L'enseignement catholique en France : l'éducation comme militance et institution

Saint Joseph charpentier La Tour1

Par André Lanfrey

Avant-propos
L'article ci-dessous a pour origine ma contribution à une vision d'ensemble de l'éducation catholique en Europe, projet subventionné par la Fondation Volkswagen. Paru en allemand dans Kirche und Erziehung in Europa, Nürnberg, Universität Erlangen, 2005, sous la responsabilité de Karl Graf Ballestem, Segio Belardinelli, Thomas Cornides, l'article n'a jamais été publié dans la langue de sa rédaction. Le plan avait été déterminé en quatre parties par les responsables du projet : 1/ Contexte culturel et social ; 2/ Cadre légal ; 3/ Œuvres ecclésiales d'éducation ; 4/ Problématiques et chances. Sur la demande de Paul-André Turcotte, responsable du projet européen pour la France, j'ai profondément remodelé le texte antérieur, en procédant à de nombreuses mises à jour tout en respectant les grandes divisions de la première publication.

Introduction

En 2000/2001 les chiffres-clés de l'enseignement catholique étaient les suivants (1) :

  • 2 040 266 élèves : soit 15,5 % des élèves du primaire; 19, 5% du secondaire; 30,5% de l'enseignement agricole (2) ;
  • les enseignants sont 135 075 : 40 845 dans le premier degré, 88 930 dans le secondaire, 5300 dans l'enseignement agricole. Le personnel non enseignant compte 67 829 personnes ;
  • l'enseignement supérieur catholique représente 2 à 3 % des deux millions d'étudiants de l'enseignement supérieur.

Comme la plupart des pays, la France dispose donc d'un double système d'enseignement, public et privé, l'opinion publique confondant plus ou moins l'école privée avec l'école catholique (94% de l'enseignement privé) alors qu'il existe des écoles privées laïques ou d'autres confessions, en particulier les écoles juives (3). Alors que l'Etat donne, aux écoles ne relevant pas directement de lui, le titre d' « écoles privées » le terme « école libre » demeure utilisé. Il faut aussi distinguer deux types d'établissements privés : ceux qui ont passé un contrat avec l'Etat et sont donc l'enseignement privé sous contrat (c'est le cas de pratiquement tous les établissements catholiques) ; et ceux qui vivent par leurs propres moyens et qu'on appelle familièrement « le privé-privé ».

Officiellement, donc, l'école catholique n'est que la partie principale d'un enseignement privé complexe tandis que, socialement, « école catholique », « école privée » et « école libre » sont largement confondus. Cet amalgame génère des préjugés favorables ou (et) défavorables, tributaires parfois de positions philosophiques, religieuses et politiques mais le plus souvent « le privé » est maintenant considéré comme une composante normale du paysage scolaire national : un enseignement public–bis. Il peut d'ailleurs revendiquer une histoire longue et féconde.

1/ UNE HISTOIRE LONGUE ET CONFLICTUELLE

Elle trouve ses origines dans l'esprit de la Devotio Moderna de la fin du Moyen-Age, recherchant un christianisme plus intérieur et inventant des formes éducatives nouvelles telles que le collège composé de « classes » c'est-à-dire d'élèves de même niveau recevant, tous en même temps, un enseignement dit « simultané ». Cette utopie éducative de nouvelle chrétienté n'influencera que lentement l'école élémentaire attachée à la vieille méthode individuelle qui consiste à faire défiler les élèves l'un après l'autre devant le maître, pour recevoir ou réciter leur leçon. Elle se heurtera aussi, à partir de la fin du XVIII° siècle, aux ambitions éducatives de l'Etat. D'où, au XIX° siècle et durant la première moitié du XX° siècle, une féroce guerre scolaire politico-religieuse aujourd'hui à peu près apaisée.

Une militance catholique « révolutionnaire »

Dans L'Europe des dévots (4) Louis Châtellier a montré l'esprit de ce courant, dont la Société de Jésus est l'emblème et l'acteur le plus connu. Il souligne notamment que les collèges de la Compagnie sont des bases d'action missionnaire et des lieux d'ancrage de multiples associations de laïcs, dont les fameuses congrégations mariales, destinées à apprendre aux hommes et jeunes gens comment vivre en bons catholiques selon les principes du concile de Trente. Organisées en réseaux, ces associations sont apparues comme le fer de lance d'une tentative de réforme du monde. Et Châtellier remarque (p 28) :

« Au moment où le concile de Trente séparait avec le plus grand soin les simples fidèles des chrétiens revêtus du sacerdoce et soumettait étroitement ces derniers, particulièrement dans leur fonction enseignante, aux évêques, l'initiative des Jésuites, sans évoquer certes le sacerdoce universel, ne dégageait-elle pas, pour certains, un relent d'hétérodoxie ? C'était en tout cas donner aux laïcs des fonctions beaucoup plus étendues. A terme, une nouvelle conception de l'Eglise se dessinait, qui pouvait apparaître à plus d'un comme une révolution ».

Tout l'essentiel du projet dévot, congréganiste et éducatif, me paraît contenu dans ces lignes : esprit missionnaire universaliste, vie religieuse austère mais dans le monde, réseaux de fraternité, sacerdoce universel pratiqué quoique non revendiqué. Il s'agit bien d'une nouvelle conception de l'Eglise. Et Châtellier a raison de parler de « révolution ».

Ce catholicisme moderne ne fera jamais l'unanimité en France. Molière, avec son Tartuffe, qui ridiculise les faux dévots, traduit, au XVII° siècle, les réticences de la société catholique. Les Jansénistes iront plus loin, reprochant aux Jésuites « une conception de la religion qui fait bon marché de la conscience individuelle » (5). En outre, parce qu'ils ne sont pas astreints aux obligations monastiques (habit spécifique, clôture, résidence, office divin) les Jésuites, et d'autres groupes de clercs réguliers, ouvrent une brèche dans la séparation traditionnelle du clergé en séculiers et réguliers.

Ni confréries ni ordres religieux : les congrégations

Chez les femmes, avec les Filles de la Charité de Vincent de Paul, naît en 1645 une nouvelle forme de vie conventuelle : les soeurs sont membres d'une confrérie placée sous la direction perpétuelle du supérieur général de la Mission (Lazaristes) et obtiennent l'unité de direction, l'absence de clôture, et l'exemption partielle de la juridiction épiscopale. Le règne de Louis XIV (1661-1715) verra se créer au moins dix-sept congrégations enseignantes féminines françaises bâties plus ou moins sur le même modèle. Désormais, il existe dans le monde féminin une structure intermédiaire entre le cloître et le mariage : des femmes qu'on va nommer « les filles séculières » ou « les sœurs » qui peuvent se consacrer, leur vie durant, aux oeuvres de miséricorde, notamment l'enseignement.

Du côté des hommes le prêtre lyonnais Charles Démia tente de résoudre le problème du manque d'enseignants formés, en publiant en 1688 un projet de création de séminaire de maîtres accueillant des clercs minorés dont l'emploi d'instituteur serait une sorte de « noviciat de la prêtrise » où, en enseignant les petits, on apprendrait à instruire les grands. Mais ce système a l'inconvénient de ne fournir des instituteurs que pendant un temps relativement court, les clercs et célibataires n'envisageant leur « métier » que comme une étape dans une carrière ecclésiastique.

C'est Jean-Baptiste de la Salle qui parvient à bâtir un modèle durable quoique partiel. Son plan primitif prévoyait, pour les villes, des communautés de frères. Pour les campagnes, des séminaires de maîtres devaient former des laïcs pieux et capables. Une société de prêtres dirigerait spirituellement cette organisation à trois étages. En fait J.B. de la Salle ne réussit à mettre sur pied que la communauté des frères en 1686. Toutes ses tentatives de créer des séminaires de maîtres pour la campagne échouent : d'abord à Reims en 1687-90 ; une seconde tentative avorte à Paris en 1699-1705 et une troisième en 1708-1712. Quant au projet de communauté de prêtres, il ne verra jamais le jour.

Les Frères de Ecoles Chrétiennes développent dans les villes une pédagogie novatrice fondée sur l'enseignement simultané dont la Conduite des Ecoles Chrétiennes, mise au point dès 1706, constitue le bréviaire. En 1792 ils sont au nombre de huit cents. En 1725 le pape Benoît XIII a reconnu leur statut de religieux enseignants laïcs, distincts des confréries et compagnies de la Doctrine Chrétienne (6).

Ainsi, les congrégations nouvelles se sont glissées dans le modèle médiéval de la confrérie, simple structure légère de dévotion ou d'action caritative destinée à des laïc pieux, pour prendre une tournure beaucoup plus structurée, engageant les gens dans un véritable genre de vie dévote, communautaire et éducative.

L'invention du pédagogue moderne

Désormais, avec les congrégations de Sœurs et de Frères se répand un modèle pédagogique nouveau apprécié par la société. Par leur conduite et leur méthode, par la continuité qu'ils assurent à l'éducation, Frères et Sœurs donnent à la profession enseignante une honorabilité qu'elle n'avait guère obtenue jusque là. En exigeant de leurs membres une vocation, une formation et un engagement à vie, les congrégations inventent l'instituteur et l'institutrice modernes, dont l'action n'est pas fondée sur le mercenariat ou la fonction de sous-clerc mais sur la motivation, la compétence et l'esprit de corps. En France les instituteurs publics, à partir de 1833 (création des écoles normales départementales) ne seront pas différents, motivation religieuse mise à part.

Il est vrai qu'avant la Révolution, la croissance de ce modèle congréganiste est entravée par l'indifférence relative de la société et de l'Etat pour l'éducation populaire. Perdure donc largement dans l'enseignement élémentaire la tradition médiévale, fondée sur l'emploi de personnes de toutes conditions et compétences, pratiquant l'archaïque méthode individuelle peu efficace et ne permettant pas une gestion ordonnée de bandes d'enfants indisciplinés (7). Dans l'enseignement secondaire, même si les collèges jésuites à l'enseignement codifié par la Ratio studiorum constituent un modèle, bien des institutions gardent une pédagogie médiocre et un personnel enseignant de raccroc.

Mission et école aux XVIII°-XIX° siècles

Dès le XVIII° siècle a commencé une seconde mutation pastorale dont Louis Châtellier, dans La religion des pauvres (8), donne une description qui éclaire singulièrement les racines de la véritable explosion congréganiste du XIX° siècle en France.

« Désormais il ne fut plus question, sauf rares exceptions, d'entreprises de conversions mais d'une intensification de l'enseignement et d'un approfondissement de la religion chrétienne. Les missionnaires, à l'exemple d'Alphonse de Liguori, se préoccupèrent d'étendre leur activité jusqu'aux villages et hameaux les plus reculés. [...] On souhaitait aussi faire des simples gens des campagnes des chrétiens instruits de leur religion et capables d'argumenter au besoin ; des hommes et des femmes « intérieurs » susceptibles de s'élever aux plus hauts états d'oraison. Le projet s'inspirait tout à la fois des grands auteurs spirituels du XVII° siècle qui avaient formé une élite à la dévotion, et de l'esprit nouveau et généreux des Lumières qui visait à élever le peuple et à le faire profiter de ce qui avait été seulement donné à quelques-uns dans les siècles précédents »

Derrière les missionnaires, et en contact plus qu'eux et plus longtemps avec le peuple campagnard, il y aura, surtout au XIX° siècle, la plèbe congréganiste : les soeurs catéchistes, institutrices, gardes-malades ; les frères instituteurs, parfois sacristains, chargés par leur fondateur de s'occuper tout spécialement des enfants grossiers des campagnes. Mais - et Châtellier le souligne dans sa conclusion - ce modèle conquérant, d'abord urbain puis issu des campagnes, a pu aussi contribuer au rejet du christianisme, les adeptes d'une religion plus individualiste ou moins contraignante refusant un cadre communautariste et austère.

Emergence de l'Etat éducateur

Le XVIII° siècle est aussi celui des Lumières, du Despotisme éclairé, du Gallicanisme politique. Désormais l'Etat veut s'affirmer comme éducateur, par méfiance envers une Eglise trop influente et pour mieux contrôler ses peuples. Une partie de la société catholique et du clergé séculier demeure d'ailleurs réticente envers le projet dévot et congréganiste (9). La suppression de Jésuites en 1763, suivie de la tentative de créer une éducation nationale, marque une première étape de ce refus aux motivations politico-religieuses complexes. Et la suppression des congrégations et ordres religieux au début de la Révolution confirme un glissement du problème scolaire du religieux au politique.

Attentive à ne pas reconstituer de corporation enseignante, la Révolution n'aura ni le temps ni les moyens de mettre en place un système scolaire cohérent ; et le monde congréganiste –à l'exception notable des Oratoriens qui fourniront de nombreux penseurs éducatifs à la Révolution- se rangera massivement parmi les réfractaires à l'ordre nouveau, assurant dans les villes et les campagnes une permanence éducative et suscitant, dès l'Empire et surtout sous la Restauration, d'innombrables fondateurs et fondatrices de congrégations.

Dès 1806-1808 Napoléon a organisé son université impériale sur le modèle des congrégations, mais au service de l'Etat. Intéressé seulement par l'éducation des élites, il laisse le champ libre aux initiatives privées pour l'éducation populaire. Il n'empêche que s'installe durablement une dualité entre deux systèmes éducatifs : au niveau secondaire, lycées contre collèges-petits séminaires ; dans l'enseignement supérieur : universités contre grands séminaires ; dans le primaire, après 1815, les écoles congréganistes pratiquant la méthode simultanée contre les écoles libérales nourries de la méthode mutuelle inventée dans le monde anglo-saxon par Bell et Lancaster, et qui consiste à enseigner des centaines d'enfants à la fois, grâce à des sous-maîtres pris parmi les élèves et dirigés par un maître unique.

Sur ce fond de rivalité entre l'Eglise et l'Etat il y a aussi profonde connivence pour éliminer ce qui reste de l'enseignement traditionnel, constitué de maîtres itinérants, d'écoles paroissiales à méthode individuelle, d'écoles privées urbaines plus ou moins bien gouvernées... Bref, la querelle entre l'Eglise et l'Etat crée une bipolarisation en même temps qu'une modernisation de l'enseignement.

De la collaboration à la rivalité entre Etat et congrégations

Vers 1815 l'Etat a deux problèmes majeurs : la pénurie d'enseignants qualifiés, surtout au niveau élémentaire, et un degré de leur qualification très variable : il n'y a pas véritablement de corps enseignant. En 1816 des ordonnances ont créé un cadre légal pour l'enseignement élémentaire dans un esprit de forte collaboration avec les associations d'éducation qui sont pour la plupart des congrégations pourvues d'une pédagogie efficace. L'enseignement public français est alors soit laïque soit congréganiste. Mais en 1833 la loi Guizot impose la création d'une école de garçons par commune et la création d'une école normale de garçons par département pour disposer d'un corps enseignant masculin laïque et qualifié. D'ailleurs les congrégations de Frères, trop pauvres en effectifs, n'ont pas les moyens d'assurer l'éducation de la majorité des jeunes Français. L'enseignement féminin, moins stratégique (les femmes ne participent pas à la vie politique) est laissé aux congrégations qui en assureront longtemps les 2/3 (10). Au niveau secondaire, le monopole de l'université, quoiqu'entamé par l'existence des séminaires, demeure jusqu'à la loi Falloux (1850). Ensuite se développe un enseignement secondaire congréganiste ou diocésain qui fera jeu égal avec les lycées jusqu'en 1914. L'Etat a laissé aux religieuses le soin des filles jusqu'aux dernières années du Second Empire (1870).

C'est à partir de 1860 que l'Etat adopte une attitude nettement anti-congréganiste (11). Disposant désormais d'un personnel capable et nombreux, il se méfie d'enseignants attachés à une Eglise jugée par trop anti-moderne. Le dernier succès de l'Eglise est la loi de 1875 sur l'enseignement supérieur qui permet la création de cinq universités catholiques, toujours existantes (Paris, Lille, Toulouse, Angers, Lyon).

L'Etat hostile aux congrégations (1880-1904)

Les républicains qui arrivent au pouvoir en 1879 n'ont pas caché leur intention de mener une politique anticléricale et anti-congréganiste. En 1880 l'Etat dissout les congrégations non autorisées, en particulier les Jésuites, puis impose une école élémentaire laïque gratuite et obligatoire (1881-82) et surtout une laïcisation du personnel enseignant (1886). Progressivement les religieuses sont exclues des écoles normales et des écoles publiques de filles. Pour le secondaire on a créé en 1880 les lycées de jeunes filles.

C'est le début de l'école catholique, concurrente de l'établissement public dans lequel, jusqu'alors, les congréganistes avaient exercé sans difficultés. C'est le moment d'une guerre ouverte entre « cléricaux » et « anticléricaux », notamment autour de l'école. Comme les congrégations maintiennent une résistance décidée, et que l'affaire Dreyfus a encore exacerbé le conflit politico-religieux, les Républicains veulent briser un monde congréganiste qu'ils conçoivent comme le fer de lance de l'Eglise. La loi Waldeck-Rousseau de 1° juillet 1901 autorise la création d'associations à but profane mais impose aux associations religieuses une autorisation légale. Le ministère Combes, par décret, refusera en 1903 l'autorisation à toutes les congrégations enseignantes et prédicantes. Des dizaines de milliers de religieux et de religieuses s'exilent alors à l'étranger ou se sécularisent. La loi du 7 juillet 1904, qui vise spécialement les Frères des Ecoles chrétiennes, interdit enfin l'enseignement aux congréganistes (12).

Une victoire problématique de l'Etat

La République a gagné politiquement son combat contre l'école congréganiste mais la victoire est incomplète car la sécularisation des religieux et religieuses, ainsi que l'intégration massive de laïcs dans « l'enseignement libre », permettent de sauver environ les deux tiers des écoles catholiques. En outre, ce qui n'a guère été vu jusqu'aujourd'hui, le nouvel enseignement catholique absorbe la plus grande partie d'un enseignement libre laïque formé de toutes sortes d'établissements indépendants, surtout en milieu urbain. Désormais, il y aura presque identité entre enseignement privé et enseignement catholique.

On peut donc considérer que, de 1789 à 1904, sur un long XIX° siècle, se sont déroulées plusieurs guerres scolaires entre l'Etat et l'Eglise : la première sous la Révolution ; la seconde au début de la Restauration (1815-22) entre l'enseignement mutuel et l'enseignement simultané, avec un regain au début de la Monarchie de Juillet (1830-34) ; la troisième a lieu dans les années 1850-60, les congréganistes, soutenus par l'Empire autoritaire, ayant tendance à occuper le maximum d'écoles publiques. La quatrième guerre a lieu de 1880 à 1904 et se clôt par la victoire partielle de l'Etat centralisateur et laïque.

L'Etat a d'ailleurs bénéficié d'un large consensus de la société, y compris la société catholique qui n'a jamais, avant 1904, été unanime sur la question scolaire. Dans bien des régions (l'Est et le Sud de la France), l'opinion a dissocié l'appartenance catholique et la question scolaire. En gros, trois attitudes peuvent être repérées : l'une, conservatrice, qui voudrait des écoles au service d'un parti catholique ; une autre, libérale, recherchant une école catholique plus moderne ; une troisième, démocrate, désirant une école mieux intégrée à la société, et notamment plus proche des parents (13).

Guerre scolaire et enseignement catholique diocésain

La Séparation de l'Eglise et de l'Etat (1905) engage à fond les évêques dans la question scolaire. Aux yeux de beaucoup d'entre eux, la Séparation ayant montré que la famille était défaillante dans la transmission de la foi, l'école doit se substituer à elle, comme en pays de mission. Ensuite, les évêques veulent contrôler une institution scolaire que les congrégations ne peuvent ni ne doivent plus gouverner et que des syndicats, associations, comités à arrières-pensées politico-religieuses tentent de s'annexer. Enfin, préoccupés de recrutement sacerdotal, les évêques pensent que l'école catholique est le vivier indispensable des vocations. De 1908 à 1914 se constituent donc à peu près partout des Directions Diocésaines de l'Enseignement Catholique.

En outre, Rome impose aux évêques une condamnation publique et sans appel de la laïcité (Lettre collective de 1909) et d'un certain nombre de manuels scolaires jugés antichrétiens. Les organisations catholiques encouragent la création d'associations de parents de l'école laïque chargées de veiller à sa neutralité et de surveiller l'emploi des manuels. Par ces moyens l'Eglise prend la société à témoin des excès d'une laïcité masquant souvent un laïcisme antireligieux. La guerre de 14-18 gèle durablement des positions, au fond conciliantes dans les faits, mais très opposées dans les principes. Ainsi l'Eglise admet pratiquement l'école neutre, et l'Etat sait ne pas aller jusqu'au monopole. La loi Astier, qui organise l'enseignement technique en 1921, admet sans réticences la liberté de l'enseignement.

Une guerre scolaire sans fin

La guerre de 1914-18 n'a refroidi qu'un temps la politisation de la question scolaire et la Fédération Nationale Catholique, organisation catholique de masse, parvient à mobiliser l'opinion contre le gouvernement du Cartel des Gauches qui, en 1924-