. La formation assurée sera scolaire et le niveau des connaissances théoriques réduites au minimum nécessaire. Le viatique intellectuel des futurs employés se réduira à la maîtrise des nouvelles technologies et à l’anglais des affaires.  Le modèle utilitariste des Business School  a servi de modèle pour cette réforme. La Commission européenne va édicter  des « normes » dans le domaine de l’université qui s’imposeront à tous les pays européens.
Quant à la recherche universitaire, elle doit être au service  de l’économie à savoir développer la compétitivité, soutenir l’innovation industrielle, adapter la main d’œuvre aux besoins des employeurs. L’ensemble du système éducatif, du primaire au supérieur doit être conçu en fonction des besoins des professions du secteur tertiaire (en priorité les professions managériales). Enfin des procédures d’évaluation et de contrôle inventées par les écoles de management pour les entreprises seront appliquées à toutes les activités professionnelles, y compris aux universitaires et aux chercheurs. 
L’argument utilisé par le président Sarkozy pour faire accepter la réforme de l’université consiste à dire que c’est l’Europe « qui nous oblige à nous moderniser ». Pour rendre la réforme populaire auprès des parents, il suffit de leur expliquer  qu’elle  prépare leurs enfants à la société moderne et donc à un emploi. Crédules, ils ne peuvent que l’approuver  car ils ne peuvent deviner que cette réforme a pour effet de produire des « esprits enchaînés » (Polony, p.103). Dans le cadre de la mondialisation, ils oublient que leurs enfants représenteront une main d’œuvre toujours plus coûteuse pour les entreprises que celle provenant  des pays émergents si aucune mesure n’est prise.
La LRU ou  la « révolution gestionnaire »
Le président de la République Nicolas  Sarkozy dresse un tableau particulièrement sombre de l’université française en ce début du XXIème siècle. Pour lui « l’archaïsme, le morcellement, la rigidité, au fond l’enfermement d’un système à bout de souffle qui désespérait les plus dynamiques et qui entraînait vers le fond la moyenne, sont apparus au grand jour ». (Sarkozy, 26 septembre 2011) Bref, il dénonce le conservatisme et décide de faire preuve d’activisme : « Il est temps d’agir » déclare-t-il. « L’immobilisme, pis le recul, nous sont interdits » et face à la crise des universités il répondra  « par l’action, par la décision »  affirme-t-il  le 22 janvier 2009.


Un cadre juridique
La réforme du LMD lancée dès 2002 avec l’adoption des premiers arrêtés ministériels est appliquée en 2004. Maintenant que le cursus est harmonisé, il faut mettre les universités en compétition. On passe alors au deuxième volet de la réforme avec l’adoption de la LRU (loi relative aux libertés et responsabilités des universités) le 10 août 200815. Cette loi est chargée de « moderniser » l’Université française rétive à toute réforme. La base théorique de cette réforme repose sur la sociologie des organisations et les études de Michel Crozier. Valérie Pécresse affirme que lorsque « les besoins de la société changent, les institutions doivent changer aussi » (16). La comparaison internationale, notamment avec le « classement de Shanghai » met en lumière le déclin de l’université française qui avait pris un retard considérable (17).  Il fallait  réagir. La réforme prévoit l’autonomie de toutes les universités françaises pour 2013 (18). L’Etat, grâce à cette loi, met en place un cadre institutionnel qui doit « permettre l’avènement d’un marché et de créer les conditions pour que les acteurs agissent rationnellement et prennent les décisions dictées par la logique de l’intérêt personnel » (19). Le gouvernement force donc les universités à devenir autonomes afin de les mettre en compétition. L’objectif à terme est de regrouper le paysage universitaire fragmenté en 83 universités et 225 grandes écoles qui devront opérer des regroupements afin de constituer un petit nombre de grandes universités à l’image des prestigieuses universités américaines ou britanniques. Les universités et les grandes écoles  n’ont pas assez de visibilité internationale (toujours le choc de Shanghai) et elles sont donc invitées à rassembler leurs forces. Les moyennes universités pour survivre conserveront les éléments les plus performants en se spécialisant dans des niches et les petites universités seront rétrogradées au rang de collèges universitaires (20). On peut se poser la question de la cohérence de la politique universitaire française depuis plus de trente ans. Les responsables politiques sous la pression des élus des régions et des diverses collectivités locales, ont multiplié la création d’antennes universitaires (chaque ville ou sous-préfecture voulait son antenne universitaire puis sa faculté) qui sont devenues avec le temps des universités à part entière. Trop petites, elles ne rentrent plus dans le schéma de la réforme. Elles sont déclassées en collèges universitaires ou mises sous tutelle par les  grandes universités. Il est évident que ces petites universités n’ont pas le potentiel scientifique suffisant pour être de véritables universités et l’on peut s’interroger sur leur viabilité.


      Un financement  important ….. 
Le gouvernement avait promis d’accompagner l’autonomie par un effort financier important. Le nouveau ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche Laurent Wauquiez affirme que les crédits de fonctionnement accordés à l’enseignement supérieur ont augmenté de 2007 à 2011 de plus de 23%  ce qui représente 5 milliards d’euros soit  un milliard par an. Or le ministre parle d’autorisations d’engagements et non des crédits de paiement que touchent réellement les universités soit en réalité 3 milliards d’euros (21). Ces crédits supplémentaires ont été en grande partie utilisés pour combler l’accroissement de la marge salariale (augmentation des rémunérations, de l’avancement, de la mise en place des nouvelles primes, de la titularisation de contractuel, etc.…)
Un « plan Campus »  doté de 5 milliards d’euros est prévu pour faciliter l’émergence de 12 « campus du XXIème siècle » capables de rivaliser avec des grandes universités comme Harvard. Ces crédits doivent permettre la rénovation et la construction de nouveaux bâtiments. Depuis quatre ans, il ne s’est encore rien passé. En 2011, seulement 270 millions ont été versés pour la réalisation d’études. La lenteur s’explique par l’obligation des universités de signer des partenariats public-privé (PPP) pour obtenir les crédits, procédure qui est particulièrement complexe et longue. Les premiers bâtiments ne seront livrés qu’à partir de 2015 !
La LRU permet aux universités de créer des fondations. Depuis 2007, 41 fondations ont vu le jour, totalisant une dotation de 70 millions d’euros ce qui est loin des capacités financières des universités américaines. Il n’est pas dans les habitudes des entreprises françaises de financer l’enseignement supérieur.
Enfin, il y a le grand emprunt lancé à la fin de l’année 2009 de 35 milliards d’euros dont  22 milliards (les 2/3) seront consacrés à l’enseignement supérieur et à la recherche. Il faut comprendre que chaque université ne pourra toucher à la dotation qui lui sera allouée mais seulement aux intérêts pour financer ses projets. Ainsi si une université obtient un milliard d’euros, elle touchera les  33 millions d’euros d’intérêts. Ces dotations seront  accordées en fonction de projets de recherche présentés par les universités selon des critères  bureaucratiques complexes :  Ces labels dit d’excellence ont pour objectif d’inciter, par des mécanismes financiers incitatifs, les universités à se regrouper au sein de Pôles de recherche et d’enseignement supérieur (PRES) et de concourir pour  l’obtention de  Labex (laboratoires d’excellence, une centaine prévu), d’Equipex (équipements d’excellence), d’IRT (instituts de recherche technologique), d’IHT (Instituts hospitaliers universitaires), d’Idex (initiatives d’excellence) (22), ou de Satt (sociétés d’accélération du transfert de technologie)(23). Sur 800 projets présentés, 220 ont été sélectionnés pour 11 milliards d’euros. 
Il manquait des aides pour l’innovation pédagogique, le parent pauvre de la réforme. C’est chose  faite  depuis octobre 2011  avec la création d’un nouveau label : l’Idefi (Initiative d’excellence en formations innovantes) qui doit financer une vingtaine de projets pour 150 millions d’euros. Ces projets doivent répondre à une attraction internationale des étudiants, à leur « employabilité », à la pluridisciplinarité et à l’ingénierie de formation.
Le principe d’attribution des crédits repose sur  la concentration des moyens sur quelques grands pôles universitaires et l’arrêt de l’ancienne politique qui consistait à saupoudrer les crédits dans les 83 universités et la multitude de petits centres de recherche qui n’ont aucune lisibilité sur la scène internationale. Cela confirme bien le délaissement progressif des « petites » universités et des petits centres de recherche en leur coupant les crédits. On assiste alors à des regroupements d’universités et grandes écoles qui n’ont bien souvent aucune cohérence intellectuelle.  Les dossiers sont élaborés en toute hâte, en petit comité et donc de façon peu démocratique. Le prétexte invoqué est la rapidité des délais pour répondre aux appels d’offre. Comment peut-on élaborer un projet scientifique sérieux en si peu de temps ? Les attributions des « labels » relèvent d’une véritable loterie. Là encore une nouvelle bureaucratie se met en place dans le cadre des PRES qui préparent les projets et l’ANR qui les évalue. Les premiers crédits devraient être débloqués au début de l’année 2012 pour un volume de 1 milliard d’euros. Enfin le partenariat public-privé n’avance guère car les entreprises ne jouent pas le jeu en refusant qu’une partie de leur recherche se fasse dans les laboratoires universitaires. Il faut souligner enfin que le ratio entre la recherche publique (60%)  et la  recherche privée (40%) est  un des plus faibles des pays industrialisés (33% contre 66% pour l’Allemagne et les Etats-Unis et 25% contre 75% au Japon) (24).


      … mais qui tarde à venir
On assiste au même phénomène qui s’était déroulé au moment de la décentralisation lors des transferts de compétence entre les services de l’Etat et les collectivités territoriales notamment les régions et les conseils généraux. La différence, c’est que les collectivités ont eu la possibilité d’augmenter leurs recettes fiscales ce que ne peuvent faire les universités. Les ressources provenant du mécénat et des contrats avec le secteur privé sont très insuffisantes pour faire fonctionner les universités. La réduction des budgets oblige les universités à réduire la masse salariale en gelant les postes administratifs, à recruter des vacataires et à différer le recrutement d’enseignants. Les plus touchées sont les petites universités comme celle de Pau et des pays de l’Adour  dont il manque 2 millions d’euros à son budget de 105 millions et celle de Bretagne Sud qui  sur un budget de 67 millions perd 1,1 millions. C’est bien la survie des petites universités qui est en jeu. Comment les élus des régions réagiront-ils ?


Une faible réaction des acteurs
Les acteurs universitaires n’ont pas perçu immédiatement l’ampleur de la réforme et ses conséquences politiques pour les sociétés européennes. La réforme a été appliquée progressivement pour diviser les  acteurs. Le programme du candidat Nicolas Sarkozy prévoyait une hausse des droits d’inscription et l’instauration d’une sélection à l’entrée du premier cycle. C’était agiter le chiffon rouge devant les étudiants et les voir manifester dans la rue avec les lycéens. En France, le souvenir des manifestations contre le CPE (Contrat première embauche) est encore présent dans les esprits. La technique va consister à calmer les étudiants en leur donnant  l’assurance qu’il n’y aura aucune sélection à l’entrée de l’université ni augmentation des droits d’inscription. On débloque quelques crédits pour améliorer leurs conditions matérielles (bourses plus nombreuses et plus élevées, logements étudiants…) et le tour est joué. Ces deux mesures n’étaient pas primordiales pour la réforme et l’on pouvait les reporter de quelques années lorsque les universités seront toutes autonomes.
Les universitaires et les chercheurs ont réagi avec retard et sans grande conviction. Un rapport de l’OCDE avait d’ailleurs laissé entendre qu’il serait facile de  réformer les universités européennes car le degré de résistance en leur sein était particulièrement faible25.  Cela a été le cas en France. L’adoption en catimini lors de l’été 2007 de la LRU  n’a soulevé guère de contestation. Il faudra attendre son application en janvier 2009 par une vingtaine d’universités pour voir les enseignants (et les chercheurs) se mobiliser. Le mouvement de contestation a duré deux mois de la mi-janvier  à la fin mars 2009. Les enseignants ont repris les cours  pour sauver le deuxième semestre et donc l’année universitaire, conscience professionnelle oblige. Des concessions marginales ont été concédées par le ministre pour diviser le mouvement. Une petite minorité d’universitaires, spécialisés dans les tâches de gestion,  a fortement défendu la loi et aidé à son application. 
Si les collaborateurs du Président Nicolas Sarkozy  lui avaient expliqué que la soumission au pouvoir politique était une forte tradition de l’université française (26), il n’aurait pas été étonné lorsqu’il a fait le bilan de sa réforme le 26 septembre 2011 de la passivité des universitaires : « Et je dois dire la très bonne surprise qu’à représentée la capacité du monde universitaire, sa souplesse, à immédiatement jouer le jeu de l’autonomie ». Un universitaire Bernard Maris avait affirmé dès 1991 que « l’université s’est toujours illustrée dans son histoire par une soumission, une complaisance vis-à-vis du pouvoir, excédant largement ce que l’on exigeait d’elle » (27).
Le mouvement de contestation s’est épuisé faute d’un relais politique, l’opposition politique n’ayant aucun projet alternatif à proposer. Il faut préciser que les médias ont critiqué la contestation et  dénoncé le corporatisme désuet des universitaires qui refusent le changement et la modernité. Nous avons assisté à cette occasion à un journalisme de connivence. Si les journalistes s’étaient donnés la peine d’enquêter sur le terrain, ils auraient vu que l’université française ressemblait à la mer d’Aral : bien que quasiment asséchée, elle est toujours sur les cartes. Dans ces conditions, l’opinion publique n’a pas compris les enjeux de cette réforme et n’y a  vu que des réactions corporatistes. Les parents ne veulent le plus souvent pour leurs enfants qu’une seule chose : un diplôme leur permettant d’obtenir un travail bien rémunéré.


      Une autonomie imposée…
La  LRU renforce le pouvoir de gouvernance de chaque université en lui « imposant » l’autonomie. Pourquoi ? Le président Nicolas Sarkozy en donne les raisons : « l’autonomie induit la concurrence, la compétition, l’excellence, la différence, la diversité ». Cette  autonomie implique une nouvelle gouvernance en accordant des  pouvoirs étendus et renforcés  à un président entouré d’une petite équipe restreinte. Autant dire qu’elle a suscité les vocations  de ceux qui  fatigués d’enseigner préfèrent exercer le pouvoir  et percevoir des primes qu’on leur offre sur un plateau. En plus de son salaire, un président  reçoit une prime minimale de 18.000  euros. Le  président d’une université autonome voit sa prime augmentée de 50% et le ministre peut encore l’augmenter jusqu’à 20%.28 La prime peut atteindre jusqu’à 36.000 euros maximum! On est cependant encore loin  du salaire et des primes que touchent le directeur de Sciences Pô Paris29 qui est de statut privé (malgré une subvention de l’Etat  représentant 57% des ressources) ou des salaires  des Vice-Chancelor en Grande-Bretagne allant de  plus de 150.000 euros jusqu’à 636.000 euros comme à l’université de Nottingham par exemple, sans compter le logement et la voiture de fonction et les frais de représentation. 
On a assisté à des alliances hétéroclites, parfois étonnantes où par exemple des syndicalistes opposés à la loi (LRU) au niveau national, se sont alliés localement avec des partisans de la réforme. La loi accorde en effet un pouvoir important au Président soutenu désormais par une équipe restreinte d’universitaires (moins d’une dizaine). Désormais le conseil d’administration est sous le contrôle de quelques personnes ce qui risque d’entraîner des dérives inquiétantes. En effet, les primes massivement accordées par le président de l’université à sa clientèle,  pourraient dans certains cas lui permettre de se garantir la docilité du corps enseignant. La conquête du pouvoir par un groupe restreint d’individus bien  déterminés à mettre l’université en coupe réglée, est désormais possible avec les nouveaux statuts et ce sur une longue période. En effet un président peut désormais exercer deux mandats  de 4 ans (article 6 de la LRU) et s’il est habile, faire élire un complice (à l’image de ce que fait le Président russe Poutine avec son Premier ministre Medvedev) et ainsi faire perdurer un système de pouvoir personnel pendant 14 ans.


      Tout en conservant une  tutelle de l’Etat…
L’autonomie  imposée aux universités va avoir pour conséquence de renforcer la fragilité face au clientélisme et au localisme au détriment de la rigueur et de la cohérence scientifique. Mais pour le moment cette autonomie « à la française » est limitée face à l’interventionnisme toujours présent de l’Etat. Le ministère joue un rôle déterminant à travers les contrats quadriennaux d’établissements (qui vont devenir quinquennaux) passés avec les universités qui fixent leurs crédits  et ainsi « placent les universités sous la dépendance financière du ministère et mettent leur autonomie officielle sous tutelle » (30). Le phénomène est renforcé avec les nouvelles structures comme les PRES avec toutes les mesures financières pour les  inciter à se regrouper, l’objectif étant de constituer de grandes entités. Les universités doivent comme les Etats endettés faire des économies : cela se traduit par le gel des emplois statutaires, la suppression des heures d’enseignement, le licenciement de contractuels. Le ministre de l’Enseignement supérieur Laurent Wauquiez a placé en novembre 2011 cinq universités (Paris VI,  Savoie, Bordeaux III, Limoges, et l’ENS de Cachan) en déficit en 2009 et 2010 sous la tutelle des rectorats, deux autres (Paris XIII et Insa de Rouen)  ont trouvé des solutions (31). Le changement des règles comptables et  les hausses salariales ont eu des conséquences sur le budget des universités qui n’ont pas été prises en compte. Le président de la Conférence des présidents d’universités (CPU), Louis Vogel admet que « l’autonomie pourrait être victime de l’absence de moyens et de prévisions » (32). Pour Christophe Charle et Charles Soulié « Le principe de l’autonomie implique le choix entre des charges croissantes et des ressources qui ne suivent pas l’inflation d’où des non-reconductions de poste ou le sacrifice de certaines formations » (33).
Les universités avec l’autonomie de gestion devraient pouvoir recruter sur leur propre budget une partie du personnel, notamment des enseignants prestigieux à des salaires attractifs. Ce sera le cas dans quelques rares universités mais la réalité sera plus triviale. L’équipe présidentielle sera tentée de se constituer une clientèle pour assurer sa réélection en embauchant des enseignants dans leurs relations ou leur réseau, et des conseillers en tout genre. Qui pourra contrôler ces dérives ? La logique de  la LRU consistera  à proposer dans un troisième volet la suppression du statut de fonctionnaire du personnel des universités, y compris des enseignants ce qui permettrait d’alléger le budget de l’Etat avec le transfert de 130.500 emplois représentant une masse salariale de 8,3 milliards d’euros. La seule difficulté est la faible implication des acteurs privés français dans le financement des universités. Faute de ressources suffisantes, il n’est pas possible d’envisager un statut privé de l’ensemble des personnels des universités. Le député Laurent Hénart, rapporteur du budget de l’enseignement supérieur indique qu’« à terme, il faudra envisager une réforme du statut de la fonction publique universitaire. En effet, l’autonomie des universités n’est pas conciliable avec le maintien d’un statut contrôlé par l’Etat » et il propose  un statut qui s’inspire de celui de la fonction publique territoriale (34). Cette situation, si on n’y prend pas garde, pourrait bien provoquer des dérives identiques à celles qui se sont  produites lors de la chute de l’Union soviétique dont  les anciens dirigeants ont mis la main sur les entreprises d’Etat « privatisées ». 


      Et en provoquant des dérives  dans la gestion !
Le modèle de gouvernance mis en place par la LRU peut engendrer dans certaines universités des dérives dangereuses dans la gestion voire aboutir à des cas de corruption qui existent déjà et ne feront sans doute que s’amplifier dans le nouveau système. Ainsi à l’université de Toulon, des étudiants chinois achetaient leurs diplômes 2.700 euros. Le président de cette université, suite à une plainte en justice et une inspection du ministère au cours de l’été 2009,  a été suspendu le 19 octobre 2009  puis révoqué de la fonction publique le 21 mai 2010. Deux vice-présidents ont été suspendus respectivement  pendant trois et un an. Un cas semblable s’est produit à l’université de Paris XIII (Villetaneuse) à la rentrée 2010 où un professeur d’économie faisait payer à des étudiants chinois 4.000 euros pour une inscription à son diplôme. Il a été exclu de l’université pour trois ans avec suspension de salaire. Il est évident que certaines universités moyennes pour conserver le statut d’université devront se battre pour avoir un effectif supérieur à 10.000 étudiants, faute de quoi elles redeviennent un collège universitaire. Elles seront alors tentées d’attirer à n’importe quelles conditions des étudiants étrangers. Des dérives ont été constatées déjà dans plusieurs pays européens dont la Grande-Bretagne, pionnière en ce domaine. Comme les étudiants étrangers permettent de financer l’université il n’est pas facilement envisageable de les sélectionner et encore moins de les coller pour insuffisance car ce serait tarir une source importante de financement. 
On assiste aussi à la sous-traitance de diplômes dans des « boîtes privées » en France ou à l’étranger ; ces diplômes sont délivrés par l’université mais elle ne les contrôle pas.  L’exemple de la création de l’université de la Sorbonne à Abu Dhabi en est une illustration. Comme l’opération Louvre à Abu Dhabi, l’université de Paris IV a négocié en février 2006 un contrat d’exclusivité concernant le Moyen-Orient de la marque « The Sorbonne » ce qui fait que les autres universités parisiennes se trouvent exclues de la région et ne peuvent créer une université portant ce nom ! « Avec la marque Sorbonne, on dort sur une mine d’or » (35) aurait déclaré le président de l’époque Jean-Robert Pitte. Ce label devrait permettre de rapporter 2 millions d’euros par an à condition que les étudiants du Moyen-Orient affluent, or 90% d’entre eux  sont anglophones ou arabophones. Pour le moment, les cours dispensés sont « des cours de français amélioré » et le nombre des étudiants est seulement de 400 au lieu des 2.000 prévus. Paris IV qui n’est pas habilitée à  délivrer des diplômes de droit, a passé un accord de sous-traitance avec Paris V pour dispenser des formations juridiques ! Que fait le ministère face à toutes ses dérives « commerciales » ? Il détourne pudiquement les yeux. 
La nécessité de pratiquer le « fund raising » c’est-à-dire de lever des fonds pour financer l’université, véritable métier, a incité les universités à passer des contrats avec  des sociétés spécialisées. Ainsi Sciences-Pô Paris aurait passé un contrat avec une société spécialisée  pour 305.000 euros (36) !
Dans ces conditions, la question du contrôle de la gestion des universités  se pose. Quel sera le pouvoir des Chambres régionales des comptes ? Leur efficacité ? Quelles sanctions pourront être prises ? Aux Etats-Unis, les conseils d’administration des universités contrôlent réellement la gestion des dirigeants ce qui n’est pas le cas en France.


Pourquoi l’université française est-elle logiquement condamnée à la médiocrité ?
Il faut signaler la particularité du système français d’enseignement supérieur. Il repose  notamment sur l’existence des grandes écoles qui permet aux enfants de la classe dirigeante de bénéficier d’une formation d’excellence. Cette classe dirigeante n’a donc pas besoin d’universités  qui formeraient des concurrents à leurs rejetons. Les Anglais ont besoin de quelques universités d’excellence comme Oxford et Cambridge  pour former leur élite mais ce n’est pas le cas en France !
Les IUT et les BTS proposent une formation professionnelle courte dans des filières contingentées, dans lesquelles la sélection se fait à l’entrée et non à la sortie. Logiquement ce sont les bacheliers techniques et professionnels qui devraient s’engager dans ces filières courtes et les bacheliers généraux qui devraient s’engager dans des études longues en vue du master et du doctorat. Mais les commissions de sélection à l’entrée dans ces formations, n’étant tenues par aucune règle, prennent les meilleurs élèves  et orientent ainsi les autres vers l’université, sous le regard complaisant du ministère et des recteurs qui vantent pourtant les mérites de l’orientation. Singulière orientation qui pousse les moins bons vers des études longues auxquelles ils ne sont pas préparés et les meilleurs vers des études courtes qui ne leur donneront pas satisfaction… On constate en effet que de nombreux diplômés d’IUT ou de BTS demandent massivement une équivalence pour entrer en licence en droit ou en lettres. Que pense le ministère du fait que le « débouché » de ces diplômes professionnels, c’est l’inscription en licence générale ? 
A la mission de formation des étudiants, la réforme en ajoute une  nouvelle, celle de l’insertion professionnelle. C’est pour cette raison que l’on assiste à l’éclosion de  diplômes professionnels à l’université pour assurer des débouchés professionnels aux étudiants. On constate que la licence professionnelle permet aux titulaires d’un DUT et d’un BTS de faire une troisième année d’études professionnelles mais bien souvent sans cohérence professionnelle. Ainsi des étudiants diplômés d’IUT s’inscrivent en licence « de la vigne et du vin » et achèvent leurs études par un master d’urbanisme. Bel exemple de réorientation ! Après trois ans d’études, ces étudiants avaient sans doute pensé qu’il valait mieux transformer leur vigne en lotissement. Citons enfin les masters professionnels (M2) qui attirent  les meilleurs étudiants et assèchent les masters théoriques qui sont destinés aux étudiants voulant faire une thèse. Il est vrai que la théorie n’est plus à l’ordre du jour et qu’il est mal vu de réfléchir.  La création du master devait permettre de rationaliser l’offre peu lisible des DEA. Quel est le résultat ? On a vu fleurir de nombreux masters aux titres incongrus rassemblant un grand nombre de filières de « spécialités ». Là encore pour quoi faire ? Disons-le : souvent pour satisfaire quelques professeurs soucieux d’échapper aux amphis de licence. Et que deviennent ces étudiants qui, titulaires d’un master, aspirent à une fonction de « cadre » ? On assiste à une sous qualification des étudiants ayant obtenus un master 2, qu’il soit théorique ou professionnel. Combien d’étudiants ayant échoué aux concours de la fonction publique de catégorie A puis de catégorie B, doivent se contenter de passer un concours destiné aux bacheliers. Que valent les déclarations triomphantes à la presse dont se gargarise la bureaucratie du ministère : « les étudiants sont contents, ils trouvent du travail ». Un  reportage de l’émission « Envoyé spécial » à Antenne 2  sur des étudiants titulaires de ces fameux Master 2 pro (bac +5) sans travail, a montré que les statistiques étaient faussées par les directeurs de ces diplômes pour ne pas voir leur formation supprimée ! (37) En toute logique,  le ministère devrait créer une nouvelle bureaucratie chargée de contrôler l’exactitude des statistiques mais ce ne serait pas  l’intérêt du politique qui exige de bons résultats. Les statistiques servent à construire la nouvelle université « Potemkine » (38).
Le doctorat a connu les mêmes dérives que les deux autres cycles (Licence et Master) avec la création d’une école doctorale qui  a donné lieu à la mise en place d’une nouvelle bureaucratie (39).  La question de l’entrée des doctorants dans les entreprises relève de la culture française.  En France le doctorat ne représente qu’une faible valeur aux yeux des dirigeants des entreprises parce qu’ils sont issus des grandes écoles à la différence des patrons anglo-saxons et des autres pays européens. Une révolution culturelle est nécessaire en France  pour  faire entrer les docteurs dans l’entreprise.


Le triomphe de la  culture de l’évaluation
A partir du moment où l’on décide que l’université doit être remodelée selon les normes de fonctionnement d’une entreprise, il est évident que la culture de l’évaluation s’impose. Cette évaluation du fonctionnement des entreprises, basée sur des critères objectifs, c’est-à-dire « mesurables » par des chiffres, doit permettre leur pilotage et leur gouvernance. Ce système d’évaluation managérial relève d’un positivisme primaire. Or il est imposé aux universités que ce soit pour le pilotage de l’université, des formations universitaires, des laboratoires de recherche et des universitaires eux-mêmes. Bref, l’université devient une machine à évaluer. C’est le paradoxe d’une culture du management mal digérée. Le politique impose l’autonomie mais en même temps  met en place de nouvelles réglementations, des contrôles et des évaluations ce qui implique le développement d’une bureaucratie gestionnaire basée sur les statistiques avec la création d’organismes nouveaux comme l’ANR (agence nationale de la recherche) en janvier 2007 et de  l’AERES (agence d’évaluation de la recherche et de l’enseignement supérieur) en mars 2007.
La création d’une nouvelle structure universitaire dénomme PRES (Pôle de recherche et d’enseignement supérieur) dont l’objectif est de favoriser la fédération de plusieurs universités entre elles, avec des grandes écoles ou des organismes d’enseignement  supérieur  s’inspire du modèle de fonctionnement des institutions européennes. Il met en place une usine à gaz au fonctionnement bureaucratique complexe qui présente l’avantage d’éliminer toute expression démocratique. En effet les décisions prises dans cette nouvelle instance déterminent l’orientation des universités membres de ce pôle. Or, l’instance de gouvernance du PRES est composée de membres de droit responsables des universités ou d’institutions et de membres désignés par les conseils d’administration des universités membres. On observe le même phénomène que dans les communautés de communes, où le vote démocratique est contourné. C’est ce que l’on dénomme la « nouvelle gouvernance ». Après l’éclatement des universités dans les années qui ont suivi mai 1968, on assiste au phénomène inverse, à savoir le regroupement pour constituer de « grandes universités ». Prenons deux exemples : Aix-Marseille Université regroupera 70.000 étudiants,  7.500 salariés et 115 unités de recherche, et l’Université de Lorraine, 55.000 étudiants, 7.000 salariés, 80 laboratoires (40). Autant dire qu’il n’existe plus de communauté universitaire eu égard à la complexité du système et au nombre d’étudiants et d’enseignants. Lindsay Waters a relevé que « Parsons et Platt avaient prédit que la mentalité bureaucratique allait faire des ravages dans le monde du savoir si elle échappait à tout contrôle ». (Waters, p 30.) « Ce n’est pas en transformant les universitaires en agents administratifs que l’on contribuera à la renaissance de l’université » dénonce le professeur de sciences politiques et sénateur Hugues Portelli (41). 
L’évaluation qui repose sur des critères quantitatifs (ce qui ne peut être compté ou mesuré n’existe pas) est un leurre car tout indicateur choisi est investi d’une fausse exactitude. Une société de l’audit produit une vision trompeuse de la réalité et devient une fin en soi. On sait comment le système soviétique basé lui aussi sur des statistiques (fausses) s’est effondré sur lui-même. Prenons deux exemples. Le premier est l’évaluation d’un Master. Elle repose sur des données chiffrées irréfutables : le nombre d’étudiants reçus, le nombre de ceux qui ont obtenu un emploi dans  les mois qui suivent l’obtention du diplôme ainsi que le salaire médian des étudiants embauchés. Il est évident que plus le nombre d’étudiant ayant trouvé un emploi à l’issue de leur formation sera important, et plus le salaire médian sera élevé, plus le diplôme obtiendra une bonne évaluation. On a vu précédemment comment les universitaires truquent les statistiques pour conserver leur diplôme. Le second exemple est l’évaluation des chercheurs. Pour Bernard Paulré, professeur d’économie, la communauté universitaire française n’est pas suffisamment nombreuse pour permettre  la mise en place d’un marché concurrentiel. En réalité ce sera un marché oligopolistique. «  Nous allons vers une société scientifique d’opinion, contrôlée par des experts et divers faiseurs d’opinions » (42). L’évaluation des universitaires était jusqu’à présent  réalisée par leurs pairs dans le cadre du CNU au niveau national et du conseil scientifique de l’université et des commissions de spécialistes au niveau local. Elle  est désormais assurée par des d’organismes spécifiques : l’AERES depuis 2005 au niveau national et par l’équipe présidentielle restreinte qui se trouve dans l’impossibilité d’assurer sa tâche face au nombre important des évaluations à réaliser. On assiste à une spécialisation de la fonction d’expert qui s’est « professionnalisée ». Il en résulte  que l’on n’est  « plus vraiment en configuration collégiale, entre homologues de même rang. On a dérivé vers une forme de contrôle agentiel » (Cabanis & Marin, p143).
Tout ce système complexe d’évaluation qui se veut « transparent » et « objectif » et  maîtrisé  par l’expert « dissimule mal les querelles d’écoles et la volonté de certains groupes de verrouiller les procédures et de se répartir les recrutements, les promotions, les labels et les crédits » et « constituent le meilleur allié de l’arbitraire et du favoritisme » (Cabanis & Marin, pp 146-147). 
Il n’empêche que le  président de la République Nicolas Sarkozy est un fervent partisan de l’évaluation. Il déclare le 22 janvier 2009 à Paris à l’occasion du lancement de la réflexion pour une stratégie  nationale de recherche et d’innovation: « Moi, je vois dans l’évaluation, la récompense de la performance. S’il n’y a pas d’évaluation, il n’y a pas de performance ».  Il faudrait qu’il nous explique comment évaluer les performances d’Emmanuel Kant,  de Max Weber, de Pierre et Marie Curie (43) ou de Raymond Aron ? Et selon les critères retenus d’évaluation Albert Einstein aurait été jugé « non publiant » et condamné à faire 400 heures d’enseignement ou 600 h de tâches administratives !
Cette nouvelle politique d’évaluation quantitative des chercheurs risque de provoquer une recrudescence des « plagiats ». Le phénomène du plagiat se développe au sein des collèges puis des lycées et  touche actuellement l’université. Le phénomène du copier-coller remplace la réflexion. Marie-Estelle Pech explique que le plagiat est révélateur d’une crise morale grave mais aussi d’une crise intellectuelle  et épistémologique. A force de recycler indéfiniment la pensée d’autrui, il n’y aura plus de création (44). L’évaluation des enseignants-chercheurs  devrait reposer sur des critères qualitatifs permettant  d’évaluer la qualité des travaux scientifiques.


Une stratégie d’évitement des universitaires
Des universitaires choisissent la tactique d’évitement pour se spécialiser dans l’administration universitaire locale dans un premier temps avec la direction de formations (licence, master, école doctorale), d’UFR (doyen), de laboratoires de plus en plus grands, et enfin de la direction (présidence) de l’université elle-même. Certains enseignants arrivent ainsi à réaliser une carrière uniquement dans la gestion universitaire. Les postes au niveau national sont aussi très prisés. Il y a les postes de Recteur, ceux nombreux dans les nouvelles directions d’agences diverses, voir les Cabinets ministériels, sans oublier les autres ministères comme les affaires étrangères. Résultat,  ces universitaires « finissent par constituer une classe à part et se penser comme nos administrateurs, voire nos employeurs alors que naïvement on les croyait à notre service» (45) (Cabanis, Marin, 2010, p.133). C’est notamment la conférence des présidents d’université (CPU) qui regroupe l’ensemble des présidents des universités françaises qui a  largement  participé à l’élaboration de la LRU. Frédéric Neyrat note que « les idées qu’ils y défendent leur sont souvent personnelles et s’éclairent à la lumière de leurs intérêts catégoriels, comme par exemple avec leur vieille revendication désormais satisfaite, de renouvellement de leur mandat. Elles sont loin d’être en tout cas la traduction des positions des conseils des universités qui les ont élus » (46)
Mais  la réforme ne va qu’accentuer et même aggraver le phénomène. Face aux conditions de travail qui se dégradent, où se multiplient les tâches bureaucratiques,  on risque d’assister à une fuite des universitaires les plus dynamiques et entreprenants vers les entreprises privées, les sociétés de conseil où les conditions de travail et de rémunérations sont plus attractives.  Le titre de professeur sert à négocier  une position valorisante  dans le secteur privé. De plus si les professeurs parviennent à conserver leur statut, rien ne les empêchera de cumuler les deux postes.
Le risque d’un affaiblissement de la recherche scientifique
Désormais l’idéologie du management a gagné l’université, lieu de l’élaboration de la pensée. Il existerait donc un marché des idées selon les initiateurs de cette réforme qui semblent totalement ignorants du processus d’élaboration de la connaissance. Il faut donc comme dans l’entreprise augmenter la « productivité » des chercheurs ce qui donne lieu à des aberrations. Ainsi un article publié dans une revue classée A (revue avec comité de lecture) vaut plus qu’un ouvrage. Dans les pays de l’Est un article publié en anglais dans un simple hebdomadaire vaut plus qu’un livre publié en français ! Mais une augmentation sensible de la productivité (nombre d’articles publiés) n’implique pas automatiquement une augmentation de l’innovation, et de la création. On observe même  le contraire. Lindsay Waters constate qu’« il existe en fait une sorte de collusion qui s’opère entre un système de gestion qui ne veut rien savoir des détails de la création intellectuelle ou du contenu des recherches, et ceux qui dans les départements sont les ennemis de l’innovation » (47). La nouvelle règle de gouvernance va aboutir à l’inverse de l’objectif  annoncé : ce sera l’étouffement de l’innovation. Jusqu’à présent c’étaient les universitaires qui fixaient eux-mêmes l’objet de leur recherche et leur problématique. Ils étaient les seuls qualifiés pour le faire. Désormais, ce seront les bureaucraties managériales qui  détermineront à leur place leurs champs d’investigation. Si les universitaires veulent obtenir des crédits,  ils devront répondre à des appels d’offres proposés  par des agences gouvernementales (comme par exemple l’ANR), des agences de l’Union européenne, ou des entreprises privées. Les objets de recherche et  les problématiques fixés par les bureaucrates entourés d’experts  qui ne font plus de recherche depuis longtemps, sont généralement à buts utilitaires et non théoriques. Le contrat à durée déterminé fragilise les équipes de recherches sur le long terme et la capacité d’innovation des chercheurs sapée. Lindsay Waters a constaté que désormais « Pour devenir titulaire d’un poste, il faut démontrer une absence d’indépendance d’esprit, en acceptant de se soumettre aux règles et aux fins de la productivité la plus forcenée » (L.Waters, p130).
Peut-on imaginer des grands universitaires comme Marc Bloch, Max Weber et bien d’autres fonctionner dans un  tel système ? Il est vrai que les sciences humaines sont sans doute destinées à disparaître car sans intérêt immédiat pour l’économie, ce qui est une grave erreur des managers car l’absence de culture des futurs  producteurs-consommateurs qui sont aussi des citoyens aura des conséquences à long terme sur le fonctionnement des activités économiques mais aussi de la démocratie.
Pourquoi penser ? On  a trop pensé, maintenant il faut agir ! C’est ce qu’explique aux députés la ministre de l’économie, des finances et de l’emploi, Christine Lagarde le 10 juillet 2007 : « C’est une vieille habitude nationale : la France est un pays qui pense. Il n’y a guère une idéologie dont nous n’avons fait la théorie. Nous possédons dans nos bibliothèques de quoi discuter pour les siècles à venir. C’est pourquoi je voudrais vous dire : assez pensé maintenant retroussons nos manches ! » (48).


Comment cette destruction de l’université a-t-elle été possible ?
On assiste à une convergence entre les utopistes néo-pédagogues, membres de l’extrême gauche qui ont noyauté l’institution à partir des années 70, reconvertis en pédagogues ultra et les gestionnaires. Il faut aussi ajouter que « la promotion pernicieuse de l’ignorance a été indirectement préparée par toutes les idéologies qui ont marqué les sciences humaines depuis l’après-guerre » (Laux-Weiss, p.109). On est passé de la postmodernité au relativisme qui a participé à la destruction de l’école. Or nous explique Natacha Polony, ces partisans du « pédagogisme » et idéologues de tous poils « qui sévissent encore avec ferveur à tous  les échelons de l’Education nationale, ont, avec application, préparé le terrain aux gestionnaires de tous bords » (Polony,  2005, p.117) 
Les « gestionnaires » ou les adeptes du  « management » ont conçu une vaste réforme de l’université européenne ; ils ont instrumentalisé les idéologues qui servent leur projet en déstructurant le système éducatif.  Peut-on dire qu’il y a eu alliance objective entre les deux réseaux ? Une étude sociologique plus fine des acteurs du supérieur serait nécessaire pour le démontrer.  Ce sont en tout cas les bureaucrates de la Commission européenne aidés par les experts membres des think tanks européens comme celui de la « European Round Table » (49) (ERT) qui ont initié le  processus de Bologne. L’objectif est de mettre en place une « économie de la connaissance » où   les universités européennes seront à son service  pour augmenter la productivité. L’université est devenue une entreprise aux mains de la folie productiviste  des « managers » qui contrôlent la production du savoir et évaluent leurs nouveaux employés, à savoir les universitaires. Il n’existe plus de communauté universitaire.
L’objectif politique de cette réforme au plan européen est de bloquer la promotion sociale des classes moyennes qui ont pris trop d’importance. Les élites sont formées dans quelques grandes universités (dans les grandes écoles en France) et les classes moyennes seront cantonnées dans un désert culturel et ne pourront plus espérer une promotion sociale. En France, comme l’explique Brighelli, l’héritage et le réseau comptent plus que les vraies capacités intellectuelles. « La République, en anéantissant l’école de la République, est redevenue une oligarchie figée » (Brighelli, p.81). L’élite républicaine entend défendre ses privilèges et conserver son pouvoir en utilisant la pratique de l’inversion qui consiste  à faire croire aux citoyens, que les mesures prises sont destinées à assurer la démocratie, l’égalité des chances alors que les objectifs fixés sont exactement le contraire. Alain Bentolila dénonce les politiques qui manient « l’illusion et la manipulation » pour faire de notre système d’éducation « une machine de reproduction sociale encore plus cruelle qu’auparavant » (50). Natacha Polony note que « l’aboutissement de ces réformes qui entendaient « démocratiser » l’école et faire de l’institution scolaire le lieu où se compenserait les inégalités sociales, est l’exact inverse du but recherché » (Polony, p.188).
Cette restructuration des universités a eu lieu dans les autres pays européens selon des modalités différentes mais elles vont toutes dans le même sens, la mainmise des oligarchies sur le savoir au détriment des classes moyennes (51). C’est la fin de toute promotion sociale ce qui a pour effet de « casser » les classes moyennes. Elles ont bénéficié d’une ouverture dans l’immédiat après-guerre avec la période des trente glorieuses. Cette prédominance des oligarchies en Europe est particulièrement dangereuse pour la stabilité politique des pays car ce sont les classes moyennes qui  sont le support de nos démocraties.

*

La réforme des universités n’est pas encore terminée puisqu’elle s’applique par paliers afin de ne pas heurter les différents acteurs. La ministre de l’enseignement supérieur appelle cette méthode de gouvernance « le dialogue permanent » ce qui ne l’empêche pas, ajoute-t-elle, de rester sur les « valeurs » qui la guident (52). Ces valeurs, qui sont des « concepts » puisées dans la sociologie des organisations et les méthodes de management  ne répondent pas au problème politique de la sélection des élites. Au contraire cette réforme européenne consiste justement à écarter les classes moyennes du pouvoir en mettant en place des « universités Potemkine ». Michel Crozier avait pourtant bien expliqué que si les élites françaises « acceptent de renoncer au système de monopoles et de privilèges qui leur paraît la nécessaire garantie de leur pouvoir de castes, la société française pourra se débloquer » (53), or nous sommes loin d’en  prendre le chemin.
Une  véritable réforme impliquerait une refonte de l’ensemble du système éducatif, de l’école primaire à l’enseignement supérieur dont l’objectif serait de permettre à tous élèves d’accéder grâce à leur mérite aux plus hautes fonctions. Pour cela il faut abandonner les débats idéologiques qui minent la société française depuis un siècle, sur le pédagogisme, le relativisme et l’adoption ces dernières années des  conceptions managériales provenant des écoles de commerces anglo-saxonnes.  Avant toute réforme, il faut   définir ce que devrait être une université au XXIe siècle et quel(s) savoir(s) cette dernière doit transmettre. Il est nécessaire de laisser les scientifiques déterminer leurs champs d’investigation  car c’est la capacité d’innovation qui est en cause. Enfin, il faut souligner que les classes moyennes sont le pilier à la fois de la démocratie, de l’économie et de l’innovation. Leur affaiblissement voir leur laminage aura des conséquences sur l’avenir de l’Europe face à la concurrence des nouvelles puissances émergentes.


Patrice Buffotot
Janvier 2012


Notes


(1) Valérie Pécresse, « Réformer » in revue Etudes, Tome 415, 2011, volume 9, pp 173-184.
(2) Voir notamment  les ouvrages de Brighelli, (Jean-Paul), La fabrique du  crétin. La mort programmé de l’école. Paris,  Jean-Claude  Gawsewitch Editeur, 2005. 222 p. de Laux, (Claire) et Weiss, (Isabel) Ignare Academy. Les naufrages de l’enseignement. Paris, Nil éditions, 2002. 202 p. et de Polony, (Natacha). Nos enfants gâchés. Petit traité sur la fracture générationnelle. Paris, J-C Lattès, 2005. 213 p. ainsi que son dernier ouvrage :  Le pire est de plus en plus sûr. Enquête sur l’école de demain. Paris, Mille et une nuit, 2011.
(3) Voir l’ouvrage de Coignard, (Sophie), Comment ils sacrifient l’éducation de nos enfants. Paris, Albin Michel, 2011,280 p.
(4) Alain Bentolila écrit : « année après année, on diminua les exigences du bac pour en arriver aujourd’hui à une parodie d’examen » dans son article « Le baccalauréat ou la parodie d’examen » in Le Figaro du 1er juillet 2010.
(5) Marie-Estelle Pech, « La dissertation au bac, chef-d’œuvre en péril », in Le Figaro du 17 juin 2010, p 2.
(6) Jean-Michel Jolion, Président du comité de suivi Master, Rapport sur la « Masterisation de la formation initiale des enseignants. Enjeux et bilan » remis à Monsieur Laurent Wauquiez, ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche, le 12 octobre 2011. 43 p.
(7) Allocution du président de la République au Colloque « 15 ans de réforme des universités : quels acquis, quels défis ? », Paris, Université Panthéon-Assas le 26 septembre 2011.
(8) Voir de Frédéric Neyrat, « Le LMD en France : loin de l’utopie de l’universitas médiévale, les effets d’une réforme économique libérale »  in Les ravages de la modernisation universitaire en Europe,  Dir. Ch.Charle, Paris, Editions Syllepse, 2007, p 153.
(9) Le taux d’échec des bacheliers ayant un  bac professionnel est de de 90% à l’université.
(10) Sallenave, (Danièle). Lettres mortes de l’enseignement des lettres en général et de la culture générale en particulier. Paris, Editions Michalon, 1995, p 99.
(11) Alain Caillié, Marcel Gauchet, « Ne bradons pas les diplômes de la licence ! » in Le Monde du 20 janvier 2012,  Débats, p 21.
(12) « Sciences Pô supprime l’épreuve de culture générale » in Le Figaro du 13 décembre 2011. La sélection se fait sur dossier et l’admission automatique avec une mention très bien au Bac est supprimée.
Voir aussi l’article de Chantal Delsol et Jean-François Mattéi : « Sciences Pô Paris ou l’inculture générale » in Le Figaro du 4 janvier 2012 ansi que celui de Nathalie Brafman, « Le mandat de trop de Richard Decoings » in Le Monde  du12 janvier 2012, p 14.
(13) Jacques Attali  (Dir), Pour un modèle européen d’enseignement supérieur, Paris, Stock,1998.
(14) Franz Schultheis ; Roca I Escoda, Paul Frantz Cousin, (Dir). Le cauchemar de Humboldt. Les réformes de l’enseignement supérieur européen. Raison d’Agir., 2008.  (Coll. Cours et travaux)
(15) Loi relative aux libertés et responsabilités des universités, N°2007-1139 du 10 août 2007, in JORF N°185 du 11 août 2007, p. 13468 et suiv.
(16) Valérie Pécresse, op cit, p 177.
(17) Valérie Pécresse, op cit, p 178. Le fameux classement de Shanghaï n’est pas remis en question. Il repose sur des données statistiques contestables et non des évaluations qualitatives. Cela veut dire que nous reprenons à notre compte les normes imposées par d’autres pays.
(18) La première vague du 1er janvier 2009 comprenait 18 universités, la deuxième vague au 1er janvier 2010 : 32 universités, la troisième vague au 1er janvier 2011 : 22 et la dernière vague au 1er janvier 2012 les universités restantes. 
(19) Antonella Corsani « Le conflit des universités (janvier 2009- ?), entretien avec Bernard Paulré in  La revue internationale des livres & des idées, mai-juin 2009, N°11, p 32.
(20) Christophe Charle, « Introduction : Universités françaises et universités européennes », in Les ravages de la modernisation universitaire en Europe,  Editions Syllepse, 2007, p.22.
(21) Béatrice Mathieu, « Universités : Mais où est passé l’argent promis ? » in L’Expansion, 5 octobre 2011.
(22) L’ANR prévoit 7,7 milliards d’euros pour faire émerger 5 à 10 pôles pluridisciplinaires d’excellence afin de pouvoir rivaliser avec les grandes universités dans le monde.
(23) L’université de Lyon recrute en décembre 2011 un Président directeur général de la SATT Rhône-Alpes pour un salaire de 90 à 140 K euros.
(24) Alain Perez, « L’usine à gaz de la recherche française », Les Echos.fr, 17 octobre 2011.
(25) Antonella Corsani « Le conflit des universités (janvier 2009- ?), entretien avec Kamel Tefer in  La revue internationale des livres & des idées, mai-juin 2009, N°11, p 31
(26) Les exemples ne manquent pas dans l’histoire de France depuis le procès de Jeanne d’Arc jusqu’au gouvernement de Vichy...
(27) Bernard Maris. Les sept péchés capitaux des universitaires. Paris, A.Michel, 1991.201 p.
(28) Décret N°2010-664 du 16 juin 2010 modifiant le décret N°90-50 du 12 janvier 1990 instituant une prime d’administration et une prime de charges administratives attribuées à certaines personnels de l’enseignement supérieur, in JORF N°0139 du 18 juin 2010.
(29) Le salaire du directeur de SciencesPô Paris serait de 17.400 euros en 2005 pour atteindre 25.000 euros en 2011, sans compter les primes. Nous sommes loin des salaires et primes des présidents des universités d’Etat selon Jade Lindgaard, « Les dirigeants de Sciences-Po touchent des superbonus », Mediapart.fr, du 15 décembre 2011
(30) Hugues Portelli : « On ne change pas l’université par décret », in Le Figaro, 13 février 2009
(31) Marie-Estelle Pech, « Le budget de cinq universités placé sous surveillance » in Le Figaro du 1er décembre 2011, p 11.
(32)  Voir l’article d’Isabelle Ficek,  « Les dernières universités passent à l’autonomie » in les Echos du 30 décembre 2011 ainsi que celui de Nathalie Brafman et Isabelle Lefebvre, « Autonomie des universités : le piège du budget » in Le Monde du 20 janvier 2012, p 12.
(33)  Christophe Charle, Charles Soulié, « Crise du crédit universitaire. Le gouvernement a appauvri et déclassé la France du savoir » in Le Monde du 20 janvier 2012, Débats, p 21.
(34) Assemblée nationale. Rapport N°3805 fait au nom de la commission des finances sur le projet de loi de finances pour 2012 par le député Gilles  Carrez, Rapporteur général. Annexe 35 : Recherche et enseignement supérieur. Rapporteur spécial : Laurent Hénart,  page 17.
(35) Une affaire s’est greffée sur l’ouverture de l’université  « La Sorbonne » à Abu Dhabi avec la demande d’une commission de 2 millions de $ par un lobbyiste qui aurait servi d’intermédiaire dans cette opération, commission que les saoudiens ne veulent pas payer,  quant à l’université  de Paris IV, elle est dans l’impossibilité juridique de l’honorer.
(36) Jade Lindgaard, « Les dirigeants de Sciences-Po touchent des superbonus », Mediapart.fr, du 15 décembre 2011. Voir l’article de Nathalie Brafman, « Le mandat de trop de Richard Descoings » in Le Monde du 12 janvier 2012, p 14 et l’interview de Richard Descoings par Véronique Soulé in Libération du 31 janvier 2012, pp 16-17.
(37) « Jeunes : la galère du premier emploi », Emission Envoyé Spécial, Antenne 2, diffusée le 16 juin 2011.
(38) Sur la fiabilité des statistiques du ministère de l’éducation nationale voir l’article de  Maryline Baumard, «  Dissimulées ou retardées, les données sur l’école sont jugées peu fiables » in Le Monde du 13 décembre 2011, p 15.
(39) Il y a un directeur de l’école doctorale, un conseil d’école doctorale avec des élus, des crédits pour financer des séminaires, des cours, des missions. Ces écoles doctorales se regroupent à leur tour dans un conseil au sein de l’université, lui-même contrôlé par le conseil scientifique. La création de séminaires au sein de l’école doctorale a soulevé la question de savoir s’il fallait les valider ! Des formations « professionnalisantes » sont parfois proposées. Quel intérêt de proposer un cours de management à un doctorant en littérature ? 
(40)  Isabelle Ficek, « Les fusions des universités d’accélèrent », in Les Echos du 2 janvier 2012.
(41) Hugues Portelli : « On ne change pas l’université par décret », in Le Figaro, 13 février 2009.
(42) Bernard Paulré in  La revue internationale des livres & des idées, mai-juin 2009.
(43) Voir à ce sujet  la pièce de théâtre « Les palmes de M.Schutz » de Jean-Noël Fenwick  et sa version filmée par Claude Pinoteau (1997)
(44) Marie-Estelle Pech. L’Ecole de la triche. L’Editeur, 2011. 250 p. Voir aussi le site Internet sur le plagiat à l’université : www.plagiat-recherche.fr
(45) Pour une typologie voir l’ouvrage d’André  Cabanis & Michel Louis Martin,  L’universitaire dans tous ses états, 2010.  Ils distinguent l’autocrate, (p 134), le débonnaire  équanime (p 137), le technocrate (p 139) et l’expert (p 141)
(46) Frédéric Neyrat, op cit, note 26 page 154.
(47) Lindsay Waters. L’Eclipse du savoir. Paris, éditions Allia, 2008, pp 90-91
(48) Discours prononcé le 10 juillet 2007 à l’assemblée nationale à l’occasion du projet de loi en faveur du travail, de l’emploi et du pouvoir d’achat.
(49) L’ERT  est  fondé par Etienne Davignon en 1983. C’est un think tank  constitué par les 45 plus grandes entreprises dans l’Union européenne. Un “working group”  sur l’éducation a fonctionné de 1987 à 1999 et fait des propositions à la Commission européenne. (voir son site internet : www.ert.eu)
(50) Alain Bentolila : «  Le baccalauréat ou la parodie d’examen » in Le Figaro du 1er juillet 2010
(51) Voir le cas des autres pays européens  dans l’ouvrage de Christophe Charle et Charles Soulié, op cit.
(52) Valérie Pécresse, op cit, p 184.
(53) Michel Crozier, La société bloquée, Paris, Editions du Seuil,  1970, (Coll Politique N°47), p 162.


Références


Ouvrages
Attali,  Jacques (Dir), Pour un modèle européen d’enseignement supérieur, Paris, Stock, 1998.
Brighelli, Jean-Paul, La fabrique du  crétin. La mort programmé de l’école. Paris,  Jean-Claude  Gawsewitch Editeur, 2005. 
Cabanis, André  & Martin, Michel Louis,  L’universitaire dans tous ses états, 2010.
Charle, Christophe, « Introduction : Universités françaises et universités européennes », in Les ravages de la modernisation universitaire en Europe,  Editions Syllepse, 2007, p.22.
 Coignard, Sophie, Comment ils sacrifient l’éducation de nos enfants. Paris, Albin Michel, 2011.
Crozier, Michel, La société bloquée, Paris, Editions du Seuil,  1970, (Coll Politique N°47),
Laux, Claire et Weiss, Isabel Ignare Academy. Les naufrages de l’enseignement. Paris, Nil éditions, 2002. 
Maris, Bernard. Les sept péchés capitaux des universitaires. Paris, A.Michel, 1991.
Neyrat, Frédéric, « Le LMD en France : loin de l’utopie de l’universitas médiévale, les effets d’une réforme économique libérale »  in Les ravages de la modernisation universitaire en Europe,  Dir. Ch.Charle, Paris, Editions Syllepse, 2007, p 153.
Pech, Marie-Estelle. L’Ecole de la triche. L’Editeur, 2011. 
Polony, (Natacha). Nos enfants gâchés. Petit traité sur la fracture générationnelle. Paris, J-C Lattès, 2005. 
Polony, Natacha, Le pire est de plus en plus sûr. Enquête sur l’école de demain. Paris, Mille et une nuit, 2011.
Sallenave, Danièle. Lettres mortes de l’enseignement des lettres en général et de la culture générale en particulier. Paris, Editions Michalon, 1995, p 99.
Schultheis,  Franz; Roca I Escoda, Paul Frantz Cousin, (Dir). Le cauchemar de Humboldt. Les réformes de l’enseignement supérieur européen. Raison d’Agir, 2008.  (Coll. Cours et travaux)
Waters, Lindsay. L’Eclipse du savoir. Paris, éditions Allia, 2008, pp 90-91

Articles de revues
Corsani, Antonella, « Le conflit des universités (janvier 2009- ?), entretien avec Bernard Paulré in  La revue internationale des livres & des idées, mai-juin 2009, N°11. 
Pécresse, Valérie, « Réformer » in revue Etudes, Tome 415, 2011, volume 9, pp 173-184.

Textes de loi et décrets
Loi relative aux libertés et responsabilités des universités, N°2007-1139 du 10 août 2007, in JORF N°185 du 11 août 2007, p. 13468 et suiv.
Décret N°2010-664 du 16 juin 2010 modifiant le décret N°90-50 du 12 janvier 1990 instituant une prime d’administration et une prime de charges administratives attribuées à certaines personnels de l’enseignement supérieur, in JORF N°0139 du 18 juin 2010.
Rapports officiels et discours politiques
Jolion, Jean-Michel, Président du comité de suivi Master, Rapport sur la « Masterisation de la formation initiale des enseignants. Enjeux et bilan » remis à Monsieur Laurent Wauquiez, ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche, le 12 octobre 2011. 43 p.
Allocution du président de la République au Colloque « 15 ans de réforme des universités : quels acquis, quels défis ? », Paris, Université Panthéon-Assas le 26 septembre 2011.
Assemblée nationale. Rapport N°3805 fait au nom de la commission des finances sur le projet de loi de finances pour 2012 par le député Gilles  Carrez, Rapporteur général. Annexe 35 : Recherche et enseignement supérieur. Rapporteur spécial : Laurent Hénart 

Articles de journaux et tribunes
Baumard, Maryline, «  Dissimulées ou retardées, les données sur l’école sont jugées peu fiables » in Le Monde du 13 décembre 2011, p 15.
Bentolila, Alain, « Le baccalauréat ou la parodie d’examen » in Le Figaro du 1er juillet 2010.
Brafman, Nathalie et Lefebvre, Isabelle, « Autonomie des universités : le piège du budget » in Le Monde du 20 janvier 2012, p 12.
Brafman, Nathalie, « Le mandat de trop de Richard Decoings » in Le Monde  du12 janvier 2012, p 14.
Caillié, Alain, Gauchet, Marcel, « Ne bradons pas les diplômes de la licence ! » in Le Monde du 20 janvier 2012,  Débats, p 21.
Charle, Christophe, Soulié, Charles, « Crise du crédit universitaire. Le gouvernement a appauvri et déclassé la France du savoir » in Le Monde du 20 janvier 2012, Débats, p 21.
Delsol, Chantal et Mattéi,  Jean-François: « Sciences Pô Paris ou l’inculture générale » in Le Figaro du 4 janvier 2012 
Ficek, Isabelle,  « Les dernières universités passent à l’autonomie » in les Echos du 30 décembre 2011
Ficek, Isabelle, « Les fusions des universités s’accélèrent », in Les Echos du 2 janvier 2012.
Lindgaard, Jade, « Les dirigeants de Sciences-Po touchent des superbonus », Mediapart.fr, du 15 décembre 2011
Mathieu, Béatrice, « Universités : Mais où est passé l’argent promis ? » in L’Expansion, 5 octobre 2011.
Pech, Marie-Estelle, « La dissertation au bac, chef-d’œuvre en péril », in Le Figaro du 17 juin 2010, p 2.
Pech, Marie-Estelle, « Le budget de cinq universités placé sous surveillance » in Le Figaro du 1er décembre 2011, p 11.
Perez, Alain, « L’usine à gaz de la recherche française », Les Echos.fr, 17 octobre 2011.
Portelli,  Hugues: « On ne change pas l’université par décret », in Le Figaro, 13 février 2009
Soulé, Véronique, « Interview de Richard Descoings » in Libération du 31 janvier 2012, pp 16-17.


Présentation de l’auteur
Patrice Buffotot est docteur d’Etat en sciences politiques (1980), membre du Centre de Recherches Politiques de la Sorbonne (CRPS),Université de Paris 1 (Panthéon-Sorbonne), directeur de l’Observatoire européen de sécurité et de la revue électronique Défense et stratégie.

Pour citer cet article
Patrice Buffotot , La crise du modèle universitaire européen : le cas français, Revue Incursions n° 6, 1er semestre 2012.

Image en début d’article : « La Sorbonne, Université liée à Holloway », photo de Brownie Jay White.