La Congrégation de Notre-Dame de Montréal et la formation des enseignantes (1658-1970)

Congrégation de Notre-Dame

De part et d'autre de l'Atlantique Nord, la discussion au sujet de la formation des maîtres refait surface, en liaison avec celle de l'enseignement scolaire.

Une relation de l'action éducative des religieuses de la Congrégation Notre-Dame de Montréal sur plus de trois siècles, depuis les petites écoles de Marguerite Bourgeois jusqu'à l'implantation de l'enseignement supérieur féminin et la formation des enseignantes. Des innovations audacieuses ont meublé ce parcours, de Ville-Marie à Montréal.

Par Rachel Desrosiers

 

Les premières écoles de Ville-Marie, lieu de gestation d'une pratique éducative novatrice

L'histoire de l'enseignement à Montréal, Ville-Marie sous le régime français, a commencé le 3 avril 1658, date de l'ouverture de la première école. L'institutrice qui accueillit les enfants d'âge scolaire était Marguerite Bourgeoys, une enseignante formée à Troyes en Champagne, et arrivée à Ville-Marie, sur l'île de Montréal, en 1653, en réponse au recrutement du fondateur et premier gouverneur de Montréal, Paul de Chomedey sieur de Maisonneuve. Comme il y avait peu d'enfants en âge de fréquenter l'école à l'arrivée de Marguerite Bourgeoys, celle-ci répondit aux tâches multiples de la jeune colonie, et s'occupa aussi d'enseigner à lire et à écrire aux femmes illettrées. Le 30 avril 1658, Marguerite Bourgeoys emménagea dans une école offerte par le gouverneur et située à l'extrémité nord du fort de Montréal construit en 1647. C'était une ancienne étable désaffectée en pierres et comprenant deux étages : « la bâtisse mesure trente-six pieds [quelque 12 mètres] de long sur seize [environ 5 mètres] de large et s'élève sur une bande de terre de quarante-huit perches. L'étable doit servir de classe pour les petites filles de la colonie et de logement pour les femmes qui y enseigneront » (1). Marguerite Bourgeoys s'y installa avec trois compagnes venues de France, lesquelles s'étaient engagées à vivre en communauté et à enseigner aux enfants des colons français et des familles autochtones. Comme il n'y avait pas encore d'école pour les garçons, l'étable-école a reçu les filles et les garçons de 1658 à 1660.

« En 1663, il y avait près de soixante-dix enfants à Montréal, âgés de cinq à douze ans, dont plus de la moitié étaient des filles » (2). L'étable-école devenait pleinement active. Quelle orientation Marguerite Bourgeoys donna-t-elle à sa première école? Quel en était le programme? Il ne faut certes pas imaginer une école ayant quelque similitude avec celles que nous connaissons, non plus qu'avec les petites écoles de campagne. Marguerite Bourgeoys ayant vraisemblablement été formée par les religieuses de la Congrégation de Notre-Dame de Troyes, dont le fondateur était Pierre Fourrier, a été influencée par ce grand pédagogue qui « était à l'avant-garde du mouvement qui a renouvelé les méthodes d'enseignement en France » (3). De cette influence, les écrits sur Marguerite Bourgeoys ont relevé, entre autres, le soin qu'elle apportait à préparer les jeunes élèves à leur rôle de femme dans la famille, dans l'Église et dans la société, l'encouragement prodigué à ses compagnes pour développer l'œuvre d'éducation dont les femmes ont le charisme (cette dernière idée considérée révolutionnaire a été émise par Fourrier dans les constitutions de la Congrégation de Notre-Dame de Troyes), le souci de coopérer avec les parents, la qualité des relations avec les élèves, le recours aux récompenses plutôt qu'aux punitions, la suppression des paroles abusives telles les expressions « ânesses, bêtes, sottes, mauvaises filles »(4). Le programme d'étude comportait la religion qui n'était pas seulement l'apprentissage du catéchisme, comme on le dit souvent aujourd'hui, mais bien plutôt un enseignement religieux qui marquait toute la vie de l'école, comme la religion imprégnait les divers aspects de la vie sociale. Les enfants apprenaient à lire, à écrire, des rudiments de calcul, et une grande importance était donnée à l'apprentissage et à l'exécution de différents travaux, ceux que Marguerite Bourgeoys appelait « ouvrages honnêtes »(5), des métiers qui permettraient aux élèves de gagner leur vie. L'éducation était gratuite ; pour survivre, les sœurs s'adonnaient à des travaux divers, et leur ferme de Pointe-Saint-Charles fournissait la nourriture.

Après l'école-étable que les gens appelaient communément « la maison de la Congrégation », Marguerite Bourgeoys ouvrit une première mission (6), en 1676 : la Mission de la Montagne où vivaient quelques familles huronnes. L'école était située à l'endroit occupé actuellement par le Grand Séminaire de Montréal, rue Sherbrooke ouest, près de l'avenue Atwater. Les deux tours de pierres qui faisaient partie des fortifications rappellent toujours ce que fut la Mission de la Montagne : les sœurs enseignaient dans l'une des tours et demeuraient dans l'autre. Les sœurs apprenaient à s'adapter aux missions où elles étaient envoyées deux à deux pour ouvrir des écoles. Ainsi on vit croître une chaîne de petites écoles fondées par les sœurs de la Congrégation de Notre-Dame de Montréal, dans les paroisses sises sur la rive nord du fleuve Saint-Laurent, depuis l'île de Montréal jusqu'à l'île d'Orléans : Pointe-aux-Trembles, Boucherville, Sorel, Berthier en Haut, Champlain, Trois-Rivières, Saint-Anne-De-La-Pérade et les missions de Québec dont la Maison de Québec, Château-Richer et Sainte-Famille sur l'île d'Orléans. Un premier pensionnat pour l'instruction et la formation des filles ouvrit ses portes, en 1684, le pensionnat dit de la Maison mère dans le Vieux-Montréal.

La population de Ville-Marie et des environs s'étant accrue, Marguerite Bourgeoys retourna en France pour recruter d'autres compagnes qui, s'ajoutant à celles de la colonie naissante, formaient une petite communauté. Marguerite Bourgeoys entreprit des démarches pour faire reconnaître officiellement sa communauté de religieuses « séculières », c'est-à-dire des religieuses non cloîtrées, libres donc d'aller là où les besoins d'éducation se faisaient sentir. «C'était nouveau dans l'Église catholique romaine, car les évêques, réunis en concile général à Trente, au siècle précédent, ne voulaient que des religieuses cloîtrées» (7). Marguerite Bourgeoys rencontra de très vives oppositions à son projet, notamment de la part de Mgr de Laval qui voulait que la jeune communauté s'associe aux religieuses Ursulines de Québec. Elle défendit son œuvre d'instruction et d'éducation avec détermination, foi et espérance, comptant sur l'appui indéfectible des Sulpiciens qui permirent à la Congrégation de passer le cap de son premier siècle. L'existence de la Congrégation de Notre-Dame de Montréal fut reconnue civilement par des lettres patentes du roi Louis XIV en 1671, mais ce n'est qu'en 1698, moins de deux ans avant la mort de Marguerite Bourgeoys, le 12 janvier 1700, que la fondatrice obtint la reconnaissance officielle de sa communauté religieuse. Le 25 juin 1698, les sœurs prononcèrent des vœux publics en présence de Mgr de Saint-Vallier, dans la chapelle de leur maison mère à Montréal.

Dans le sillage tracé par Marguerite Bourgeoys, l'œuvre d'éducation et d'instruction des jeunes filles de la Nouvelle-France allait connaître d'importants développements durant le siècle qui débutait sous le signe de la Grande Paix de 1701, laquelle avait scellé une entente de non-agression entre les tribus amérindiennes connues des Français Canadiens, soit une grande part de l'Amérique du Nord. Les missions des sœurs de la Congrégation de Notre-Dame s'y multiplièrent. Sous la direction vigilante de la maison mère, les écoles devinrent en quelque sorte des laboratoires où s'accumulaient les expériences d'enseignement.

Toute une tradition pédagogique s'élaborait et se transmettait, constituant le bagage de formation professionnelle des enseignantes. Il a fallu des années pour que, l'expertise s'enrichissant par des études supérieures, les sœurs de Marguerite Bourgeoys puissent développer les premiers programmes de formation des enseignantes à Montréal. Des générations de religieuses de la Congrégation de Notre-Dame de Montréal allaient poursuivre l'œuvre de leur fondatrice et la développer en terre canadienne, amérindienne, américaine, japonaise, africaine et sud-américaine.

L'œuvre de Marguerite Bourgeoys s'est greffée sur l'histoire de Montréal dès ses débuts. Nous avons là un héritage à se remémorer. La plus jeune université francophone de Montréal, l'Université du Québec à Montréal, et notamment sa Faculté des sciences de l'éducation vouée à la formation et au perfectionnement des enseignantes et des enseignants, peut trouver dans l'œuvre de Marguerite Bourgeoys une filière « généalogique » qui situe son appartenance. En effet, la détermination de cette grande éducatrice que fut Marguerite Bourgeoys et celle des religieuses de sa communauté interpellent encore maintenant les personnes qui s'engagent dans la formation et le perfectionnement des enseignantes et enseignants. À l'instar des pionnières de l'éducation et de l'enseignement à Montréal, les professeures et professeurs de la Faculté des sciences de l'éducation ont à relever les défis du présent et à comprendre que la mission éducatrice requiert un engagement aussi total aujourd'hui qu'il y a trois cent cinquante ans.

Un encadrement paroissial et gouvernemental pour les institutions d'enseignement

Le passage du régime français à la domination anglaise, après 1763, avait ébranlé le développement de l'enseignement dans la colonie. Le besoin d'écoles primaires était contré par l'impossibilité de recruter du personnel enseignant en France et par les recrues canadiennes insuffisantes pour la tâche à accomplir. En 1790, la population de Montréal était passée à 18.000 personnes, non pas tellement à cause de l'immigration, mais plutôt du taux de natalité. «Lors d'une enquête sur l'éducation faite en 1789, des gens se plaignent de la pénurie d'écoles primaires et de maîtres, on souligne que les habitants [les agriculteurs] ignorent malheureusement l'usage des lettres et ne savent ni lire ni écrire»(8). Néanmoins le pourcentage des illettrés restait légèrement supérieur en France. Mgr Plessis proposa aux curés des paroisses du Québec l'établissement d'écoles francophones et catholiques dans les paroisses pour amoindrir l'influence des écoles protestantes anglophones, aussi bien, sinon plus encore, celle des écoles de l'Institution Royale de 1801, bilingues, mixtes et neutres quant à la religion. À cet effet, la Loi des écoles de fabrique paroissiales fut sanctionnée en 1824, qui connut d'heureux résultats. En 1829, la Loi des Écoles d'assemblée autorisa les contribuables à construire des écoles et à en assumer la direction, loi qui fut en vigueur jusqu'en 1836.

Aucun organisme gouvernemental n'orientait l'enseignement public avant la deuxième moitié du dix-neuvième siècle ; celui-ci était majoritairement laissé à l'initiative des religieuses enseignantes en ce qui a trait aux filles. Le Bas-Canada procéda à une première structuration du système scolaire en nommant le Dr Jean-Baptiste Meilleur surintendant de l'Instruction publique en 1842. Il restera en poste jusqu'en 1855. Un certain nombre de lois furent alors sanctionnées, dont celle de 1849 qui précisait les pouvoirs du surintendant et créait des commissions d'examens pour les futurs enseignants, et la loi de 1851, dite «loi des inspecteurs», qui implantait un organisme de contrôle de l'enseignement par la nomination de vingt-quatre inspecteurs. En 1856, le Conseil de l'Instruction publique fut créé. Les travaux du Dr Meilleur apportèrent un éclairage sur les écoles du système scolaire de cette époque.

Les écoles publiques et les pensionnats pour jeunes filles

L'encadrement des institutions d'enseignement était bénéfique, cependant le besoin de ressources additionnelles pour l'éducation et l'instruction des filles en âge de fréquenter l'école se faisait grandement sentir. À la suite d'un premier voyage en Europe de Mgr Bourget, évêque de Montréal, une relève française arriva en 1842, avec la venue des Dames du Sacré-Cœur, puis de la communauté des Sœurs Sainte-Croix et celle des Filles-de-la-Sagesse, en 1847. De plus, des congrégations de vie consacrée, orientées vers l'enseignement, se fondèrent à Montréal : les Sœurs de la Providence, en 1843, avec Émilie Tavernier Gamelin pour l'enseignement aux aveugles, aux sourds-muets et aux enfants retardés ; les Sœurs des Saints Noms de Jésus et de Marie, en 1844, avec Eulalie Durocher pour l'instruction des enfants au primaire à l'extérieur des villes ; les Sœurs de Sainte-Anne, en 1850, avec Esther Blondin pour l'instruction des enfants pauvres des deux sexes. Ces nouvelles congrégations s'ajoutaient à l'œuvre qu'exerçaient déjà les Sœurs de la Congrégation de Notre-Dame depuis 1658. La croissance des effectifs religieux contribua à l'ouverture de plusieurs écoles publiques et pensionnats pour jeunes filles.

Les institutions nouvelles se conformaient, en général, au système scolaire officiellement reconnu par le Conseil de l'Instruction publique, système qui comprenait trois niveaux d'enseignement : l'école primaire élémentaire avec quatre années de formation, l'école modèle avec deux années et le niveau académique avec trois années. Le cycle complet d'études primaires était donc de neuf années. En 1923, les programmes du cours primaire élémentaire furent portés à six années d'études, suivi du cours primaire complémentaire d'une durée de deux ans ; en 1929, un cours primaire supérieur de trois ans haussa le cycle d'études primaires à un total de onze ans. Peu de filles complétèrent le cycle. Le degré secondaire offrait, depuis 1921, à l'intention des garçons, un enseignement public, et non plus seulement privé, donnant accès à l'université. Les congrégations féminines avaient refusé de s'associer aux congrégations masculines, dans leur lutte contre les clercs des collèges classiques pour déprivatiser l'enseignement secondaire long.

Les programmes d'étude incluaient toujours l'enseignement du catéchisme. Mgr de Saint-Vallier, deuxième évêque de Québec, avait promulgué le grand et le petit catéchisme, et plusieurs autres versions existèrent par la suite, dont le Petit catéchisme de Québec publié après le premier concile provincial de 1851 et la version Catéchisme qui a été en vigueur de 1888 à 1951 (9). Depuis 1905, en accord avec le programme officiel des écoles catholiques francophones, des congrégations masculines enseignaient de la Bible et de l'histoire de l'Église en complément du catéchisme, et de façon exclusive au second degré après 1923. Outre l'enseignement religieux, les programmes étaient plutôt élémentaires. Les grandes villes, dont Montréal, offraient des programmes maison de niveau primaire supérieur, enrichis de nouvelles matières: « géographie, langues, arts d'agrément, musique, dessin et couture » (10). Quant aux écoles publiques qui recevaient la clientèle moins aisée, elles étaient moins bien desservies. Montréal comptait à cette époque deux pensionnats dont l'excellence était reconnue : Villa Maria fondé en 1854 et le Mont Sainte-Marie en 1860. Sous la direction des Sœurs de la Congrégation de Notre-Dame, ces deux institutions accueillaient l'élite de la société qui aspirait à des études supérieures. Au Mont Sainte-Marie, des universitaires donnaient des cours de littérature, de philosophie et de sciences aux élèves et aux religieuses. Les jeunes filles des divers pensionnats de la ville et les religieuses de plusieurs communautés étaient invitées à suivre les conférences données par des professeurs de l'Université de Montréal. Cette première initiation allait éveiller le goût pour des études universitaires.

L'ouverture des premières écoles normales de Montréal, 1857 et 1899

En l'absence d'institutions pédagogiques, l'État avait confié la formation des futures institutrices aux religieuses de la Congrégation de Notre-Dame pour Montréal et les environs et aux religieuses Ursulines pour les villes de Québec et de Trois-Rivières. «Après 1857, les institutrices laïques eurent l'obligation de subir un examen devant l'un des Bureaux d'examinateurs organisés à Québec et à Montréal, d'après la loi de 1846, pour obtenir un diplôme de capacité permanent. Les aptitudes pédagogiques faisaient partie des points que le Rapport de l'Inspecteur devait souligner» (11). En 1857, deux Écoles normales d'État s'implantèrent à Montréal, soit l'École normale Jacques-Cartier et l'École normale Mc Gill, constituante de l'Université Mc Gill fondée en 1821 ; ces institutions recevaient les garçons, exception faite pour la dernière qui admettait aussi les jeunes filles francophones. Dans les faits, les Bureaux des examinateurs étaient la seule voie d'accès à l'enseignement pour les jeunes filles. Ils n'exigeaient aucune formation pédagogique, tout au plus des connaissances complémentaires à celles déjà acquises à l'École primaire supérieure.

Un éclairci devait se faire jour quant à l'accession des filles à une formation pédagogique. Le mythe selon lequel un bagage d'habiletés naturelles pouvait justifier la compétence à enseigner ne tenait plus la route, l'enseignement efficace étant à la fois un art et une science. De plus, l'inégalité des chances des jeunes filles à l'acquisition d'une formation pédagogique avait trop longtemps duré. Les Sœurs de la Congrégation de Notre-Dame ouvrirent, en 1899, l'École normale Jacques-Cartier pour filles sise dans les locaux de leur maison mère, rue Saint-Jean-Baptiste. Un arrêté en Conseil, approuvé par le Lieutenant Gouverneur Sir L. A. Jetté le 9 juin 1899, est rapporté ainsi: «Les Sœurs de la Congrégation acceptaient de recevoir et de pensionner cent jeunes filles au couvent de la rue Saint-Jean-Baptiste, moyennant une allocation de quatre mille cinq cents dollars pour le logement, les honoraires de deux professeurs, et cent bourses de douze dollars chacune. L'Abbé Verreau fut nommé principal» (12). Un second arrêté en Conseil, daté du 5 octobre 1899, est rapporté ainsi: «Sœur Saint-Anaclet, maîtresse générale des études, fut nommée directrice de l'École normale de Montréal, section des filles et neuf religieuses lui furent adjointes. M. McGown, inspecteur, devint le professeur de pédagogie et M. Delahaye, enseigna la diction» (13).

L'Histoire de la Congrégation de Notre-Dame (14) fournit la liste des matières au programme de formation des futures enseignantes, les normaliennes, et la distribution des tâches pour l'année 1908-1909 : l'abbé Nazaire Dubois, principal et professeur d'apologétique ; Sœur Saint-Isaïe, directrice ; Sœur Saint-Liguori, mathématiques et sciences ; Sœur Sainte-Yolande, histoire et géographie ; Sœur Saint-Mildred, anglais ; Sœur Sainte-Marie-Ananie, anglais et solfège ; S œ u r S a i n t e - Cordule, coupe et couture ; Sœur Ste-Marie-Dorothée, grammaire et littérature ; Sœur Sainte-Fortunate, cours préparatoire ; S œ u r - S a i n t e - Jeanne-de-Jésus, dessin ; Sœur-Saint-Gérard, directrice de l'école d'application ; J.-O. Cassegrain, pédagogie théorique ; P. Colonnier, diction française.

De plus, un aperçu du soin qu'apportaient les Sœurs de la Congrégation de Notre-Dame à la rédaction des manuels scolaires nous a été transmis par le biais de considérations d'ordre méthodologique adressées à l'abbé Adélard Desrosiers, principal de l'École normale Jacques-Cartier. L'extrait d'une lettre de sœur Sainte-Anne-Marie, datée du 10 avril 1917, se lit ainsi :

« J'ai l'honneur de vous adresser le «Cours d'Histoire de France » et « Le premier livre des enfants », pour lesquels notre Congrégation désire obtenir l'approbation du Comité catholique, en mai prochain.

Les raisons qui nous ont engagées à compiler le « Cours d'Histoire de France » sont les suivantes:

Présenter aux élèves un manuel « tout à fait en rapport avec le programme et les directions pédagogiques des « Règlements refondus en 1915 ».

Élaguer tout ce qui est compliqué ou accessoire pour des élèves non encore en mesure de débrouiller des questions savantes ou qui demandent des lectures étendues de la part des professeurs.

Raconter les événements d'une façon très claire et très nette; « les ressusciter », comme disait Michelet, par la vivacité du récit et la simplicité du style.

Accompagner chaque leçon de gravures, de cartes, d'aperçus sommaires, de tableaux synoptiques, de questionnaires qui concrétisent mieux les faits et les impriment dans l'esprit des élèves.

Rattacher l'Histoire du Canada, dans ses grandes lignes, à l'Histoire de France et aider ainsi l'esprit à classer ses connaissances.

Répondre à un désir souvent exprimé par les officiers du Comité catholique qui ont bien voulu nous assurer que les manuels d'Histoire de France, d'Histoire d'Angleterre et d'Histoire ancienne, peu volumineux et en rapport avec les programmes des « Règlements » combleraient une lacune dans les livres scolaires.(...)

« Le premier livre des enfants » sollicite aussi votre encouragement, à son tour, il vous présente ses raisons:

Les illustrations qu'il contient sont un aide-mémoire si bien que l'élève retrouve seule la valeur de la lettre, si elle vient à l'oublier ou à la confondre avec une autre.

Les lettres qui ont de l'analogie soit par leur forme soit par la manière de les prononcer, sont espacées de quelques leçons afin que les enfants ne les confondent pas.

En général, chaque leçon n'offre qu'un élément nouveau, de sorte que l'élève qui a appris une leçon peut lire la seconde, dès que ce second élément lui a été enseigné. Il n'est peut être pas téméraire de dire que la gradation y est bien observée.

Les phrases sont courtes et à la portée des élèves: ce qui permet de les leur faire raisonner. Elles apprennent ainsi à distinguer les noms, les adjectifs, les verbes.

Une expérience de trois ans, faite dans un manuel d'essai, a donné les résultats les plus satisfaisants (...) » (15).

Dans le même contexte, nous reproduisons un extrait d'une lettre de M. l'abbé P. Perrier, visiteur des Écoles Catholiques de Montréal, écrite après la lecture du manuscrit Histoire de l'Église du Canada, « ENREGISTRÉ conformément à l'Acte du Parlement du Canada, par les Sœurs de la Congrégation de Notre-Dame de Montréal, en l'année 1908, au bureau du Ministre de l'Agriculture »(16):

« Ma révérende Sœur,

Le manuscrit de l'Histoire de l'Église du Canada que je viens de parcourir m'a vivement intéressé. (...) Vous avez voulu réunir comme en un faisceau tous les traits épars de la bonté divine qui se manifestent dans notre passé; et les horizons que vous nous laissez apercevoir prouvent bien que la société religieuse est une force sociale et civilisatrice. (...) Il y a deux phases dans l'histoire de l'Eglise au Canada. Elles évoluent dans les deux grandes périodes de la domination française et de la domination anglaise. Quand il y avait union entre l'Église et l'État jusqu'en l'année 1760, rien de la part du pouvoir ne s'opposait généralement à la diffusion de la foi; et vous avez fait ressortir le succès des missions prêchées aux Sauvages et les sages mesures prises pour n'envoyer au Canada que des colons catholiques, pieux et édifiants; (...) Plus tard, la séparation se fit entre la société civile et l'Eglise de Rome, quand le drapeau blanc « ferma son aile et repassa les mers. » (...) La jeunesse étudiante trouvera donc grand profit à méditer ces pages »(17).

En 1899, fin de la première année académique de l'École normale Jacques-Cartier pour filles, quatorze diplômes ont été décernés; en juin 1901, quarante et un et en 1928, mille trois cent cinquante-neuf. On peut constater qu'il a fallu un temps de transition pour que les mentalités s'ajustent au fait de devoir payer des frais de pension dans une institution privée pour obtenir un brevet d'enseignement, alors que les Bureaux d'examinateurs n'exigeaient qu'un examen pour décerner un brevet de capacité. Cependant, dès 1913, l'École normale nécessitait un espace plus vaste pour loger ses élèves pensionnaires ; elle déménagea dans une construction toute neuve, sise rue Sherbrooke ouest, coin Atwater. Par ailleurs, d'autres communautés religieuses enseignantes de la région de Montréal avaient ouvert des écoles normales privées, et non subventionnées, pour jeunes filles. Ces centres de formation pédagogique ont vu graduer des milliers d'enseignantes bien qualifiées, en mesure de desservir les écoles de Montréal et d'ailleurs dans la province : l'école normale Basile-Moreau des sœurs Sainte-Croix, l'École normale de Dorval des Filles-de-la-Sagesse, l'école normale Eulalie Durocher des sœurs des Saints-Noms de Jésus et de Marie, l'école normale Cardinal-Léger des sœurs de Sainte-Anne, l'école normale De-La-Jemmerais des sœurs Grises de Montréal. Le 25e anniversaire de fondation de l'École normale Jacques Cartier pour filles fut souligné par un événement important : «Sur proposition de l'Honorable Surintendant de l'Instruction publique, on y organisa le premier Congrès pédagogique »(18). L'École normale Jacques-Cartier pour filles prit plus tard le nom d'École normale Notre-Dame et, quand elle ferma ses portes, sa clientèle étudiante fut accueillie par l'École normale de l'Institut pédagogique.

Vers l'accession des jeunes filles à l'enseignement supérieur

Le mouvement féministe américain qui marqua le Québec au début du vingtième siècle fut un facteur important en faveur de l'enseignement supérieur pour les filles. La base des revendications des féministes n'était-elle pas le droit à l'éducation supérieure pour les femmes ? Cette quête était fortement ressentie par bon nombre de jeunes filles qui aspiraient à des études supérieures, tout comme les garçons pouvaient le faire en fréquentant les collèges classiques donnant accès aux professions libérales. Il ne sera pas facile d'ouvrir une brèche dans les mentalités fermées de certains dirigeants, tant laïcs que cléricaux, en ce qui a trait à l'éducation supérieure des jeunes filles. Il faudra que se lèvent des femmes remarquables dont l'esprit créateur n'aura d'égal que leur audace inébranlable. Elles existaient ces femmes, et elles allaient revendiquer.

Une première voix fut celle de Madame Gérin-Lajoie, membre de la Fédération nationale de la Saint-Jean-Baptiste, association fondée en 1902 par des femmes montréalaises. Elle écrivit à sœur Sainte-Anne-Marie, directrice du Mont Sainte-Marie où étudiait sa fille Marie, pour demander aux sœurs de la Congrégation de Notre-Dame d'ouvrir un collège classique pour jeunes filles : «Ma sœur, il est de toute nécessité que votre communauté ouvre à Montréal une maison d'études supérieures pour les jeunes filles»(19). Les religieuses et le clergé ne demeurèrent pas indifférents au fait que certaines jeunes filles poursuivaient des études supérieures en Europe, aux États-Unis ou à McGill, université anglophone et protestante.

Les autorités de la Congrégation de Notre-Dame confièrent le projet de fondation d'un collège classique pour filles à sœur Sainte-Anne-Marie : «Une pionnière tenace » (...). «Toute sa vie, elle repoussa les limites que la société imposait à l'instruction des jeunes Canadiennes françaises» (20). Il importait de donner accès à l'université aux femmes d'ici et, pour ce faire, l'ouverture d'un collège classique était la première étape à franchir ; la seconde sera la fondation d'une École normale supérieure pour jeunes filles. Sœur Sainte-Anne-Marie entreprit les démarches officielles en vue de la création d'un collège classique pour filles. L'autorisation fut sollicitée d'abord auprès de Mgr Bruchési, archevêque du diocèse de Montréal, auprès des évêques du Québec, de Sir Lomer Gouin, premier ministre, et de M. Boucher de La Bruère, surintendant de l'Instruction publique. Les réponses furent positives et les témoignages d'encouragement éloquents. Il restait une dernière démarche à entreprendre pour affilier l'École d'enseignement supérieur à l'Université Laval qui avait une annexe à Montréal. La demande fut adoptée le 11 septembre 1908 par une résolution du Conseil de l'Université, formulée en ces termes : «Monsieur l'abbé Pelletier propose et il est résolu que l'École d'enseignement supérieur pour les jeunes filles de Montréal, soit affiliée à l'Université Laval, à la condition que les cours se donnent et que les examens se passent tel qu'indiqué dans le programme ad hoc communiqué à l'Université par les Dames Religieuses de la Congrégation de Notre-Dame qui ont charge de cette école» (21).

L'inauguration officielle de l'École d'enseignement supérieur, en 1908

L'inauguration officielle du premier collège classique pour jeunes filles eut lieu le 8 octobre 1908, soit deux cents ans après l'ouverture du premier collège classique pour garçons, le Collège des Jésuites de Montréal. L'École d'enseignement supérieur logeait à la Maison mère de la Congrégation de Notre-Dame, 3040 ouest, rue Sherbrooke. L'inauguration officielle se déroula sous la présidence de Mgr Dauth, vice-recteur de l'Université Laval, et en présence de l'élite de la société de Montréal. Parmi les nombreux discours qui ont été prononcés, voici un extrait de celui du chanoine Georges Gauthier qui avait soutenu sœur Sainte-Anne-Marie dans ses démarches; il lui revenait de faire la présentation de la nouvelle école au vice-recteur de l'Université Laval à Montréal :

«La nouvelle école, dont les religieuses de la Congrégation ont demandé au Conseil universitaire l'affiliation, est une École d'enseignement supérieur pour les jeunes filles. L'on s'y propose de prendre la jeune fille au terme de son cours de couvent et de pousser plus avant et plus loin sa culture intellectuelle. Quelque bonne volonté que l'on y mette, les études de la première enfance sont forcément superficielles. (...) Plus profonde est la secousse donnée à l'esprit par la seconde éducation. L'esprit est mûr pour le développement définitif qui fixera ses habitudes essentielles et assurera son progrès. L'on a même l'ambition d'attirer à la nouvelle École les personnes du monde dont la formation intellectuelle semblerait arriver à la maturité et qui gardent encore, au milieu de leurs obligations sociales, le noble souci de se cultiver. Il y aura en effet au programme des conférences libres qui ne seront pas utiles qu'aux élèves : elles auront une portée plus générale et ne manqueront pas d'intéresser les auditrices sérieuses. (...) Nos programmes sont aujourd'hui plus étendus. Nos trois sections des lettres, des sciences et du commerce alignent des titres et des sous-titres dont le nombre, au premier aspect, ne manque pas d'effrayer. Au bagage restreint d'autrefois, nous avons l'air d'avoir substitué un armement plus lourd et plus compliqué» (22). Dans les Annales de la maison mère, gardiennes de l'histoire de la communauté, on pouvait lire : «L'École supérieure n'est pas une œuvre isolée, c'est le complément de l'œuvre de Marguerite Bourgeoys. Si elle était vivante au milieu de nous, la vénérable Fondatrice répondrait aux besoins du temps, et notre empressement à le faire prouve que son esprit est demeuré dans sa Congrégation» (23).

La première cohorte d'étudiantes inscrite au premier collège classique féminin

Le jeudi, 12 octobre 1908, les premières étudiantes se présentèrent au collège classique, elles étaient au nombre de quarante : vingt-cinq inscrites à des cours spéciaux de littérature, piano ou dessin, et quinze au cours ordinaire, douze francophones et trois anglophones : Marie Gérin-Lajoie, graduée du Mont Sainte-Marie, Georgette LeMoyne, graduée du Mont Sainte-Marie, Yvette Charrette, du couvent d'Hochelaga, Florence Fernet, de l'Académie Saint-Denis, Léonie Bélanger, de l'Académie de la Visitation, Jeanne et Cécile Mignault, du couvent de la Présentation de Marie, Thérèse Surveyer, du couvent des Dames du Sacré-Cœur, Blanche Lamontagne, du Mont Sainte-Marie, Marie-Antoinette Desnoyers, de Villa-Maria, Anne-Marie Lahaie et Yvonne Martineau, des écoles de la ville, Ethel Crossan, de Villa-Maria, Cécile Quirk,Winefred Tait, du Couvent des Dames du Sacré-Cœur.

L'année suivante, à l'ouverture des cours le 30 novembre 1909, l'École d'enseignement supérieur comptait quatre-vingt-douze étudiantes: 22 au cours régulier, 35 au cours de commerce, les autres à différents cours spéciaux. Les grades académiques étaient le baccalauréat ès lettres, le baccalauréat ès sciences, le baccalauréat ès arts. La direction des cours était assurée par sœur Sainte-Anne-Marie, professeure au Mont Sainte-Marie depuis vingt-six ans et détentrice d'une licence en lettres de l'Université Laval à Montréal ; sœur Sainte-Agnès-Romaine, professeure à Villa-Maria, était en charge de la section anglophone. À la liste des vingt-deux professeurs invités, s'ajoutaient douze religieuses de la Congrégation de Notre-Dame pour constituer la première équipe de professeurs.

La première cohorte d'étudiantes ordinaires se présenta aux examens en juin 1910 ; quarante étudiantes réussirent les examens collégiaux. «Marie Gérin-Lajoie avait parcouru tout le cycle d'études réservées aux jeunes gens : philosophie, latin, mathématiques et elle se présenta aux examens du baccalauréat. Elle réussit avec grande distinction. L'université Laval lui décerna le grade de «bachelier ès arts» et non «bachelière». Qui plus est, Marie Gérin-Lajoie s'était classée première aux examens provinciaux, mais elle ne reçut pas le «Prix Colin». Ce prix prestigieux fut attribué au garçon arrivé second. C'est dire qu'il y aura encore bien des chemins à parcourir, des injustices à dépasser pour la reconnaissance entière et effective du droit des femmes aux études supérieures» (24)! Qu'importent les embûches, l'École d'enseignement supérieur avait connu une évolution remarquable. Ce premier collège féminin classique prit le nom de Collège Marguerite-Bourgeoys en 1926. Sœur Sainte-Anne-Marie pouvait maintenant concentrer ses énergies à parfaire l'œuvre de prédilection de la Congrégation de Notre-Dame : la fondation d'une École normale supérieure pour les jeunes filles.

La création d'une École normale supérieure pour les jeunes filles

En avril 1913, sœur Sainte-Anne-Marie fut nommée à la direction du Bureau général des études, fonction qui lui conférait la responsabilité du volet enseignement dans toutes les institutions de sa Communauté ; en même temps, une de ses compagnes du Mont-Sainte-Marie, sœur Sainte-Marie-Joséphine, était élue supérieure générale de la Congrégation. Ces deux femmes d'envergure croyaient que le temps était venu de créer une école normale supérieure pour les jeunes filles. L'archevêque de Montréal leur donna pleine approbation quant aux démarches à faire auprès des autorités religieuses et civiles. La liste des personnes à contacter était longue, mais sœur Sainte-Anne-Marie ne tarda pas à les rejoindre. À Québec, le projet fut présenté à l'honorable Boucher de la Bruère, surintendant de l'Instruction publique, qui encouragea l'initiative et demanda que soit rédigé un mémoire sur le projet. Le 28 octobre 1913, un Mémoire fut soumis à Mgr Bruchési et à l'abbé Narcisse Troie du Séminaire de Saint-Sulpice ; en mai 1914, au Comité catholique, puis au recteur de l'Université Laval, au vice-recteur de l'Université de Montréal, à l'honorable premier ministre provincial Sir Lomer Gouin et à l'honorable Jérémie Décary, secrétaire de la Province. Les autorités gouvernementales n'autorisèrent pas le projet.

Les conférences pédagogiques, 1917 à 1925

L'autorisation d'ouvrir une École normale supérieure tardant à venir, sœur Sainte-Anne-Marie ne perdit pas son temps ; elle inaugura, en 1917, un cours de pédagogie sous forme de conférences hebdomadaires avec sanctions d'examens et de diplômes. Le certificat de compétence pédagogique était décerné après deux ans, et le diplôme supérieur de compétence pédagogique après trois ans. Les cours étaient subventionnés par la commission scolaire de Montréal, et ils s'adressaient aux religieux, au personnel enseignant laïque et aux religieuses des diverses communautés enseignantes de Montréal. «De distingués conférenciers intervinrent tour à tour : Mgr Georges Gauthier, recteur de l'Université de Montréal, monsieur l'inspecteur Charles-J. Magnan et monsieur J.-P. Labarre, messieurs les abbés Émile Chartier, Joseph-Oscar Maurice et Lamirande, le frère Gareau, CSV et monsieur A.C. Miller» (25).

Les conférences pédagogiques connurent un indiscutable succès ; elles donnèrent lieu à un nouveau programme pour desservir la clientèle des enseignantes des écoles primaires, programme qui comportait des examens écrits et oraux et s'étendait sur trois années régulières. «Le 30 octobre 1920, plus de soixante-dix certificats de compétence pédagogique furent remis à des Sœurs Sainte-Croix, des Saints-Noms de Jésus et de Marie et de la Congrégation de Notre-Dame» (26). En décembre 1921, la première collation des diplômes supérieurs en pédagogie fut présidée par Mgr Georges Gauthier, administrateur apostolique, en présence de nombreuses personnalités. Les récipiendaires du diplôme supérieur en pédagogie «avaient assisté à soixante conférences anglaises ou françaises, elles avaient traité dix sujets de composition et expliqué quatre textes pédagogiques. De plus, elles avaient étudié les Règlements du Comité catholique, le Manuel de Monseigneur Ross et subi sept examens. Enfin, elles avaient rédigé un mémoire sur un sujet pédagogique et l'avaient soutenu devant un jury à l'Université de Montréal. Soixante-neuf religieuses enseignantes et vingt-neuf institutrices laïques reçurent un diplôme supérieur de pédagogie. D'autres, soixante-dix religieuses et quatre cent cinquante institutrices laïques, reçurent un certificat de compétence pédagogique» (27).

La fondation d'un Institut pédagogique par la Congrégation de Notre-Dame de Montréal, en 1926

La loi relative à l'établissement d'un Institut pédagogique à Montréal fut sanctionnée le 15 mars 1924. Les programmes de pédagogie mis en œuvre dès l'ouverture avaient été approuvés en 1923 et ils donnaient accès, dépendamment de la durée des études, soit au diplôme supérieur de pédagogie, soit aux grades universitaires : baccalauréat, licence et doctorat en pédagogie. Ces programmes s'inspiraient de ceux des universités de Louvain, de Fribourg, de Genève et de l'Université du Sacré-Cœur de Milan, universités que sœur Sainte-Anne-Marie et sœur Sainte-Marie-Élisa, collaboratrice pour la section anglaise, avaient visitées lors d'un séjour de plusieurs mois en Europe. Le voyage leur avait aussi permis de prendre contact avec des écoles primaires, secondaires et supérieures en Italie, en Suisse, en Belgique, en Allemagne, en France et en Angleterre, ce qui enrichissait leur expérience pédagogique. Une audience spéciale avec le pape Pie X1 réconfortera sœur Sainte-Anne-Marie quant au bien-fondé de l'ouverture de l'Institut pédagogique de Montréal. «...Vous avez reçu la vocation par excellence. Enseignez, DOCETE» lui avait dit le Pape ; ce sera la devise du futur institut : «Auspice Maria Docete»(28).

La construction de la bâtisse de l'Institut pédagogique dura un peu plus d'un an. Elle allait loger, outre les étudiantes de l'Institut pédagogique, celles de l'École supérieure qui occupaient des locaux de la maison mère, rue Sherbrooke, depuis 1908. L'École supérieure a pris alors le nom de Collège Marguerite-Bourgeoys. Le vaste édifice de style classique, situé sur le versant sud-ouest du Mont-Royal, rappelait l'architecture de l'Université d'Athènes inaugurée en 1837. Au fronton de l'édifice, fut gravée l'inscription «INSTITUT PÉDAGOGIQUE» ; ce caractère spécifique de l'institution était, en 1926, unique au Canada.

L'ouverture des cours eut lieu le 29 septembre 1926, et trente-quatre jeunes filles s'étaient inscrites au programme d'études en pédagogie qui sera affilié à l'Université de Montréal. Le 29 octobre, ce fut l'ouverture officielle de l'Institut pédagogique de Montréal. Treize années s'étaient écoulées depuis la demande de fondation d'une École supérieure de pédagogie pour les jeunes filles et les religieuses enseignantes. Que de détermination, de lucidité et de travail furent requis pour rendre possible la fondation d'un Institut pédagogique! La solennité de la cérémonie d'ouverture fut rehaussée par la remise à sœur Sainte-Anne-Marie, des «Palmes académiques de l'Instruction publique», honneur décerné par le gouvernement français à sœur Sainte-Anne-Marie, la fondatrice de l'Institut pédagogique de Montréal et du premier collège classique féminin. Mgr Piette, recteur de l'Université de Montréal, prononça le discours officiel dont voici des extraits :

«Je suis chargé aujourd'hui, par le gouvernement français et pour le consul de France au Canada, ainsi que pour un groupe de professeurs qui ont suivi l'œuvre admirable qu'elle a faite, (...) de remettre à sœur Sainte-Anne-Marie, les Palmes académiques, (...) Il est facile de comprendre que le gouvernement français a eu deux motifs en vue en envoyant cette décoration à la révérende sœur. Le premier, c'était pour rendre un hommage public au dévouement des premières religieuses éducatrices de la Nouvelle-France, aux ouvrières de la première heure dont le dévouement apostolique a été le flambeau de l'histoire canadienne. Marguerite Bourgeoys et ses religieuses, par leurs écrits et leur enseignement, ont été les artisanes de la survivance française la plus pure sur cette terre de l'Amérique du Nord. Le gouvernement français aura aussi voulu reconnaître le mérite d'une grande éducatrice, la révérende sœur Sainte-Anne-Marie» (29).

La remise de la décoration fut suivie par une allocution de Mgr Deschamps, évêque auxiliaire de Montréal, puis une Bénédiction du Très Saint-Sacrement eut lieu dans le hall d'entrée, motif central de l'architecture de la toute nouvelle construction. Le surintendant de l'Instruction publique, dans son Rapport 1925-1926, rappela l'ouverture de l'Institut pédagogique, en soulignant «la tenue architecturale qui fait honneur au talent des nôtres. L'événement méritait une mention spéciale car il marque un tournant vers les sommets dans la marche de notre enseignement primaire. Sans conteste, le gouvernement a acquis des titres à l'admiration et à la reconnaissance» (30) puisqu'il avait assuré l'existence de cette institution.

La constitution et l'affiliation de l'Institut pédagogique à l'Université de Montréal

Le 10 mars 1927, l'Institut pédagogique était affilié à l'Université de Montréal. Le texte de la constitution, signé le même jour, portait sur les points suivants :

l. Définition

L'Institut pédagogique est une école normale supérieure de pédagogie pour la formation plus complète du personnel enseignant féminin, tant religieux que laïque.

II. Objet

On y enseigne: a) la théorie et la pratique de la pédagogie. b) les connaissances propres à assurer à l'enseignement primaire un personnel enseignant de premier ordre et capable d'élever le niveau des études dans la province de Québec.

lll. Admission

Sont admises à l'Institut pédagogique les personnes munies :

a) du brevet supérieur des Écoles normales primaires de la province de Québec;

b) du même brevet obtenu au Bureau central des examinateurs catholiques, (Québec);

c) du certificat final du cours de lettres-sciences (Université de Montréal);

d) de l'attestation du cours supplémentaire des couvents (Université Laval);

e) du baccalauréat ès lettres, ou ès sciences, ou ès arts de l'Université de Montréal, ou d'une autre université reconnue par l'Université de Montréal;

f) de certificats, diplômes et grades, justifiant, devant l'Université de Montréal, d'études équivalentes.

lV. Brevet (Diplôme supérieur (31)) et grades en pédagogie

L'Université de Montréal décerne aux élèves de l'Institut qui ont satisfait aux conditions requises:

A. Le brevet supérieur (diplôme supérieur) en pédagogie

B. Les grades universitaires: 1) baccalauréat; 2) licence; 3) doctorat.

Brevet supérieur (diplôme supérieur) en pédagogie.

Le brevet (diplôme) supérieur est accordé aux élèves admises selon l'article III, après une année d'études à l'Institut ou son équivalent.

Les grades universitaires.

1.) Baccalauréat. Le baccalauréat (en pédagogie) est accordé aux personnes qui possèdent le baccalauréat classique uni au brevet (diplôme) supérieur en pédagogie.

2.) Licence. La licence (en pédagogie) s'obtient :

a) Après un cours de deux années, pour les personnes qui

possèdent le baccalauréat classique;

b) Après une année, pour celles qui détiennent le baccalauréat pédagogique.

3) Doctorat. Les licenciés en pédagogie peuvent se présenter au doctorat, un an au moins après l'obtention de la licence.

V. Examens

Tous les examens de l'année pédagogique (15 septembre au 15 juin) se passent sous la présidence d'un jury que désigne l'Institut, après entente avec l'Université de Montréal.

VI. Programme

Diplôme supérieur

Le programme du cours régulier est le suivant :

La religion. Explication des vérités fondamentales; dogme et morale;

La philosophie. Logique, psychologie, morale;

La méthodologie de chaque discipline en rapport a) avec les écoles maternelles; b) les écoles primaires; c) les écoles complémentaires;

La législation scolaire et l'organisation des écoles;

La langue première : a) grammaire, morphologie, syntaxe, ponctuation; b) vocabulaire, dérivation, composition de mots; c) diction et prononciation; d) lecture expliquée; e) composition et histoire littéraires.

La langue seconde : a) grammaire, morphologie, syntaxe, ponctuation; b) vocabulaire, dérivation, composition de mots; c) diction et prononciation; d) lecture expliquée; e) composition littéraire;

L'histoire : a) l'histoire du Canada en entier; b) l'histoire de la civilisation : la Grèce, Rome, la Gaule, l'Église, la féodalité, les grandes découvertes, les grandes inventions, la Renaissance, la Réforme, l'apogée de la France, le 18e siècle social et intellectuel, la Révolution, les libertés modernes, la question religieuse, la question sociale, les derniers progrès, les relations internationales;

La géographie : a) la géographie du pays, physique, politique, économique; b) éléments de cosmographie; c) géographie générale : éléments liquides, solides, gazeux, la vie végétale et animale; d) les principaux pays du monde;

Les mathématiques : a) l'arithmétique : théorie des nombres, recherches diviseurs, théorie et propriétés des fractions, méthodes pour la solution de problèmes, l'art du calcul mental; b) l'algèbre : théories les plus importantes, équations et problèmes du 1er et du 2e degré; progressions arithmétiques et géométriques, les logarithmes, usage des tables, intérêts composés, annuités, amortissement; c) la géométrie : étude des surfaces planes et de solides par le mesurage;

Sciences physiques et naturelles : Par voie d'analyses, d'expériences, de manipulations, en arriver à des formules et à des théories suffisantes sur la nature des corps, la mobilité et l'inertie, les attractions, l'hydrostatique, les gaz, l'acoustique, la chaleur, la lumière, l'électricité; la chimie; la zoologie; la botanique;

Les sciences commerciales : a) étude des documents commerciaux; b) institutions commerciales : banques, douane, bourse, entrepôts; c) comptabilité commerciale; d) notions d'économie commerciale; e) dactylographie et sténographie.

B. Baccalauréat

Le programme est celui du baccalauréat classique ès arts, ès sciences, ou ès lettres, de l'Université de Montréal, auquel s'ajoute le brevet (diplôme) supérieur en pédagogie.

C.Licence (2 ans)

Première année

l. Religion : Étude des vérités de la religion et de la morale avec méthode d'enseignement;

2. Langue maternelle : a) Éléments de linguistique et de grammaire historique; b) sémantique; c) histoire de la littérature française, 17e et 19e siècles;

3. Langue seconde : analyse littéraire; histoire de la littérature;

4. Pédagogie :

1. Les fondements de la pédagogie. a) éléments de physiologie, d'anatomie; b) biologie; c) logique; d) psychologie rationnelle; e) éléments de psychologie expérimentale; f) tests mentaux et psychologie individuelle;

2. Les principes de l'éducation;

3. Les grandes lignes de l'Histoire de la pédagogie.

Deuxième année

Méthodologie générale et spéciale de l'enseignement normal primaire;

Statistiques;

Psychologie de l'enfance et psychologie pédagogique;

Questions spéciales de psychologie pédagogique;

Psychiatrie et enfance normale;

Questions spéciales d'histoire de l'éducation; études d'écrivains pédagogiques.

D. Doctorat

Il comporte deux épreuves:

1. Une épreuve écrite sur les matières qui suivent :

a) psychologie expérimentale;

b) questions spéciales de psychologie pédagogique et d'histoire de l'éducation;

c) philosophie morale;

d) droit naturel;

2. La soutenance publique d'une thèse se rattachant aux mêmes matières.

Signé: Sœur Sainte-AnneMarie

M. Lucien Pineault, 10 mars1927 (32)

La première année de fonctionnement de l'Institut pédagogique fut couronnée par d'excellents résultats. Le nouveau centre de formation et de perfectionnement des enseignantes, dont le lien à l'Université était enfin établi, reçut un accueil très favorable tant de la société que de l'Église. L'élan était donné et d'autres développements en vue de parfaire l'éducation et l'instruction des filles verraient le jour.

Le cours régulier fermé de l'Institut pédagogique et le cours des écoles normales, 1927-1948

Le nouveau cours régulier fermé de l'Institut pédagogique, c'est-à-dire un cours à temps plein et réservé, en ce sens qu'il était affilié à l'Université de Montréal, différait de celui des écoles normales qui relevait du Département de l'instruction publique. Tout comme les jeunes filles des collèges classiques avaient eu accès à des études de niveau universitaire en 1908, il en était maintenant de même pour les jeunes filles ou femmes, enseignantes ou religieuses, qui postulaient un diplôme supérieur de l'Institut pédagogique. Les programmes de l'Institut et des écoles normales comprenaient des composantes culturelles et professionnelles qui équivalaient à une scolarité de treize ans pour l'obtention du diplôme supérieur, en ce qui avait trait à l'Institut pédagogique, et du brevet supérieur, pour ce qui était des écoles normales. Les écoles normales offraient aussi un programme équivalant à onze années de scolarité donnant droit à un brevet élémentaire et un programme équivalant à douze années de scolarité donnant accès à un brevet complémentaire. Le programme de l'Institut pédagogique était enrichi et l'équipe de professeurs incluait plusieurs universitaires. Une attention toute spéciale était accordée à la pratique de l'enseignement qui se faisait dans les commissions scolaires de Montréal et des environs, contrairement aux écoles normales qui avaient des écoles d'application annexes. La pratique s'exerçait selon trois modalités :

1) Préparation de leçons et présentations aux collègues, selon la méthode des Écoles normales de Sèvres et de Fontenay;

2) Observation dans les classes et prise en charge de quelques cours; 3) Enseignement de différentes disciplines pendant plusieurs cours et rétroaction de la titulaire de classe.

Les étudiantes munies d'un baccalauréat classique pouvaient, après une année de scolarité, obtenir le diplôme supérieur de pédagogie de l'Institut pédagogique et le baccalauréat en pédagogie octroyé par l'Université de Montréal. Le nouveau cours de l'Institut pédagogique se distinguait aussi par l'accueil d'étudiantes externes.

Le diplôme supérieur de pédagogie de l'Institut pédagogique n'ayant pas encore eu, en 1929, une reconnaissance officielle du Département de l'instruction publique, sœur Sainte-Anne-Marie adressa une requête au surintendant de l'Instruction publique. Le 4 mai 1929, la requête fut confiée à un sous-comité du Comité catholique lequel recommanda de «décréter que les certificats d'aptitudes pédagogiques et les brevets universitaires d'enseignement primaire seront signés par le recteur de l'Université et par le surintendant de l'Instruction publique» (33). De ce fait, les enseignantes munies du diplôme supérieur de pédagogie de l'Institut pédagogique obtenaient, du Département de l'instruction publique, un permis officiel d'enseignement pour les écoles primaires, privées et publiques.

 

L'Institut pédagogique crée des programmes de formation des enseignantes dans cinq secteurs spécialisés

Une École de dessin existait depuis 1917 ; sœur Sainte-Anne-Marie souhaitait l'affilier à l'École des beaux-arts pour assurer son extension et répondre aux besoins des enseignantes des classes primaires. En 1925, suite à l'appui de l'honorable Athanase David qui accordait une grande importance au développement du goût de la culture esthétique, elle obtint l'ouverture d'une section des beaux-arts à l'Institut pédagogique, section qui devint une École normale de dessin prenant en charge la formation professionnelle des enseignantes et conduisant à l'obtention de certificats de compétence pédagogique. En octobre 1926, l'École normale de musique voyait le jour à l'Institut pédagogique. Les objectifs principaux de cette école étaient ainsi définis :

« La formation professionnelle et pédagogique des futures enseignantes pour les différents niveaux préscolaire, primaire, secondaire (collégial);

La formation artistique et professionnelle des candidates à l'enseignement individuel ou collectif en studio privé;

La formation artistique, culturelle et liturgique des futurs professeurs d'orgue, de chant liturgique et de polyphonie sacrés. »(34)

À l'ouverture de l'UQÀM en 1969, l'École normale de musique de l'Institut pédagogique constituait une unité fondatrice à l'intérieur du Département de musique sous l'appellation : L'École préparatoire de musique de l'UQÀM (35).

En 1926, dès l'ouverture de l'Institut pédagogique, « la section enseignement ménager » octroya des certificats de compétence et des diplômes supérieurs d'enseignement ménager signés conjointement par le recteur de l'Université et le surintendant de l'Instruction publique. En 1932, la section de l'Institut pédagogique donnait naissance à l'École supérieure des arts et métiers, une autre fondation de sœur Sainte-Anne-Marie. Deux sœurs de la Congrégation de Notre-Dame ont assuré le prestige de cette École dans le domaine de l'Art culinaire : sœur Berthe Sansregret et sœur Monique Chevrier. Ces deux professeures diplômées de l'Académie de cuisine de Paris avaient été stagiaires dans les cuisines les plus renommées de New-York et d'ailleurs. L'École supérieure des arts et métiers a formé des chefs cuisiniers qui ont contribué à la réputation gastronomique de Montréal alors que les mères de familles cuisinaient en suivant les directives de sœur Berthe et les recettes de La cuisine raisonnée (36) publiée par les sœurs de la Congrégation. La télévision a aussi fait connaître La cuisine de Monique Chevrier sa technique, ses recettes (37).

La Commission scolaire de Montréal s'était dotée de « Classes auxiliaires » qui prenaient en charge les élèves en difficultés d'apprentissage en raison d'arriération pédagogique ou de déficience mentale. L'abbé Irénée Lussier, visiteur de ces classes, souhaitait améliorer le service à cette clientèle. Sœur Sainte-Anne-Marie, membre du Conseil scolaire, proposa l'ouverture d'un cours de « pédagogie spécialisée » à l'Institut pédagogique, et elle mandata deux pédagogues chevronnées, sœur Sainte-Marie-Honoré et sœur Saint-Adolphe, pour aller suivre un stage de formation et d'informations aux États-Unis. En septembre 1936, le Centre de formation pour l'éducation des enfants retardés débuta ses activités à l'Institut pédagogique. Les cours offerts aux éducatrices étaient les suivants : religion, psychologie de l'enfant, hygiène mentale, méthodologie, dessin, modelage, peinture, arts pratiques, culture physique et diction. La formation pratique comprenait quatre semaines de stages dans des classes auxiliaires de la CECM et dans les classes d'enfants « exceptionnels » du secteur anglais, puis une visite hebdomadaire dans ces mêmes classes au cours de l'année. Le cours d'un an se terminait par des examens oraux et écrits qui, passés avec succès, permettaient d'obtenir un certificat d'aptitudes psychopédagogiques. La classe de pédagogie spécialisée était sous le titulariat de sœur Sainte-Marie-Honoré ; l'abbé Irénée Lussier, licencié en psychologie de la Sorbonne, en assumait la direction, avec la collaboration du Dr Alexandre Marcotte, psychiatre ; monsieur Louis Chatel était professeur de méthodologie, et sœur Sainte-Angèle-de Brescia, professeure d'arts plastiques. L'équipe a garanti le succès de ce programme de formation vraiment novateur au Québec.

Pour assurer aux enseignantes une formation plus poussée, le programme de pédagogie spécialisée a été distribué sur deux années de scolarité en cours fermé. Les matières de base du cours d'un an étaient approfondies et on ajoutait les apports tout nouveaux de l'hygiène mentale, de la psychologie génétique et appliquée, puis les méthodes de pédagogie active. Ce cours de pédagogie spécialisée était donc à la fois scientifique, technique et pratique; il donnait accès à un diplôme supérieur de pédagogie spécialisée. Quant au perfectionnement des enseignants en exercice dans les classes auxiliaires, des conférences pédagogiques publiques leur étaient offertes, deux fois par mois, le samedi, par des professeurs de haute compétence : M. l'abbé Irénée Lussier, M. le Dr Alexandre Marcotte, M. Louis Chatel, le père Alcantara Dion, franciscain (38). L'Institut pédagogique offrait ainsi au personnel enseignant en exercice plus de quarante cours, et des centaines d'enseignantes et d'enseignants y assistaient régulièrement. En 1954, le cours de pédagogie spéciale pour déficients mentaux passa de l'Institut pédagogique au Mont-Providence, un hôpital psychiatrique qui remplaçait l'Institut médico-pédagogique Émilie Tavernier.

En 1942, l'Institut pédagogique inaugura un nouveau programme de pédagogie spécialisée en éducation préscolaire. Il y avait eu, dès 1931, des jardins d'enfance mis en place par des institutrices qui s'étaient documentées sur l'éducation préscolaire par des lectures, des voyages aux États-Unis et en Europe. À Montréal, en 1938, Mme Claudine Valleyrand ouvrit une école pour les tout-petits dans le sous-sol de sa résidence. Le programme de pédagogie spécialisée en éducation préscolaire de l'Institut pédagogique comprenait des cours magistraux : psychologie, 120 heures, hygiène mentale, 60 heures, méthodologie, 90 heures ; enseignement par la méthode du centre d'intérêt, 90 heures ; dessin, 60 heures. Deux mois étaient consacrés à la recherche personnelle: préparation d'un programme d'enseignement par la méthode du centre d'intérêt et production du matériel nécessaire pour cet enseignement. La formation pratique était assurée par deux cent cinquante heures de stages d'observation et de stages pratiques dans les jardins d'enfants (secteur privé). Un diplôme supérieur de pédagogie spécialisée et un permis d'enseignement couronnaient les études» (39).

Une des étudiantes diplômées du programme de pédagogie spécialisée de l'Institut pédagogique ouvrit une maternelle privée et le mouvement étant donné, d'autres virent le jour. Ce n'est qu'en 1950 que les commissions scolaires créèrent des classes maternelles publiques. En 1954, l'Institut pédagogique ouvrit une classe maternelle qui servait de poste d'observation pour les étudiantes inscrites au cours de pédagogie spécialisée. Rien ne fut épargné pour créer une classe modèle : «ameublement adéquat, jeux appropriés, miroir à sens unique pour favoriser l'observation; à l'extérieur, fleurs, petit potager destiné aux enfants, lentille d'eau, arbre à singe, etc.» (40) Le programme visait à stimuler l'enfant par des activités d'éveil religieux, d'initiation musicale et rythmique, de concentration à suivre un centre d'intérêt, un thème de vie stimulant l'expression libre de l'enfant, son vocabulaire, son développement psychomoteur, sa latéralisation, son sens de l'observation etc. Il n'y avait pas d'enseignement systématique de lecture, d'écriture et de calcul.

La diversité des programmes de formation pédagogique mis en place à l'Institut pédagogique répondait aux besoins de formation de nombreuses étudiantes et de plusieurs religieuses des communautés enseignantes de la Province et d'ailleurs. Les inscriptions aux cours furent nombreuses. «De 1926 à 1954, l'Institut pédagogique avait octroyé aux étudiantes du cours régulier fermé : mille cinq cent trente-quatre diplômes supérieurs de pédagogie, cent cinquante-six diplômes de pédagogie spécialisée et quatre cent quatre-vingt-trois baccalauréats en pédagogie» (41).

 

Un nouveau programme de pédagogie pour de nouveaux besoins, 1948-1953

Le développement des Sciences de l'éducation a apporté des changements importants dans les programmes de formation des enseignantes. La nouvelle maîtresse générale des études à la Congrégation de Notre-Dame, sœur Sainte-Madeleine-du-Sacré-Cœur et la directrice des cours d'extension, sœur Saint-Stanislas-de-Jésus, docteure ès lettres, eurent à répondre adéquatement aux besoins nouveaux en formation initiale et en perfectionnement des enseignantes. Dans tous les programmes de formation pédagogique depuis 1926, l'Institut pédagogique avait toujours reconnu le baccalauréat classique comme élément nécessaire à l'obtention du baccalauréat de pédagogie conformément à sa Constitution : le Baccalauréat en pédagogie est accordé aux personnes qui possèdent le baccalauréat classique uni au brevet (diplôme) supérieur en pédagogie. À partir de 1948, le nouveau programme de baccalauréat en pédagogie différait. Il comprenait quatre années d'études : les deux premières années de scolarité donnaient droit au diplôme supérieur d'enseignement, les troisième et quatrième années, au baccalauréat de pédagogie. Ce programme influencera le Département de l'Instruction publique dans la restructuration, en 1954, de l'ensemble des programmes de la formation des maîtres au Québec, plus spécifiquement dans l'élaboration du futur brevet A.

Programme du baccalauréat de pédagogie de l'Institut pédagogique (42), 1948-1953

Première année Crédits

Pédagogie générale 2

Histoire de la pédagogie 2

Méthodologie 3

Pédagogie pratique 3

Préparation du matériel didactique, d'un centre d'intérêt 3

Psychologie appliquée à l'éducation 1

Religion 2

Morale spéciale 2

Français : dissertation, textes, préceptes littéraires 3

Phonétique et diction 1

Histoire de la littérature française et canadienne 3

Histoire du Canada et Histoire générale 3

Langue anglaise : grammaire, composition, conversation 4

Algèbre et géométrie 4

Physique 2

Dessin 1

Chant et solfège 1

Botanique 1

Gymnastique 1

Langue latine 2

Deuxième année Crédits

Pédagogie générale 2

Méthodologie 3

Préparation du matériel didactique 3

Préparation d'un centre d'intérêt 2

Pédagogie pratique 3

Analyse de textes pédagogiques 1

Discussion des principes et méthodes d'enseignement 1

Psychologie appliquée à l'éducation 2

Méthode des tests mentaux 1

Histoire de la pédagogie 1

Religion 3

Philosophie : Logique 2

Éléments de droit privé et public 1

Français : textes et dissertation 2

Phonétique et diction 1

Histoire littéraire 2

Histoire du Canada et histoire générale 1

Algèbre, arithmétique, géométrie 4

Chimie 2

Dessin 1

Économie domestique, art culinaire, couture 3

Langue latine 2

Langue anglaise 4

Activités supplémentaires pour les deux premières années :

Organisation des loisirs et des jeux,

Cercles pédagogiques,

Visites d'observation dans les écoles.

Cinémathèque, Cercle des Jeunes Naturalistes, Action catholique.

Les deux premières années conduisaient à l'obtention du diplôme supérieur d'enseignement donnant le droit d'enseigner dans toutes les écoles primaires de la Province.

Troisième année Crédits

Religion : Bible, aperçus théologiques, spiritualité, etc. 4

Philosophie : logique et morale (programme du Bacc.) 8

Psychologie de l'apprentissage (enfance, adolescence) 6

Préparation du matériel didactique 2

Biologie : génétique et embryologie 2

Pédagogie : Pédagogie générale, Histoire et tendances actuelles 4

Élocution 1

Matières à option : français, histoire générale, chimie

mathématiques, hygiène sociale et scolaire, sciences

naturelles, physique 10

Visites d'écoles spécialisées, conférences

pédagogiques, forums sur l'éducation, cinémathèque pédagogique 3

Quatrième année Crédits

Religion : utilisation pédagogique de la Bible, aperçus

théologiques, spiritualité 4

Philosophie (programme du Bacc. classique)

Psychologie de la personnalité, caractérologie, tests,

orientation scolaire, initiation à la psychologie expérimentale 4

Pédagogie : Philosophie de l'éducation, éducation féminine 3

Système scolaire de la province de Québec : Règlements du

Comité catholique, directives du programme de

l'Instruction publique 4

Biologie : neuro-endocrino-physiologie 2

Matières à option : français, histoire générale, littératures

étrangères, sciences naturelles, etc 4

Statistiques élémentaires 2

Forums sur l'éducation: organisation et direction 1

Thèse sur sujet pédagogique 8

Au terme de la quatrième année réussie, l'étudiante recevait le baccalauréat en pédagogie, un changement majeur dans la reconnaissance des études pédagogiques.

La valeur de la formation pédagogique dispensée à l'Institut pédagogique fut reconnue par le recteur de l'Université de Montréal et il en témoigna lors de la collation des grades et des diplômes pédagogiques, en novembre 1952 : «L'Institut est à l'avant-garde du progrès pédagogique. Il sait allier, dans ses programmes, l'éducation religieuse, l'humanisme chrétien à une spécialisation pédagogique très poussée. Ses cours d'hygiène mentale, de psychologie rationnelle et expérimentale, d'expérimentation et de test, de morale, de philosophie de l'éducation, de protection de l'enfance, de statistique, montrent jusqu'à quel point on a le souci de préparer à fond les étudiantes pour leur tâche future. S'il y a un retard quelque part dans le système scolaire de la Province, ce n'est pas ici qu'on le trouvera. (...) Cet ensemble soigneusement élaboré de matières a été confié à un personnel trié sur le volet»(43).

 

La restructuration des écoles normales par le Département de l'Instruction publique, 1954-1969

La période allant des années 1954 à 1969 a été marquée par une plus grande implication du Département de l'Instruction publique dans l'élaboration des programmes et la restructuration des écoles normales définies comme des écoles professionnelles. Les brevets A, B et C furent créés en 1954, et le programme du baccalauréat de pédagogie de l'Institut pédagogique, inauguré en 1948, fut transformé en brevet A. Le brevet A permettait d'enseigner au niveau primaire et secondaire, sa durée de scolarité était de quatre ans et il correspondait à quinze années d'étude. Les deux premières années équivalaient au programme de belles-lettres et de rhétorique des collèges classiques, le grec en moins, les troisièmes et quatrièmes années, en plus des cours de philosophie, comportaient les matières pédagogiques, psychologiques ou connexes à la pédagogie théorique et pratique. Le cours de pédagogie spécialisée pour l'enseignement au préscolaire correspondait à treize ans de scolarité, et il fut reconnu comme équivalent au brevet B ; avec le temps, il devint une option du brevet A. Le brevet C comprenait une année de formation pédagogique suite à la onzième année du cours secondaire. Les étudiantes munies du baccalauréat classique pouvaient obtenir un baccalauréat de pédagogie après une année de formation pédagogique, la seizième année spéciale. La sanction universitaire des diplômes de pédagogie était réservée aux programmes représentant quinze ans de scolarité, et elle relevait de la compétence des Facultés universitaires des arts ou des sciences de l'éducation. L'Université de Montréal n'ayant pas de Faculté des sciences de l'éducation, c'est la Faculté des Arts qui, à partir de 1954, octroyait le baccalauréat en pédagogie aux détentrices du brevet A inscrites à l'Institut pédagogique.

Les nombreux changements furent autant d'appels au dépassement. Les Écoles normales et l'Institut pédagogique ont connu une période des plus dynamiques tant pour les professeurs que pour les étudiantes. Les méthodes d'enseignement des mathématiques étaient nouvelles : Cuisenaire et Dienes; la langue orale servait d'appui à l'enseignement du français et l'apport prépondérant de la phonétique contribuait au développement de nouvelles méthodes d'apprentissage de la lecture : méthode phonétique, Globale et du Sablier. La pédagogie Freinet et le mouvement de l'école active révolutionnaient les cours de méthodologie. L'utilisation pédagogique des techniques audio-visuelles, la fabrication du matériel pédagogique exigeaient de la créativité et des ressources : un laboratoire de méthodologie, une bibliothèque spécialisée et une importante bibliothèque générale étaient mis à la disposition des étudiantes.

L'Institut pédagogique en adoptant les programmes du Département de l'Instruction publique s'est vu imposer un changement de nom et de structures. «Par un Arrêté en Conseil, le 11 juin 1953, la section de pédagogie de l'Institut devient « École normale de l'Institut pédagogique» et acquiert une nouvelle entité légale» (44). En tant qu'école normale, l'Institut devait compter dans son personnel, un principal nommé par le lieutenant gouverneur en conseil sur recommandation du Comité catholique et un professeur laïc. M. l'abbé Georges Levasseur, principal de l'École normale Jacques-Cartier, exerça cette même fonction à l'École normale de l'Institut pédagogique. En 1962, sœur Yvette Cournoyer de la Congrégation de Notre-Dame fut nommée principale. Sœur Fernande Bélisle lui succéda en 1967 et occupa ce poste jusqu'en 1970.

 

Les cours d'extension du baccalauréat et de la licence en pédagogie, 1926-1969

L'Institut pédagogique a toujours offert, parallèlement aux cours réguliers du baccalauréat en pédagogie, des cours d'extension (c'est-à-dire à temps partiel) pour les enseignantes en exercice désireuses de parfaire leur formation pédagogique. Les laïques, religieuses enseignantes et institutrices rurales de la région de Montréal et des environs venaient aux cours du samedi pendant l'année académique ; durant les vacances, les religieuses enseignantes des différentes communautés venaient aux cours au mois de juillet, et les institutrices laïques au mois d'août. Quelques cours par correspondance pour le personnel enseignant de la Province de Québec furent préparés. Dans les faits, seulement une vingtaine d'enseignantes de l'Ouest canadien s'en prévalurent. Il y eut aussi quelques cours particuliers aux religieuses vouées aux œuvres de charité, désireuses d'ajouter des diplômes supérieurs à ceux qu'elles détenaient déjà (45).

Les cours d'extension du baccalauréat duraient trois ans et y étaient admises les enseignantes munies du diplôme ou du brevet supérieur d'enseignement. Le programme d'étude des deux premières années comportait un ensemble de conférences, -formule pédagogique qui avait été expérimentée avec succès dès 1916, des études personnelles, deux dissertations pédagogiques et un examen écrit. Le certificat de compétence pédagogique décerné par l'Université de Montréal attestait de la réussite de ces deux années. En troisième année, l'étudiante devait écrire un mémoire sur un sujet d'éducation avec soutenance publique à l'Institut pédagogique. L'analyse d'un texte pédagogique, avec référence à des éléments de psychologie appliquée à l'éducation, faisait l'objet d'un examen écrit. Les principales matières au programme, compléments à la culture personnelle, étaient : méthodologie et psychologie appliquée à l'éducation, organisation pédagogique et disciplinaire des écoles, histoire de la pédagogie, langue française et religion. La candidate qui réussissait le programme de la troisième année recevait le diplôme supérieur de pédagogie.

Les programmes des cours d'extension ont connu des modifications au long des années afin de répondre aux changements et aux exigences de l'enseignement dans les écoles primaires. Le changement majeur est apparu en 1950 alors que le programme d'étude a été intégré au nouveau baccalauréat en pédagogie ; cette intégration allait modifier le statut des sœurs enseignantes et des institutrices laïques qui recevaient pour la première fois un diplôme universitaire. Le programme comprenait une scolarité de quatre-vingt crédits de quinze heures et exigeait six années d'inscription.

L'excellence des cours d'extension du baccalauréat a contribué à hausser le niveau de qualification de plusieurs enseignantes de la Commission scolaire de Montréal, de celles de régions avoisinantes et des écoles rurales. À titre d'exemple, les cours de vacances de la session de juillet 1927 ont accueilli des institutrices rurales qui ont obtenu soit un certificat de compétence pédagogique, soit un diplôme supérieur de pédagogie. De 1927 à 1954, selon des statistiques quoique incomplètes, «neuf cent quatre-vingt-deux certificats de compétence pédagogique ont été octroyés aux participantes des cours du samedi et trois cent quarante-sept à celles des cours d'été ainsi que quatre cent cinquante-sept certificats de dessin aux titulaires de classes »(46).

Le programme de licence en pédagogie a été offert en cours d'extension, dès 1927. Ce programme de deux ans s'inspirait de celui de l'École de pédagogie et de psychologie appliquée à l'éducation de l'Université de Louvain :

Première année :

Explication approfondie des vérités fondamentales de la religion

L'anatomie et la physiologie

La biologie générale

La psychologie rationnelle

Les éléments de psychologie expérimentale

Les tests mentaux et la psychologie individuelle

La méthodologie générale

L'organisation de l'enseignement primaire

La statistique

Les principes de l'éducation

Deuxième année :

La logique

La psychologie expérimentale

Les méthodes de psychologie scientifique

La psychologie de l'enfance anormale

Organisation des œuvres de l'enfance

Histoire de la pédagogie

Méthodologie spéciale de l'enseignement primaire

Économie politique

Questions spéciales de l'histoire de l'éducation (47)

Les candidates à la licence qui détenaient un baccalauréat classique et avaient terminé le cours de pédagogie de la commission des Écoles catholiques de Montréal étaient tenues à une scolarité d'un an ; une scolarité de deux ans était exigée de celles qui n'avaient pas de qualification pédagogique. Plusieurs religieuses enseignantes de diverses communautés obtinrent la licence en pédagogie. En 1947, le premier programme fut modifié : de trente crédits qu'il comportait, il passa à soixante crédits de quinze heures.

L'accent était mis sur l'éducation, l'enseignement religieux, l'enseignement du français et l'enseignement des sciences. «L'option est claire. L'Institut pédagogique de Montréal doit rester féminin. Son but est la formation d'éducatrices d'élite, de femmes moralement et intellectuellement supérieures. Dans cette optique, la licence en pédagogie se veut une licence pour des éducatrices. Voilà pourquoi le programme n'est pas d'abord orienté vers la recherche, bien qu'il faille, avec le temps, y introduire des cours plus techniques, tels que méthodologie de la recherche, statistiques et docimologie et des cours complémentaires en philosophie et en psychologie» (48)

Les premières inscriptions aux cours de licence en pédagogie furent des religieuses; elles étaient au nombre de quarante. La liste des professeurs atteste de la qualité des cours (49) :

M. Émile Filion, p.s.s. (Philosophie)

M. Lucien Martinelli, p.s.s. (Philosophie)

M. l'abbé Paul Grégoire (Philosophie de l'éducation)

R. Père Fernand Porter, o.f.m. (Formation morale)

R. Père Bouffard, o.f.m. (Méthodologie du français)

M. Gérard Barbeau (Méthodologie de la recherche)

Mlle Monique Béchard (Orientation féminine et psychologie)

Mme Noël Mailloux et Roland Duhamel (Enseignement religieux)

M. Claude Mailhot (Psychologie de la personnalité et du caractère)

Mme Vinay (Psychologie de l'enfance)

MM. Roland Vinette et Yvon Moreau (Tests en éducation)

En 1960, l'Institut pédagogique offrait le cours de licence à temps complet ; il comprenait soixante crédits de quinze heures et une thèse, le tout réparti sur deux ans. L'obtention de la licence permettait d'enseigner dans les classes de la 10e à la 12e année du secondaire et dans les Écoles normales. Ce cours ne dura que quatre ans. En 1964, l'Université de Montréal ouvrit une Faculté des sciences de l'éducation qui a absorbé les étudiants des institutions pédagogiques qui lui étaient affiliées, dont les cent cinquante étudiantes de l'Institut pédagogique des Sœurs de la Congrégation de Notre-Dame. Depuis sa fondation, l'Institut pédagogique avait octroyé huit cent dix licences en pédagogie.

Le doctorat en pédagogie

L'Institut pédagogique était autorisé, de par sa constitution, à dispenser le Doctorat en pédagogie. Compte tenu du petit nombre d'enseignantes qui appliquait à des études doctorales et vu que les universités québécoises et d'ailleurs offrant le doctorat en éducation étaient en mesure de répondre aux demandes, l'Institut pédagogique n'a jamais usé de son droit. Cependant, quatre doctorats honorifiques ont été octroyés à l'occasion des collations des grades et des diplômes à l'Institut pédagogique à :

L'Honorable Cyrille Delage, le 17 mai 1930,

Mgr Georges Courchesne, le 16 octobre 1930,

Monsieur J.C. Magnan, le 19 décembre 1931,

Mère M.-Catherine-de-Suède, SNJM, le 16 décembre 1933.

Quatre doctorats en pédagogie ont été décernés à :

Mère M.-Aimée-de-Jésus, PM, le 6 mai 1939,

Sœur S.-Ladislas, ASV, le 7 avril 1945,

Monsieur l'abbé Jules-Bernard Gingras, le 2 mars 1946,

Monsieur Thomas-A. Francoeur, le 17 novembre 1951.

L'imposante œuvre d'éducation accomplie par sœur Sainte-Anne-Marie, CND, fut reconnue par l'Université de Montréal qui lui décerna un doctorat « Honoris Causa », en 1932, ainsi qu'à celle qui lui a succédé à la direction des études à la Congrégation de Notre-Dame, sœur Sainte-Théophanie, CND, en 1943.

La fin d'une époque, 1969

L'année 1969 a marqué un tournant majeur dans la formation et le perfectionnement des enseignantes au Québec et notamment à Montréal. Les recommandations de la Commission Parent proposaient un système d'enseignement étatique de la maternelle à l'Université inclusivement. Pour ce faire, un décret gouvernemental en 1967 créait les Collèges d'enseignement général et professionnel en remplacement des Collèges classiques, et l'Université du Québec à Montréal a été créée le 9 avril 1969 par le gouvernement du Québec, grâce à la fusion de l'École des Beaux-Arts de Montréal, du Collège Sainte-Marie et de trois écoles normales. Le Département des sciences de l'éducation se substituait aux Écoles normales qui assumaient jusqu'alors la formation et le perfectionnement des enseignantes et enseignants.

Les recommandations de la Commission Parent, en confiant aux universités la responsabilité de la formation et du perfectionnement des maîtres et des spécialistes en éducation, marquaient la fin d'une époque pour les Écoles normales publiques et privées de Montréal et de la province. L'Université de Montréal avait pressenti ce changement et elle avait ouvert une Faculté des sciences de l'éducation, le 22 mars 1965, elle qui, au moment de l'affiliation de l'Institut pédagogique, n'avait ni l'intérêt ni les moyens financiers de créer une Faculté de pédagogie. À l'École normale de l'Institut pédagogique, la dernière collation des grades et des diplômes pédagogiques avait lieu le 18 octobre 1965 ; le baccalauréat en pédagogie y était octroyé pour la dernière fois. C'était le 498e ! «Pendant plus de cinquante ans, l'Institut pédagogique avait tenu lieu de Faculté des sciences de l'Éducation de l'Université de Montréal. Il avait assuré la formation et le perfectionnement de milliers d'enseignantes servant ainsi la cause de l'Éducation dans la province de Québec» (50). L'Institut pédagogique fermait ses portes en 1970. La Faculté et le Département des sciences de l'éducation des deux universités francophones de Montréal, l'Université de Montréal et l'Université du Québec à Montréal, ouvraient leur porte pour accueillir la large clientèle des six écoles normales pour filles de la région de Montréal : l'École normale Basile-Moreau, l'École normale Eulalie-Durocher, l'École normale Cardinal-Léger, l'École normale De-La-Jemmerais, l'École normale de Dorval et l'École normale de l'Institut pédagogique. S'ajoutait la clientèle des trois écoles normales pour garçons, soit l'École normale Jacques-Cartier, l'École normale Ville-Marie et l'École normale Marie-Victorin. Le Département des sciences de l'éducation de l'Université du Québec à Montréal, devenu Faculté des sciences de l'éducation en 2003, comme celle de l'Université de Montréal héritait d'un riche patrimoine.

D'aucuns se sont demandés si les innovations étatiques des années 1960 n'avaient pas été trop radicales. Le livre de Claude Gravel La vie dans les Communautés religieuses–L'âge de la ferveur, 1840-1960 appelle au devoir de se souvenir. «Les communautés religieuses ont assuré l'émancipation du Québec en œuvrant tant auprès des enfants et des jeunes qu'auprès des malades et des personnes âgées. Les soins de santé, les institutions d'enseignement et les services sociaux que la révolution tranquille a accommodés résultent de leurs œuvres et de leur action. Le vaste tissu de solidarité sociale qui avait forgé l'identité canadienne-française s'est alors doté de structures étatiques pour encadrer des services ouverts à tous et harmonisés aux visées de ce que deviendrait le Québec moderne. Les religieux ont tôt compris, souvent bien mieux que les hiérarchies diocésaines, que l'intérêt social et politique du Québec appelait un État fort dans une nation solidaire. Depuis le temps qu'ils l'observaient grandir...Ce que certains ont nommé « le déclin » des communautés religieuses s'inscrit plutôt dans la continuité, le travail accompli par les religieux ayant permis l'émancipation sociale, culturelle et économique des Québécois dès lors que ceux-ci ont pu se pourvoir d'institutions démocratiques et laïques dynamiques mais surtout, au Québec plus qu'ailleurs, caractérisées par l'accessibilité et l'universalité qui ont jalonné leur développement » (51).

Rachel Desrosiers

Québec, Septembre 2012

Notes


(1)Patricia Simpson, trad. de Simone Poissant, Marguerite Bourgeoys et Montréal, 1640-1665, Montréal, McGill-Queen's University Press, 1999, p. 129.

(2)Trudel, cité par Patricia Simpson, op.cit., p. 173.

(3)Patricia Simpson, op.cit., p. 41.

(4)Ibid., p. 42.

(5)Patricia Simpson, op.cit., p. 175.

(6)Terme employé pour désigner un endroit où vont travailler les sœurs à l'extérieur de la maison mère.

(7)Lucien Lemieux, Une histoire religieuse du Québec, Montréal, Novalis, 2010, p. 33.

(8)Lucien Lemieux, op.cit., p. 69.

(9)Lucien Lemieux, op.cit., p. 94.

(10)Raymonde Jauvin CND, Héritage, numéro 36, novembre 2008, p. 10.

(11)HCND (L'Histoire de la Congrégation de Notre-Dame), Vol. X, Tome II, p. 492.

(12)HCND, Vol. X, Tome I, p. 313.

(13)Ibid.

(14)Ibid.

(15)Archives de l'UQÀM, Université du Québec à Montréal, 2P-530 : 01/1

(16)Congrégation de Notre-Dame, Histoire de l'Église du Canada, 1908, p. IV.

(17)Ibid., p. VI-IX-X-XI.

(18)HCND, Vol. XI, Tome I, p. 248.

(19)Raymonde Jauvin CND, op. cit., p. 19.

(20)Claude Gravel, La vie dans les communautés religieuses - L'âge de la ferveur, 1840-1960, Libre Expression, 2010, pp. 40-41.

(21)Archives CND, 308.600.45, p. 19.

(22)HCND, Vol. II, p. 554.

(23)Ibid.

(24)Raymonde Jauvin CND, op.cit., p. 39.

(25)Raymonde Jauvin CND, op.cit., p. 47-48.

(26)Ibid., p. 54.

(27)Ibid., p. 56.

(28)Archives CND, 308.600.63, p. 20.

(29)Archives CND, 300.608.66, p. 30-31.

(30)Rapport du surintendant de l'Instruction publique 1925-1926, p. XI-XII.

(31)La distinction « Diplôme supérieur » plutôt que « Brevet supérieur » sert à distinguer le parchemin décerné par l'Institut pédagogique des brevets émis par les écoles normales.

(32)Archives CND, 308.600.67, p. 28

(33)Archives CND, 308. 600.71, p. 8-10.

(34)Raymonde Jauvin CND, op. cit., p. 99.

(35) Un ouvrage de sœur Marcelle Corneille CND portant sur l'histoire de l'École normale de musique de l'Institut pédagogique et de L'École préparatoire de musique de l'UQÀM est actuellement sous presse.

(36)C.N.D., La cuisine raisonnée, éd. 1919, 1949, 1967, éd. revue et augmentée, Fides, Montréal et Paris, 664 pp.

(37)Monique Chevrier, La cuisine de Monique Chevrier sa technique, ses recettes, Éd. Mirabel, Ottawa 1978, 543 p.

(38)Raymonde Jauvin CND, op.cit., p. 97.

(39) Raymonde Jauvin CND, op. cit., p. 98.

(40)Ibid. p. 115

(41)Raymonde Jauvin CND, op.cit., p. 113.

(42)Archives CND, 308.600.105.

(43)Archives CND, 308.600.108, p. 42 ss.

(44)Raymonde Jauvin CND, op.cit., p. 116.

(45)Cf. Jeanne Métivier, « Les études secondaires féminines », dans Le Devoir, 13 août 1932 et Archives CND, 308.600.83, p. 1-2.

(46)Archives CND, 308.600.104, p. 165.

(47)Institut pédagogique, CND. Programme, 1re année, 1926-1927, Montréal, p. 17-18. Cf. Archives CND, 308-600-32.

(48)Raymonde Jauvin CND, op.cit., p. 129.

(49)Cf. Notes historiques, aux Archives CND, 308.600.104, p. 163 ss.

(50)Raymonde Jauvin CND, op.cit., p. 135.

(51)Claude Gravel, op.cit., pp. 211-213.

Biographie de l'auteur


Docteure en sciences de l'éducation de l'Université de Caen, Rachel Desrosiers est actuellement professeure retraitée de l'Université du Québec à Montréal. Sa carrière, de 1950 à 1997, a été centrée sur l'enseignement et la recherche à la formation des enseignants. De 1986 à 1995, elle a été présidente nationale de l'Association Francophone Internationale de Recherche en Éducation (AFIRSE). Ses recherches, conférences et publications portent notamment sur la didactique et la créativité. Sa première publication sur la créativité, La créativité verbale chez les enfants, publiée aux Presses Universitaires de France, en 1975, a été génératrice de nombreuses réalisations et un stimulant pour l'imaginaire collectif.

Pour citer cet article


Rachel Desrosiers, La Congrégation de Notre-Dame de Montréal et la formation des enseignantes (1658-1970), Incursions n°7, Paris, 2nd semestre 2012,http://www.incursions.fr 

Image en début d'article : Maison mère de la Congrégation de Notre-Dame, Westmount, Montreal, photo de Sylvain Pastor.