La réception de la sociologie d’Émile Durkheim au Brésil

 
L'œuvre d'Émile Durkheim, en dépit de sa méthode objective, a été développée en lien étroit avec la réalité sociale française de son époque, envisageant des transformations de cette réalité. Cependant, la sociologie brésilienne, de manière dominante non seulement a pris cet aspect comme secondaire, mais a identifié le sociologue français comme conservateur et défenseur de l'ordre social.
Cet article confronte l'engagement politique et idéologique de la sociologie de Durkheim avec cette interprétation et jette quelques hypothèses de travail en vue d'élucider ce problème dans la formation de la sociologie brésilienne.
Par José Benevides Queiroz

La sociologie brésilienne, malgré le fait de posséder une certaine tradition, a encore une dette vis-à-vis des fondateurs de la discipline, en l'occurrence Émile Durkheim. Peu utilisé dans les travaux académiques (Oliveira, 2009, p. 231-232) (1), même s'il a été enseigné comme un classique de la sociologie dans le cours des sciences sociales, il y a une faille dans notre pensée sociologique en ce que concerne la manière dont son œuvre a été majoritairement interprétée et présentée au Brésil. Avec quelques exceptions, (2) dans les études, dans les manuels et même dans l'actuel formation de nos étudiants, elle est rarement située dans le contexte français, ce qui la détache des débats et des questions les plus pertinentes et cruciales de son époque. En face de cette forme de traitement, il est difficile, voire impossible de savoir quelle est la position et/ou l'engagement de la sociologie durkheimienne devant cette réalité. Ce manque de repère rend encore plus problématique quand, après la création du cours de sciences sociales à l'Université de São Paulo en 1934, peu à peu il y a une tendance à situer la pensée de Durkheim sur un point déterminé du spectre idéologique. En revanche cela ne se trouve pas dans les formulations théoriques de Max Weber et Karl Marx. En ce qui concerne ces deux auteurs, dans les livres et manuels d'introduction, les informations sont très abondantes sur les réalités sociale, économique et politique Allemande et internationale, – en leurs époques spécifiques –, dans lesquelles sont inscrites leurs œuvres respectives.
Cette différence de traitement est incompréhensible du fait que l'œuvre de Durkheim a été la première à susciter l'intérêt et le débat chez nous. Dans le cas de Marx, par exemple, nous avons seulement des citations en passant, chez Tobias Barreto et Euclides da Cunha au début du XXe siècle (Chacon, 1977, p. 85-90). C'est seulement en 1922, à l'occasion de la fondation du PCB (Partis Communiste Brésilien), que le marxisme devient l'objet du débat, lorsque les ouvrages tels que Agrarisme e Industrialisme de Ottavio Brando, en 1924, et Esboço de Uma Análise da Situação Social e Econômica do Brasil de Lívio Xavier et Mário Pedrosa, en 1930 (AMARAL, 2000) ; peu après, en 1933, apparaît l'ouvrage de Caio Prado Júnior, Evolução política do Brasil. Ce n'est que plus tardivement, en 1936, avec la publication de Raízes do Brasil, de Sérgio Buarque de Hollande, que Weber apparaît dans le scenario intellectuel brésilien (3).
De manière diverse, Durkheim fut l'objet de réflexion et débat dès la fin du XIXe siècle. Paulo Egydio de Oliveira Carvalho, par exemple, qu'Antônio Cândido avait nommé le patriarche de la sociologie à São Paulo, pendant ses cours dans les années 1890, dans la Faculté de Droit, discuta et diffusa « l'ouvrage encore récent à l'époque d'Émile Durkheim » (Cândido, 1958, p. 511-512). En 1900, Paulo Egydio écrit un livre : Estudo de sociologia criminal. Do conceito geral do crime segundo o método contemporâneo. A propósito da teoria de É. Durkheim. Son objectif était d'élaborer une critique au concept de crime qui se trouve dans le troisième chapitre du livre Les règles de la méthode sociologique. Initialement, cependant, il ne méconnait pas que « de toutes les théories modernes construites sur le crime aucune ne nous a tant impressionné l'esprit, aucune ne nous a surpris comme celle de l'éminent sociologue Émile Durkheim » (Egydio, 1941, p. 28). Ensuite, presque 40 ans avant de la longue et détaillée Introduction écrite pour le même ouvrage, par Paul Arbousse-Bastide, Paulo Egydio avait fait en deux chapitres une présentation détaillées et précise du deuxième et du troisième chapitre des Règles. À partir de cela, une fois délimité le repère de cet ouvrage il formule une double critique de Durkheim. D'une part, même soulignant la valeur de la méthode objective, il attire l'attention du fait que Durkheim se moque des dimensions subjectives et organiques dans la formulation de la connaissance sociologique (Ibid., p. 112). D'autre part, la reconnaissance de la thèse durkheimienne de la distinction du normal et du pathologique est indispensable pour éclaircir la pratique, ne l'empêche pas de refuser l'analyse que le crime est un fait social normal (4).
Le livre de Paulo Egydio n'est pas resté inaperçu. Il a eu une répercussion tant au plan local que national. L'adversité sociale à São Paulo, de caractère traditionnel, serait responsable du fait que l'auteur prend des distances « vis-à-vis des conséquences logiques de la méthode objective » (Cândido, 1958, p. 513) durkheimienne. Le compte rendu de João Mendes Junior, publié la même année dans la Revista da Faculdade de Direito de São Paulo, exprime cette atmosphère dont il était question chez Antônio Cândido. Mis à part l'honnêteté intellectuelle de la présentation des Règles de la méthode sociologique, son compte rendu a mis l'accent sur les bases catholico-conservatrices pour qualifier l'Estudo de Sociologie criminel. Non seulement João Mendes indique les apories de ce livre(5), mais en prenant comme référence Saint Thomas d'Aquin et Saint Augustin, il soutien le libre arbitre comme principe explicatif du crime en opposition à la conception déterministe de Paulo Egydio. Sur le plan national, le livre du juriste de São Paulo a été objet de compte rendu comme par Soriano de Albuquerque et Artur Orlando, à Recife, et par David Campista, à Belo Horizonte (Chacon, 1977, p. 67-68).
Cet intérêt porté à Durkheim, contrairement à ce qui affirme Chacon (Ibid., p. 71), a une continuité dans les années qui suivent. Dès 1917, l'année de la mort de Durkheim, Fernando de Azevedo prend contact avec son œuvre et le projet scientifique de l'Année Sociologique (Azevedo, 1971, p. 51 et p. 210). Au courant des années 1920, sa participation à la campagne pour l'introduction de la sociologie dans les écoles normales brésiliennes a été influencée par le sociologue français, malgré les résultats. En 1927, Paul Fauconnet, l'un des collaborateurs de Durkheim, a donné des conférences à São Paulo sur la sociologie et a participé aux débats sur l'éducation (Cândido, 1958, p. 513).
La résistance à l'enseignement de la sociologie aux futurs enseignants fut tout de suite surmontée. Selon Antonio Cândido, au début des années 1930, son introduction dans les écoles normales fut si bien réussie que les livres didactiques ont été élaborés en suivant l'orientation majoritairement durkheimienne (Ibid.). Cette articulation entre éducation et sociologie coïncide avec la fondation du Mouvement de l'Escola Nova, sur l'égide des intellectuels Lourenço Filho et Fernando de Azevedo.
Quant à Fernando de Azevedo, en raison de sa trajectoire, il est considéré comme le pionnier de la diffusion de l'œuvre de Durkheim. En 1935, par exemple, il écrit un livre intitulé Principios de Sociologia, dans lequel il traite de plusieurs aspects de cette science, partant de la tentative de définition de son objet, sa méthode, en passant par la compréhension de la vie sociale, par la méthode, en arrivant jusqu'à décrire les principales écoles. Encore qu'il fasse référence à divers auteurs comme Pareto, Simmel, etc., la principale référence reste l'œuvre de Durkheim ; non seulement elle parcourt presque l'ouvrage entier, en faisant référence aux principaux collaborateurs de l'Année Sociologique, mais elle en a été aussi le paramètre structurant.

 

Caractéristiques du livre Princípios de Sociologia

 

La publication de ce livre fut saluée par plusieurs intellectuels, surtout les Français Paul Arbousse-Bastide et Claude Lévi-Strauss(6), qui faisaient partie de la mission française responsable pour la fondation de l'Université de São Paulo.
En 1937, dans la collection intitulée Iniciação Científica – Série 4e, de la Biblioteca Pedagógica Brasileira (Bibliothèque Pédagogique Brésilienne), sous la direction de Fernando Azevedo, fut publiée la première traduction en portugais (Brésil) des Règles de la méthode sociologique. Elle précède la traduction anglaise, qui est de 1938, celle du Japon, en 1942 et de l'italienne, en 1963 (Besnard, 1993, p. 255-256), ce qui confère à la traduction brésilienne une certaine notoriété. Dans la même décennie, en 1939, fut publié un autre ouvrage de Durkheim, Education et Sociologie, sous la responsabilité de Lourenço Filho (Dias, 1990, p. 41).
Cette présence initiale de la sociologie durkheimienne ne peut pas être définie comme une science auxiliaire de l'enseignement juridique et pédagogique, comme le postulait Chacon. À l'époque où il n'y avait pas de formation en sociologie, ou bien que le processus de formation n'était pas consolidé, l'œuvre de Durkheim était discutée, diffusée et, dans le cas de Fernando Azevedo, elle était prise comme un élément théorique important pour comprendre la société brésilienne. Ce n'était pas par hasard que, en dépit du manque de systématisation, l'ouvrage a eu des répercussions, notamment parmi les secteurs les plus conservateurs de la société brésilienne.

(1) Durkheim et l'institutionnalisation de la sociologie au Brésil
Cette réception précoce n'a pas été suivie d'une discussion de l'œuvre de Durkheim, en particulier de son rapport avec la réalité sociale de son époque, surtout la réalité française. Cela dit, on pourrait excuser cette fragilité, si l'on tient compte des objectifs auxquels était orientée cette réception. Cependant, elle est incompréhensible si l'on observe la création des cours de sociologie. Paradoxalement, de même que dans la période antérieure, l'auteur n'a été lu et enseigné que dans son aspect théorico-méthodologique et, au plus, utilisé comme fondement de quelques études.
Ce traitement s'est déployé de manière significative. Il est possible que cette approche unilatérale semble être l'un des aspects qui ont contribué à forger ce qui a marqué profondément notre pensée sociologique : en général, de manière prépondérante (7), Durkheim fut présenté comme un penseur conservateur, rétif aux transformations historiques de la société ; sa méthode sociologique aurait servit d'instrument pour légitimer le statu quo. Encore aujourd'hui, c'est une vision commune dans les cours de sciences sociales.
À partir de l'institutionnalisation de l'enseignement et de la formation en sociologie, cette compréhension s'est consolidée au fil du temps. Cependant, sa permanence est contrastée avec l'histoire de la sociologie au Brésil. Celle-ci a subit une modification, comme l'atteste Renato Ortiz, lors de son développement après 1964, le moment où notre effective modernisation fut accompagnée d'une croissance du marché des biens symboliques ; à partir de ce contexte, comme ce dernier le souligne, en plus du fait que des nouveaux cours de sociologie sont créés, tant au niveau du 1e cycle comme du 2e et 3e cycles, ce qui a permis sa pleine institutionnalisation, et la profession de sociologue fut régularisée. Cela a impliqué, selon l'auteur, une redéfinition dans le mode de production sociologique ; l'aspect quantitatif, par exemple, est priorisé (Ortiz, 1990, p. 169-175). Un tel changement, avec tous les problèmes qu'il peut engendrer, amène à une nouvelle réalité remplie de possibilités et potentialités. En dépit de cela, en ce qui concerne le conformisme imputé à Durkheim, dès les plus importants ouvrages de Florestan Fernandes jusqu'aux manuels d'actualités, il y a une unité dans ce sens.
Nous devons remarquer toutefois qu'une grande partie de l'œuvre de Florestan Fernandes est tributaire de concepts durkheimiens. Les concepts de fonction, solidarité, cohésion, anomie, etc., sont présents dans ses premiers travaux. Dans ce cas, leurs usages se justifient pour l'auteur brésilien, dans la mesure où ce dernier traitait des sociétés pré-modernes ou des segments sociaux qui présentaient des difficultés d'intégration dans la société de classe. Cependant, en ce qui concerne la modernité, ou, plus spécifiquement, les problèmes qui recouvraient l'entrée de la société brésilienne dans cette période historique, la référence au postulat durkheimien est devenu moins fréquent. Parallèlement, Florestan Fernandes, dans ses textes théoriques, construit, peu à peu, une certaine conception du sociologue français.
Dans l'étude que Florestan Fernandes a développée en 1950 sur la Sociologia Aplicada (Sociologie appliquée), par exemple, il remarque l'importance de Durkheim dans ce domaine. De même que les organicistes, lesquels sont allés au-delà de l'académisme allemand et de l'utilitarisme anglo-américain, Durkheim a promu un avancement dans la mesure où il a distingué le normal et le pathologique. L'établissement de cette distinction aurait conduit sa sociologie appliquée à se réduire à l'étude de « comportements collectifs de pleine efficience sociale », en s'intéressant « aux facteurs qui permettent de réguler indirectement le degré d'ajustement des individus ». Encore que, en négligeant la « correction des effets pathologiques qui ne touchent que le degré d'ajustement des individus dans des situations sociales d'existence », Durkheim aurait attiré l'attention des « soins que les sociologues doivent porter aux investigations de transition sociale » (Fernandes, 1960, p. 104-105). Néanmoins, malgré ce souci dans les Règles de la méthode sociologique, où en quelque sorte, il y a une flexibilité pour appréhender la possibilité d'une nouvelle configuration de la vie sociale, il affirme que chez Durkheim

(...) Ses réflexions de genre pratique, présentes dans des ouvrages tels que De la Division du travail social, Le suicide et principalement Leçons de Sociologie, sont tournées vers les questions reliées avec ce qu'on pourrait appeler de « développement normal » des sociétés modernes industrielles en vue de la préservation des principes d'organisation confirmés par l'ordre social existant (Ibid., p. 105).
Sans doute, on admet que la sociologie durkheimienne n'est pas étrangère à la pratique, car, étant donné qu'elle fait recours à la distinction entre le normal et le pathologique, en dernière instance, elle envisage de rendre présente la connaissance scientifique dans la dynamique de la société. Cela dit, la perspective de Florestan Fernandes sur cette présence est assez singulière : elle n'a pas pour objectif de transformer, mais de garantir les 'principes d'organisation' qui donnent support à la réalité donnée. Giddens, par exemple, analyse cette distinction comme un instrument crée par Durkheim dont la finalité est d'indiquer « la tendance immanente du développement social » (Giddens, 1980, p. 327). Renato Ortiz, pour sa part (1989, p. 12), soutient que Durkheim avait à l'esprit une stratégie pour affirmer la spécificité de la vie sociale, sa régularité, distinguer le phénomène collectif de l'individu et, par là, consolider la sociologie par la définition de son objet.
Il est certain que ces réflexions, plus récentes, ont eu un accès aux informations et aspects de l'œuvre durkheimienne, révélés a posteriori, ce qui les a fait prendre de l'avantage sur une interprétation que n'a pas eu les mêmes chances. Toutefois, même quand il avait la disponibilité d'une bibliographie plus éclairée (8), Florestan Fernandes n'a modifié en rien sa position. En 1980, par exemple, quand il trouve la sociologie à l'intérieur des conflits de classes, il souligne ceci,
En assimilant les présupposés de la « logique de domination », la sociologie appauvrit ses cibles empiriques, théoriques et pratiques. Le paradigme de ce circuit se trouve, idéalement, dans la question de l'efficace d'une civilisation donnée, telle que la question proposée par Durkheim. On prétend « aller au fond des potentialités d'une civilisation donnée » – et non la détruire, ou la remplacer par une autre, et du moins, arracher les forces créatives bloquées (Fernandes, 1980, p. 30).
Cela veut dire que, selon Florestan Fernandes, dans le contexte du capitalisme du XIXe siècle, une sociologie comme celle de Durkheim avait pour objectif de « garder et consolider les positions dominantes ou renforcer le contrôle de pouvoir... ». Là, Florestan Fernandes ratifie sa position antérieure ; autrement dit, contrairement à ce qu'il ne semble paraître, cette position ne découle pas du fait qu'il soit en dehors de la vie académique et son engagement politique, à cette époque, mais de la compréhension qu'il avait du sociologue français.
La manière dont Florestan Fernandes a traité la sociologie de Durkheim n'a pas été suivie, sauf exception. En 1958, à l'occasion du centenaire de la naissance de Durkheim, il y a eu, à Salvador de Bahia, une série de conférences pour fêter cette date. Cet événement recouvre plusieurs aspects remarquables. D'abord, c'est le premier et le seul à se tenir au pays. Deuxièmement, malgré le cours de sciences sociales de l'USP (Université de São Paulo) et de l'Escola, le livre Sociologia e Política (École Libre de Sociologie et Politique), la production sociologique de São Paulo n'a pas été citée par aucun de trois conférenciers ; en revanche, toute la production durkheimienne alors disponible, et celle de ses collaborateurs, quasiment tous les numéros de l'Année Sociologique et les ouvrages des auteurs analogues composent la bibliographie. Par ailleurs, les auteurs n'étaient pas des sociologues : Thales de Azevedo, en dépit d'être professeur d'anthropologie à la Faculté de Philosophie était médecin, Nelson de Sousa Sampaio et A. L. Machado Neto, juristes et professeurs à la Faculté de Droit.
La conférence de Thales de Azevedo, intitulée Durkheim e a teoria da cultura (Durkheim et la théorie de la culture), avec soin, cherche à démontrer que, à l'inverse de ce que qui arrive à l'anthropologie sociale, il y a une grande difficulté de la part de l'anthropologie culturelle d'assimiler la sociologie de Durkheim. Pour sa part, A. L. Machado Neto, intitulant sa conférence A sociologia jurídica da escola objetiva francesa (La sociologie juridique de l'école objective française), fait remarquer que l'héritage théorique durkheimien a influencé aussi bien des membres de l'Année Sociologique que certains juristes français dans leurs respectives réflexions sur le phénomène juridique. La première partie de son exposé attire l'attention, puisque là il montre les fondements théorico-épistémologiques de Durkheim (ce qui était absent au Brésil il y a peu de temps) et son effort pour établir la spécificité de l'objet de la sociologie et la différence de celle-ci vis-à-vis des autres sciences (9). La conférence Durkheim e a sociologia de Nelson de Sousa Sampaio est un chef-d'œuvre. Dans un premier moment, appuyé sur la biographie écrite par Harry Alpert (10), il met en rapport l'œuvre de Durkheim avec la trajectoire sociale de ce dernier et son contexte historique où il a vécu ; là ressort la présentation d'un auteur pas si neutre et attentif aux problèmes de son époque (11). Par la suite, Nelson de Sousa présente les sources de la pensée de Durkheim, la manière dont ce dernier structure sa théorie sociologique, ainsi que les variétés de ses champs d'étude. Dans les parties qui précédent la fin de la conférence, l'auteur fait une discussion critique sur les rapports entre la conception philosophique et sociologique de Durkheim ; autrement dit, la position de ce dernier face au devoir-être et l'être de la vie sociale. En dernier, dans sa conclusion, l'auteur souligne la tâche de la sociologie durkheimienne avec la réforme sociale (12).
Nonobstant, c'est la position de Florestan Fernandes qui eut un impact consistant sur la génération ultérieure de sociologues, particulièrement celle de l'Université de São Paulo (USP), le centre principal de diffusion de la sociologie contemporaine brésilienne. De ce fait, par exemple, dans l'ouvrage qu'il a organisé avec Marialice Foracchi, Sociologia e Sociedade (publié depuis 1977 et jusqu'à aujourd'hui), José de Sousa Martins fait une Introduction, où il développe des commentaires comparatifs entre les classiques. Là, encore que ses analyses mettent l'accent sur Durkheim et Marx, il est question au début de Weber, même si brièvement. Cela s'explique par le fait que, selon l'auteur, en respectant les nuances et les particularités entre les classiques, le principe logique d'intégration se trouve aussi bien dans la sociologie de Durkheim comme dans celle de Weber. Chez ce dernier, néanmoins, ce principe est inscrit « étroitement à l'intérieur de chaque type idéal en articulant de manière raisonnable leurs éléments », tandis que chez Durkheim il « est employé en termes complètement divers, d'abord parce que la vie sociale n'est pas conçue en termes historiques, comme une réalité qualitativement différente de la nature. Le principe d'intégration agit là pour produire l'articulation organique et fonctionnelle des éléments de la réalité » (Martins, 1992, p. 3).
Cela engendre un résultat différent : tandis que Weber, met en lumière la singularité historique qui implique la production sociologique, en raison de l'efficacité méthodologique du type-idéal, qui s'épuise où « s'arrête la rationalité sur la réalité », Durkheim, dans la mesure où il utilise le principe de l'intégration comme fondement du concept de solidarité, comprend et saisit la vie sociale dans l'inertie ; les autres concepts tels que l'anomie et le couple normal/pathologique sont des formulations qui confirment ce point de vue.
D'après ce que nous venons de dire, l'absence de la notion de devenir, la conception naturelle de la société et le conservatisme conséquent sont rendus plus évidents lorsque, Martins compare Durkheim à Marx. Étant donné que ce dernier construit sa connaissance sociologique à partir du principe de contradiction, il peut saisir que la vie sociale résulte de l'activité humaine et c'est pour cela qu'elle ne peut pas être comparée ni étudiée au même titre que la nature. C'est cette perspective qui lui a permis d'avoir une compréhension de la société historique, en saisissant la spécificité de chaque formation humaine, en particulier la formation capitaliste. Pour cela, toujours selon Martins, il était nécessaire d'utiliser le principe de contradiction, car il est le bon outil pour rompre avec l'opposition entre la forme et l'essence des relations sociales ; si la forme produit et légitime les visions réifiées, le dépassement et l'appréhension de l'essence démystifient et dévoilent les fondements historiques réels de ces relations à l'intérieur du capitalisme. En revanche, reposant sur le principe d'intégration, la sociologie de Durkheim met l'accent sur la forme, ce qui la fait non seulement reproduire comme exprimer la réification qu'objectivement le système engendre ; c ce serait une idéologie qui légitime l'ordre de la société moderne et donc conservatrice (Ibid., p. 5).
L'ouvrage de Michael Löwy, Les Aventures de Karl Marx contre le baron de Münchhausen, qui est paru en 1987 et est toujours publié, développe une sociologie de la connaissance et tient comme cible l'œuvre de Durkheim. Dans le premier chapitre, l'auteur développe l'argument suivant : tandis que chez Condorcet et Saint-Simon les conceptions de la société sont régies par des lois naturelles, épistémologiquement assimilée par la nature et la neutralité ayant une perspective révolutionnaire, chez Comte et Durkheim ces conceptions gagnent un caractère conservateur. Par rapport à ce dernier, qui est considéré comme le véritable « père de la sociologie positiviste », Löwy affirme que ces conceptions étaient utiles au capitalisme : la proximité de sa sociologie à l'économie politique, comme en témoigne la naturalisation de la société, fait partie du discours idéologique du nouvel ordre industriel ; sa vision organiciste le conduit à considérer illusoire d'interrompre l'inégalité sociale et donc à accepter le modèle darwiniste du social. Rien de plus distinct et agissant dans le sens contraire du « syndicalisme révolutionnaire menaçant », développé à l'époque, en France. Pour résumer, selon Löwy, c'est sa méthode positiviste qui a permis de « légitimer en permanence, à travers les arguments scientifiques et naturels, l'ordre (bourgeois) établi » (13).
En sortant de cette vaste littérature sociologique, il n'est pas difficile de trouver des points de vue similaires dans les manuels de sociologie et des textes d'introduction. A titre d'exemple, nous pouvons citer le livre O que é a Sociologia ? (Qu'est-ce que la sociologie?), de Carlos B. Martins. Ceci, en plus de souligner que « Durkheim a sous-estimé la créativité des hommes dans le processus historique », en les concevant comme des êtres passifs, indique que la fonction de sa sociologie « serait de déceler et chercher des solutions pour " les problèmes sociaux ", restituant la « normalité sociale » et en se transformant, de cette manière, en technique de contrôle social et du maintien de l'ordre établi » (Matins, 1984, p. 50).
Sous la même orientation, dans l'introduction déjà mentionnée, José Albertino Rodrigues esquisse presque la même idée : « Durkheim, dans la mesure où il développe sa théorie en adoptant les concepts de base tels que la coercition, la solidarité, l'autorité, les représentations collectives, etc., se montre en effet fondamentalement soucieux du maintien de l'ordre social » (Rodrigues, 1978, p. 28).
Quoi qu'il en soit, l'établissement de ces évaluations peut expliquer pourquoi tant les étudiants et les enseignants, ainsi que d'autres domaines connexes, identifient Durkheim comme essentiellement conservateur ou comme un penseur de l'ordre établi. Ces œuvres ne sont peut-être pas celles qui font réellement rentrer nos étudiants en contact avec la sociologie, mais on ne peut nier qu'elles ont exercé une forte influence sur les générations postérieures.

(2) L'engagement et la conception de la vie sociale
Cependant, si l'on situe la sociologie durkheimienne en France dans la seconde moitié du XIXe siècle, en particulier dans la Troisième République, il semble qu'il y ait un rapport très étroit entre cette sociologie et la réalité de la fin de ce siècle. Nous pouvons également voir que la plus grande part de son travail a été établie en conformité et parfois engagée dans le processus de transformation de cette société. D'ailleurs, selon Jean-Claude Filloux, ce dernier aspect est la principale raison qui a conduit Durkheim à devenir un sociologue (Filloux, 1987, p. 13).
Ici, même en passant, nous pouvons citer trois exemples lapidaires. Le premier concerne le soutien intellectuel (actif et enthousiaste) de Durkheim à la réforme du système scolaire français, entre 1880 et 1885, devenu public, laïque et obligatoire, d'abord pour les hommes, ensuite s'étendant aux femmes (Prades, 1997, p. 9). Depuis son admission à Bordeaux, en 1887, ayant continué à la Sorbonne à partir de 1902, « il a toujours donné, hebdomadairement, une heure de cours à la pédagogie. Ses auditeurs étaient surtout des membres de l'enseignement primaire » (Fauconnet, 1999, p. 11). Un deuxième exemple qui peut être mentionné est la position prise face à l'affaire Dreyfus. En tant que professeur, ainsi que certains artistes et écrivains, il participe également du mouvement pour la révision du procès contre l'officier d'artillerie de l'armée française. Entre autres activités, il a pris position dans un article, mettant en garde contre les dangers qu'encouraient les droits individuels ; telle menace mettait en danger même l'accomplissement du précepte « à chacun selon son travail » (Durkheim, 1987, p. 277. Le dernier exemple, qui sera repris ensuite, est un aspect concernant la proximité de Durkheim avec les socialistes et leur appréciation sur l'avenir du socialisme.
Sans vouloir juger le fait que cette question soit mise de côté dans notre sociologie, cet engagement n'est pas auto-explicatif, méritant des éclaircissements sur son fondement. En fait, il est logique et gagne du sens si nous laissons de côté les interprétations que José de Sousa Martins et Michael Löwy, qui ont été mentionnées précédemment. C'est pourquoi la plupart des positions politiques et idéologiques de Durkheim a une relation directe avec leur compréhension de la vie sociale.
Contrairement à ce que les auteurs affirment, pour exemple, Durkheim ne réduit jamais la vie sociale à la nature. Tout d'abord, parce qu'il avait la ferme intention de consolider la sociologie comme une science qui a clairement besoin de souligner la spécificité de son objet. Deuxièmement, en raison de l'identification comme le fondement moral de la vie sociale, qui s'exprime à travers des représentations et des actions. Par conséquent, selon les Règles de la méthode sociologique, par exemple, il ne peut pas être confondu avec les phénomènes organiques. Mais on objectera que Durkheim établit des parallèles entre la vie sociale et les phénomènes naturels. En fait, il s'agit des analogies, une procédure pas très difficile de trouver chez divers auteurs. Cependant, il avertit que de telles analogies doivent être mitigées en mettant en évidence ses limites. Selon lui

L'analogie est une forme légitime de la comparaison et la comparaison est le seul moyen pratique dont nous disposons pour arriver à rendre les choses intelligibles. Le tort des sociologues biologistes n'est donc pas d'en avoir usé, mais d'en avoir mal usé. Ils ont voulu, non pas contrôler les lois de la sociologie par celles de la biologie, mais induire les premières des secondes. Or de telles inférences sont sans valeur (Durkheim, 2002, p. 1-2).

Cela posé, souligne encore Durkheim, on pourrait dire que les analogies entre les lois de la psychologie et de la sociologie sont plus faciles à établir et/ou rapprocher dans la mesure où la vie mentale et sociale sont faites des représentations sociales.
Cohérent et en conformité avec cette conception de la vie sociale, en rejetant toute aporie théorique, Durkheim comprend également celle-ci ayant une détermination historique, à savoir, les relations sociales ne sont pas immuables, elles se transforment dans le temps et dans l'espace. Là, parmi d'autres aspects, nous mettons deux en évidence, qui bien que distincts, sont étroitement liés : l'importance que l'économie a acquise dans la société moderne et la consolidation de l'individualité.
L'économie, en particulier, à la fin du XVe et au début du XVIe siècle, était secondaire et assujettie à la logique d'autres dimensions de la vie sociale. Jusque-là, l'organisation économique, qui reposait sur les corporations d'office était en harmonie avec l'état où se trouveraient les affaires et l'industrie. Cependant, à partir du XVIIe siècle, l'économie a dépassé l'espace urbain, et se place à l'échelle nationale et internationale. Des vastes entreprises et des affaires se sont constituées, ce qui a mis en cause la réglementation et l'organisation appropriées pour un marché qui jusque-là était restreint et en formation. Selon Durkheim, à partir de ce moment, les industries « ne se limitent pas à une ville ou même à une région, mais ... cherchent à s'élargir dans le monde » (Durkheim, 1999, p. 9), en modifiant en fin de compte les caractéristiques de l'économie.
Ces transformations rendent à l'économie un rôle important capable d'incidence dans la société, ce qui n'existait pas auparavant. Dans le passé, en raison du fait que les activités du commerce et de l'industrie impliquaient un nombre insignifiant de personnes, l'économie était reléguée à une position inférieure et de ce fait n'était pas un objet d'intérêt de certains secteurs dirigeants, ce qui est différent de ce qui s'est passé dans le monde moderne où ces activités sont exercées pour un grand contingent et qui touchent presque la totalité de la société. Pour cela, Durkheim attire l'attention au fait qu'« aujourd'hui en particulier, la gravité exceptionnelle de cet état, c'est le développement, inconnu jusque-là, qu'ont pris, depuis deux siècles environ, les fonctions économiques. Tandis qu'elles ne jouaient jadis qu'un rôle secondaire, elles sont maintenant au premier rang » (Durkheim, 1967, p. IV).
En plus de cela, la place notoire et l'ascendance que l'économie a acquises sont dues à sa complexité et à son envergure par rapport aux divers aspects, tels que le politique, le religieux, le militaire, etc. À l'inverse de ces derniers, dans Leçons de sociologie, Durkheim met l'accent sur le fait que l'aspect économique présente des fonctions sociales que « sont les plus développées » (Durkheim, 1997, p. 67). Ce n'est que la science qui pouvait rivaliser avec l'économie ; cependant, il rappelle, que le développement de la connaissance scientifique s'est fait relier à l'économie.
Parallèlement et en étroit rapport avec ces transformations du rôle de l'économie, le processus d'individuation s'est renforcé. Il ne s'était manifesté auparavant que dans le christianisme, mais uniquement au niveau transcendantal, parce que dans le christianisme se trouve « dans la foi intérieure, dans la conviction personnelle de l'individu la condition essentielle de la pitié » (Durkheim, 1987, p. 272). Dans la société actuelle, l'individualité gagne un fondement dans le mode d'organisation et de fonctionnement de la société comme dans les valeurs qui la justifient et la légitiment.
Durkheim fonde cette compréhension dès De la division du travail social, où il met en lumière l'individu, en particulier son rapport avec la société. En général, entre autres questions, il explique que l'approfondissement de la division du travail, en marquant des réalités diverses à l'intérieur de la vie sociale, a permis l'apparition des espaces pour le développement de l'individualité à mesure que s'atténue le poids de la société et s'accroît la personnalité différentielle de chacun de nous. Or, les transformations de la vie économique dans la modernité rendent cela possible, car cela diversifie la réalité, selon Durkheim.
Cela dit, Durkheim établit la relation suivante : au fur et à mesure que la société traverse un processus de diversification cela engendre aussi un processus d'individuation : « On s'achemine ainsi peu à peu vers un état, qui presque atteint dès maintenant, et où les membres d'un même groupe social n'auront plus rien de commun entre eux que leur qualité d'homme, que les attributs constitutifs de la personnalité humaine en général » (Ibid., p. 271). Autrement dit, aujourd'hui, même si on participe des divers domaines, des organismes, des institutions, etc., qui constituent la vie sociale, l'individualité de chacun ne peut pas être perdue de vue. En plus, c'est justement en raison de cette capacité d'être multiples, de vivre dans des réalités diverses, d'agir dans des champs différents, qu'elle se développe et se rend possible.
Ce processus d'individuation fut, avec des déterminations historiques, revêtu de valeurs, des idéaux et conception sans lesquels la modernité ne serait pas pensable. Durkheim souligne que dès les philosophes des Lumières, avec Rousseau et Kant, en passant par Hegel et Marx, nous pouvons trouver un souci constant pour ces questions. De là est née la conception abstraite et universelle de l'être humain, la Déclaration des Droit de l'Homme, les idéaux de l'autonomie intellectuelle et de l'autonomie politique, etc. De ce fait, à l'inverse de la conception de passivité tel que Carlos B. Martins avait postulé, Durkheim examine comment les individus sont devenus de plus en plus conscients de leurs droits (Ibid., p. 75-76).
Ces aspects que nous venons de citer expliquent pourquoi Durkheim a subi une persécution sévère et systématique des secteurs les plus rétrogrades et conservateurs de la société française, en particulier de la droite catholique. Non seulement en raison de son engagement, encore que ponctuels, comme l'affaire Dreyfus, la campagne contre la Première Guerre, mais aussi par les caractéristiques de sa sociologie. Selon Wolf Lepenies, cette dernière a été accusée d'être essentiellement allemande et donc illégitime (14) (Lepenies, 1990, p. 75).

(3) Critique de l'économie politique et l'avenir du monde
Nous insistons sur la compréhension de Durkheim sur l'économie et le processus d'individuation, comme des exemples de sa conception historique de la vie sociale, ce qui n'est pas par hasard. Elle nous permet de voir comment il fait une critique de l'économie politique, en particulier, de la conception libérale classique, contrairement à ce qu'affirme Michael Löwy.
Dans un premier temps, Durkheim reconnaît le mérite de l'économie politique d'avoir fait les premiers pas en vue de la constitution des sciences sociales : elle a été la première à soutenir que la vie sociale possède sa propre dynamique ; elle présente une objectivité, et, par conséquent, ce fut par le moyen de l'économie politique, qui a été possible de « reconnaître que les phénomènes sociaux sont accessibles à l'investigation scientifique » (Durkheim, 1987, p. 83). Cependant, il l'a critiquée sévèrement, parce que son discours est centré sur l'individu et pour méconnaître les besoins de l'économie d'être régulée (Ibid., p. 84). Pour Durkheim, parmi d'autres aspects, l'accent mis sur l'individu plutôt que sur le collectif dévoilait un élément politico-pratique qui le laissait inquiet. L'hégémonie libérale, l'idolâtrie de l'individu, tout au moins en France (Durkheim, 1975, tome I, p. 268), était réelle et a eu de graves conséquences. Cette hégémonie libérale, selon Durkheim, exprimait un symptôme : l'économie dérégulée. Même si elle n'était pas la cause, elle légitimait cet état de choses. Les conséquences ont été extrêmement dommageables. L'apologie qui avait autour des intérêts des individus, par exemple, a été décrite par Durkheim comme contribuant au suicide égoïste. D'autre part, l'absence de règles dans l'économie a entraîné la division du travail dans les crises commerciales et industrielles, et ainsi de suite.
Ces faits de la dynamique de l'économie n'étaient pas perçus comme un problème pour les économistes. Dans l'analyse de Durkheim, cependant, cela s'est produit dans la mesure où ils perdaient de vue la société dans son ensemble. Tout d'abord, ses réflexions étaient dirigées pour répondre aux besoins de la personne, notamment les besoins matériels. La société, cependant, a était transformée en « un être de raison, une entité métaphysique que le savant peut et doit négliger » (Ibid., p. 271). Dans cette situation, seuls les intérêts de chaque individu conduit à l'existence de la société. Dans un cas contraire, si l'intensité de cette dernière était supérieure, selon Durkheim, les économistes auraient pensé que cela pourrait être « une menace pour cette indépendance individuelle qui leur est plus chère que tout au monde » (Ibid., p. 272). La vie sociale était donc réduite à une existence unilatérale, fragile, qui ne pourrait survivre au-delà de l'individu.
Durkheim s'opposait de manière frontale à un tel concept. Pour lui, l'homme et la société, tels que les concevaient les économistes, étaient de « pures imaginations qui ne correspondent à rien dans les choses » (Durkheim, 1987, p. 212). Dans sa conception, exprimée dans De la division du travail social, avant que les individus puissent jouir ou chercher à obtenir des avantages matériels, il était nécessaire que la société existe. D'ailleurs, comme il soutenait de manière incisive, « qu'on le veuille ou non, qu'elles soient un bien ou un mal, les sociétés existent. C'est au sein de sociétés constituées que se manifeste l'activité économique » (Ibid., p. 208).
Or, cohérente soit-elle, cette critique de l'économie politique a été accompagnée par une réflexion et une position face au socialisme. Durkheim estimait que le socialisme exprimait l'état où se trouvait l'économie. Le principal symptôme, selon lui, vient du fait que même les activités économiques ayant lieu au sein de la vie sociale et ayant une réciprocité entre les états, se présentaient comme privées. En d'autres termes, en dépit de son importance dans la vie moderne, les fonctions économiques se développaient de façon autonome. C'est à partir de cette réalité et en souhaitant la surmonter qu'est surgi le socialisme. Pour cela, Durkheim l'a défini comme « toute doctrine qui réclame le rattachement de toutes les fonctions économiques, ou de certaines d'entre elles qui sont actuellement diffuses, aux centres directeurs et conscients de la société » (Durkheim, 1992, p. 48).
Ainsi, sur la base de ses études, Durkheim prédit que la réalité de l'économie trouverait sa solution dans le socialisme. Ceci, selon lui, constituait une tendance pour laquelle la société industrielle convergeait. Ainsi, loin d'être un échec, il semblait « impliqué dans la nature même des sociétés supérieures. Nous savons, en effet, que, plus on avance dans l'histoire, plus les fonctions sociales primitivement diffuses s'organisent et se socialisent » (Durkheim, 1987, p. 235). Cela signifiait que le socialisme ne résultait pas d'un idéal. Avant tout, il s'agissait d'un processus historique de la société que, dans la mesure où elle s'est constituée par des nouvelles fonctions et des domaines d'activités, elle avait besoin de les organiser et de les coordonner. Inexorablement, les fonctions économiques, même si elles semblent parfois autonomes, elles n'échapperaient pas à cette tendance. À ce moment-là, alors, le socialisme s'effectue. Ainsi, pour Durkheim, le socialisme résulterait de la dynamique de l'ordre social moderne. C'est peut-être pourquoi il a nourri tant d'espoir sur l'avènement de cette nouvelle forme d'organisation de la société (15) et une sympathie par les partis qui avaient comme idéal et objectif de l'atteindre (16).
La position de Durkheim sur l'économie, très proche de celles soutenues par les socialistes, il la tiendra jusqu'à sa mort. Il évaluait que l'avenir de l'action politique, après la Première Guerre mondiale, devrait subordonner l'économie à la politique.

(4) Considérations finales
Comme nous pouvons le voir, d'après cet exposé, il y a des aspects des positions politiques et idéologiques dans l'œuvre de Durkheim qui contredisent les interprétations qui ont longtemps prédominé au sein de la sociologie brésilienne et qu'y demeurent en quelque sorte. Contrairement aux étiquetages habituels, ses écrits et ses positions face à la réalité de son temps étaient très éloignés du conservatisme. De ce fait, il nous semble que cela commence à changer. Cependant, il reste un problème à résoudre. Pourquoi Durkheim est-il resté, dans le développement et la consolidation de la sociologie brésilienne, de façon massive, et presque absolue, associé à un penseur hostile au changement, qui contribuait à maintenir le statu quo ? Certains répondent à cette question en mettant en relief l'aspect idéologique : l'influence du marxisme, en quelque sorte, aurait façonné les autres théories, mettant celles-ci en opposition à celle-là, en particulier, celle de Durkheim (17). Une telle pondération, même si elle a une certaine pertinence, ne peut pas expliquer les raisons qui ont conduit à ce genre de traitement. Car, si Durkheim y était facilement situé, c'est parce que, au préalable, il y avait une certaine compréhension de sa pensée.
Comment expliquer que cette compréhension de l'œuvre de Durkheim se soit établie de façon si ancrée dans notre monde académique ? Avant de répondre à cette question, il est pertinent de constater qu'en principe, en raison de l'importante influence française dans la formation de notre sociologie, notamment dans la fondation et la structuration du Cours de Sciences Sociales à l'Université de São Paulo (USP), on témoigne d'une surévaluation de certains aspects, tandis que d'autres, fondamentaux pour comprendre les positions que l'auteur et ses écrits ont pris dans le contexte historique où ils étaient inscrits, ont été relégués à l'arrière-plan. Apparemment, les recherches menées à ce jour, même avec le poids de la participation des enseignants-chercheurs français, c'est surtout la vision nord-américaine de Durkheim qui s'est imposée à notre pensée sociologique. Certains éléments corroborent dans ce sens.
Le projet intellectuel de Durkheim, nous le savons, comprend la création de l'Année Sociologique et d'une équipe douée qui a eu une forte influence sur le champ académique français. Cependant, la mort prématurée de Durkheim, comme l'ont montré Charles-Henry Cuin et François Gresler (1994, p. 165-174), a remis en question l'importance de ses réflexions et d'études et a contribué de manière décisive au déclin de la sociologie académique et scientifique elle-même. En même temps, encore que dominant dans le scenario sociologique, un processus de différenciation entre les durkheimiens commence à apparaître : d'une part, des auteurs tels que Mauss, Halbwachs, Simiand ont cherché à perpétuer l'héritage de Durkheim, mais avec un approfondissement, une révision ou un abandon de ses hypothèses ; d'autre part, Bouglé, Georges Davy et Fauconnet se sont consacrés à la diffusion du travail du maître et ont exercé des fonctions administratives clés dans la vie universitaire française, en particulier à Paris (Steiner, 1994, p. 98-109). Selon Johan Heilbron et Jean-Christophe Marcel, en affinité avec cette nouvelle réalité, une nouvelle génération de chercheurs en sciences sociales a émergé sans forcément s'identifier et/ou refuser Durkheim et son école (18) (Heilbron, 1995, p. 203-237 ; Marcel, 2001).
Dans cette génération ont été recrutés des enseignants de la mission française. La présence de Claude Lévi-Strauss dans les premières années du Cours de Sciences Sociales à l'Université de São Paulo (USP), la participation durable et active de Roger Bastide et le passage tardif de Georges Gurvitch par le Brésil se sont caractérisés par le refus de la sociologie durkheimienne en tant que référence de la réflexion théorique. Le premier, dans Tristes Tropiques soutient fermement qu'il est arrivé au Brésil « dans un état de révolte ouverte contre Durkheim » (Lévi-Strauss, 2009, p. 57). Tout en reconnaissant plus tard la contribution de Durkheim à l'anthropologie, comme en 1947, la position de Triste Tropiques a été réitérée dans De près et de loin en 1988. Dans ce livre-entretien, il déclare :

J'étais parti pour le Brésil parce que je voulais devenir ethnologue. Et j'avais été conquis à l'ethnologie en rébellion contre Durkheim, qui n'était pas un homme de terrain, alors que je découvrais l'ethnologie de terrain à travers les Anglais et les Américains. J'étais donc dans une position fausse. On m'avait fait venir pour perpétuer l'influence française d'une part, et la tradition Comte-Durkheim d'autre part. Et j'arrivais, conquis, à ce moment, par une ethnologie d'inspiration anglo-saxonne. Cela m'a créé de sérieuse difficultés » (Lévi-Strauss, 1990, p. 31).

Roger Bastide, à son tour, dès sa formation plus proche de René Worns et en opposition à Durkheim, a toujours été critique de la méthode de ce dernier et en désaccord avec son explication sociologique de la religion ; cela peut être vérifié dès ses premiers écrits, comme son texte Mysticisme et Sociologie de 1928, jusqu'à son ouvrage Les religions africaines au Brésil de 1960. Selon Fernanda Massi, le seul qui semble avoir eu une certaine proximité avec l'œuvre de Durkheim fut Arbousse-Paul Bastide (Massi, 1989, p. 432). En résumé, paradoxalement, le poids indéniable de l'influence française n'a pas résulté dans une refondation de liens entre la sociologie brésilienne et la sociologie durkheimienne ; au contraire, l'impression est que des obstacles ont été créés.
Le rapport de ce corps d'enseignants français et l'œuvre de Durkheim peut expliquer pourquoi sa sociologie a été nommée unilatéralement au Brésil de fonctionnaliste. Ce terme est inhabituel à l'univers sociologique français. Il n'est pas surprenant toutefois que, malgré la présence de la notion de « fonction » dans le premier chapitre de De la division du travail social et dans quelques pages du Ve chapitre de Les Règles de la méthode sociologique, Durkheim n'a jamais eu l'intention de développer à partir de là une théorie explicative de la vie sociale. Cependant, la faible utilisation de ce concept ne l'a pas empêché de servir d'inspiration à Malinowski et Radcliffe-Brown, lesquels ont formulé une théorie fonctionnaliste qui, pour lutter contre l'évolutionnisme anthropologique, ont priorisé l'étude des institutions par rapport aux totalités sociales. Par la suite, en rajoutant le concept de fonction à celui de structure, Talcott Parsons fait du fonctionnalisme, comme l'atteste Giddens (2001, p. 118) (19), « le courant dominant de la théorie sociale dans le contexte de la sociologie américaine ». Pour sa part, Jean-Claude Filloux, dans son Introduction à la théorie sociale et l'action, attire l'attention sur le fait que Parsons a interprété la sociologie de Durkheim comme une sociologie de l'ordre, mettant de côté sa préoccupation pour l'action et la transformation sociale.
Dans le cas du Brésil, la réduction de la sociologie de Durkheim au fonctionnalisme a eu bien des conséquences. L'établissement de cette identification a transposé vers la première (la sociologie durkheimienne) les prémisses et les principes du second (le fonctionnalisme), ce qui a permis une compréhension homogène des deux courants sociologiques. Ainsi, par exemple, même si la sociologie de Durkheim n'a pas négligé ou minimisé les changements dans la société, il a été accusé d'une vision a-historique, en la réduisant à une analyse synchronique des rôles que certaines structures, institutions, etc., ont joué au sein de la vie sociale. En corollaire, il y a un consensus au Brésil en ceci qu'elle est étrangère et ne peut pas expliquer le devenir. De ce fait, apparemment, et bien que cela ne soit pas le seul facteur explicatif, Durkheim dû contribuer à cela en ceci que, comme on vient de le voir, on ne sait pas comment sa sociologie ne pourrait pas être identifiée comme conservatrice et légitimant l'establishment.
L'approfondissement de notre recherche peut indiquer d'autres lignes de l'investigation afin de clarifier pourquoi Durkheim a été marqué comme penseur conservateur. Pourtant, malgré l'absence d'explications plus détaillées sur ce phénomène, il est surprenant que cette compréhension de l'auteur français soit restée avec tant de vigueur au sein de la sociologie brésilienne, compte tenu de la publication de textes inédits, à partir des années 1970, où sont mis en évidence les trois volumes de Textes, sous l'égide de Victor Karady, et la reprise des discussions sur les travaux de Durkheim vingt ans plus tard, à l'occasion du centenaire de la publication de ses trois premiers livres, et des publications de la biographie réputée comme celle de Steven Lukes, Durkheim: his Life and Work, en 1973, et la foisonnante biographie de Marcel Fournier, Durkheim, publiée en 2007.
José Benevides Queiroz

Traduit du portugais (Brésil)
par Juarez Lopes de Carvalho Filho,
avec la collaboration de Antonio Paulino de Sousa

 

Notes


(1) Malgré le bon répertoire que l'auteur fait de la réception du Durkheim au Brésil, nous refusons l'hypothèse d'y associer chaque étape de l'œuvre durkheimienne avec les périodes en France.

(2) L'une des exceptions est le texte de Renato Ortiz où, au delà de montrer les efforts de l'auteur français dans le processus de consolidation de la sociologie comme science, il situe et associe son œuvre à la Troisième République. Renato Ortiz, Durkheim: arquiteto e heroi fundador. In Revista Brasileira de Ciências Sociais, n°11, vol.4, 1989. Pour sa part, José Albertino Rodrigues, dans L'introduction qu'il fait d'un volume de Textes choisis de Durkheim, (Editora Atica), d'écrit aussi un scénario où ce dernier a élaboré son œuvre. Cependant, en dehors de l'aspect biographique, il priorise le contexte général de la société du XIXe siècle (José Albertino Rodrigues, Introdução in Durkheim, São Paulo: Editora Atica, 1978, p. 7-18).
(3) Il faut remarquer que dès l'année 1935, Fernando de Azevedo, dans son livre Princípios de Sociologia, n'a de laisse pas de mentionner Weber. Cependant, ce dernier apparaît seulement dans une photo et dans un glossaire de douze lignes.
(4) «...les actes criminels...ont toujours constitué, constitue et constitueront, durant leurs existence, la part infiniment inférieure des actions sociales, une minorité considérable par rapport aux actes permis, licites et non punis. Par conséquent...ce phénomène n'est pas, pour cela, un phénomène normal».
(5) « Ainsi, dit Paulo Egydio, accepter la règle de Durkheim dans toute sa compréhension littérale, c'est déprécier la physionomie des faits sociaux et la nature même de l'étude, qui doit être instituée sur elles. Ayant les faits sociaux une nature composée, objectif et subjectif, l'observation sociologique doit être en même temps objective et subjective. Cependant, dit-il, déterminant une telle délimitation, cela ne réduit pas la valeur de la méthode objective «. Cf. J. Mendes Jr., Do conceito geral do crime in Revista da Faculdade de Direito de São Paulo, vol. VIII, São Paulo, Espindola, Siqueira & Comp., 1900, p. 42.
(6) Le journal, O Estado de São Paulo, le 17 mai 1935, publie une lettre de Lévi-Strauss, qui déclare : « je considère votre Principios comme l'un des meilleurs traités de sociologie existant dans l'actualité. Aucun, en tout cas, manifeste plus que lui le soin constant de donner une place à toutes les conceptions, même les plus récentes, encore ignorées du public ». Le mois suivant, dans le même journal, dans un article intitulé Um livro de iniciação sociologica, Paul Arbousse-Bastide fait un commentaire élogieux sur l'ouvrage de Fernando de Azevedo.
(7)Une exception signalée est le manuel Um toque de Clássicos. Lors de la conclusion de la présentation de la pensée de Durkheim, les auteurs affirment que, parfois, « les analystes plus pressés...l'identifient avec des tendances conservatrices de la pensée politique et sociale de l'époque ». Quintaneiro, T. Barbosa, M. L. de O. &Oliveria, Márcia G. Um Toque de Clássicos : Durkheim, Marx, Weber, 3ª reimpressão, Belo Horizonte : Editora UFMG, 2000.
(8) Datée de 1973 la réputée biographie écrite par Steven Lukes, Emile Durkheim, vida e obra e de 1975 la publication des textes inédits de Durkheim colligés et organisés par thème, par Victor Karady en trois volumes intitulé : Textes.
(9) « C'est un travail de Durkheim, spécialement dans sa polémique contre le psychologisme de G. Tarde, pour que la sociologie puisse affirmer sa spécificité épistémologique, un domaine de la réalité définitivement soumis comme son objet particulier – le social » (Machado Neto, A. A sociologia juridica da escola objetiva francesa, in Azevedo, T. (dir.). A atualidade de Durkheim, Salvador : Imprensa Vitoria, 1959, p. 80).
(10) Publié originalement en anglais, en 1939, il s'agit de la première biographie sur Émile Durkheim, Alpert, H. Durkheim, México, Fondo de Cultura Econômica, 1945.
(11) « L'importante œuvre sociologique de Durkheim fut réalisée, à peu près, en trois décennies de travail acharné. Commencée la Guerre de 1914, l'homme de cabinet se transforme, en même temps dédiant ses énergies à l'entreprise vitale pour éclairer le public et soutenir le moral des Français ». Sampaio, Nelson, S. in Azevedo, T. (Org.). A atualidade de Durkheim, op. cit. p. 53.
(12) « Ceux qu'exagèrent la timidité de Durkheim réformateur doivent se rappeler que ce dernier a établi comme condition de base de la justice sociale que la richesse ne soit plus héréditaire ». Ibid., p. 69.
(13) Il est intéressant de noter que Löwy fait toute une critique de Durkheim en le confrontant avec le syndicaliste révolutionnaire Lagardelle. Cependant, Löwy ne mentionne en rien que le gauchisme de ce syndicaliste ne l'a pas empêché d'assumer, lors de l'occupation nazie, le ministère du travail du gouvernement de Vichy.
(14) « ...les attaques des intellectuels de la droite littéraire finirent par ne plus s'en prendre à la sociologie dans son ensemble, mais seulement à sa variante illégitime, la sociologie d'Émile Durkheim et de son École » (p. 75).
(15) Dans une lettre à Xavier Léon, datée de 30 mars de 1915, Durkheim confessait ceci :
« Le salut, c'est que le socialisme renonce à ses formules périmées, ou qu'un socialisme nouveau se forme qui reprenne la tradition française. Je vois si clairement ce qu'il pourrait être! ». Lettres d'Emile Durkheim in Durkheim, E. Textes II. Religion, Morale, Anomie, Paris : Les Éditions de Minuit, 1975, p. 478.
(16) Selon Bourgin, cité par Steven Lukes, Durkheim « n'a jamais occulté ses actives sympathies pour le parti socialiste et, en spécial, pour quelques uns de ses dirigeants, comme Jaurès ». Lukes, S. Émile Durkheim, Su vida y Su Obra, Madrid : Siglo Veintiuno, 1984, p. 321.
(17) Dans le Séminaire International sur Durkheim, à l'Université de São Paulo, tant Eunice Duhran que Sérgio Adorno ont développé des arguments dans la même perspective.
(18) Dans une autre étude, Marcel montre que plusieurs sociologues, après 1945, « comme Jean Stoetzel, Mendras, Alain Touraine, par exemple, ont fait leurs voyages d'initiation pour les Etats Unis ». Marcel, J.-C. Une réception de la sociologie américaine en France, in Revue d'Histoire des Sciences Humaines, 11, 2004, p. 46
(19) Il est intéressant de souligner que Florestan Fernandes, dans O método de intepretação funcionalista, analyse seulement les Règles de la méthode sociologique et De la division du travail social, les autres ouvrages de Durkheim étant cités en passant, tandis que les auteurs américains sont largement cités.

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Présentation de l'auteur


Docteur en sociologie, professeur à l'Universidade Federal do Maranhão (Brésil). Il mène des recherches dans le cadre de la théorie sociologique, notamment sur la réception de la sociologie d'Émile Durkheim au Brésil. Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.

 

Pour citer cet article


José Benevides Queiroz, La réception de la sociologie d'Émile Durkheim au Brésil, Revue Incursions n°8, Paris, Hiver 2013-2014.