La sociologie économique du développement au Nord-Est du Brésil

 Cet article présente de manière succincte une étude sur l'expérience du développement économique au nord-est du Brésil (1).

Il s'agit d'une analyse du développement économique mis en place par la SUDENE, dont le principal agent de cette idéologie politique était Celso Furtado. Le modèle de développement proposé par la CEPAL et adopté par différents Etats de l'Amérique Latine s'est montré incapable de transformer la réalité économique du Nord-Est du Brésil.

Par Antonio Paulino De Sousa

La crise de la CEPAL a fait surgir la théorie de la dépendance qui va souligner le caractère historico-structural du sous-développement. La SUDENE a mis en place une planification économique, ce qui n'a fait qu'accentuer les inégalités sociales dans la région ainsi que le déclassement social des paysans. Cette expérience nous permet de penser une sociologie économique du développement.

Le développement économique mis en place par la SUDENE (Superintendência de Desenvolvimento do Nordeste) au Nord-Est du Brésil a provoqué le déclassement social des paysans de même que des élites de la région. Les principaux agents de ce développement sont, d'une part, les industriels du Centre-Sud, qui reçoivent des subventions de l'État pour faire des investissements au Nord-Est et, d'autre part, les économistes qui ont élaboré le programme de développement pour la région. Celso Furtado est le principal agent de la construction théorique et pratique du développement dont il est ici question. L'économie du développement est ce qui nous intéresse le plus dans ce travail ; c'est pourquoi nous allons centrer notre recherche sur le développement économique au Nord-Est du Brésil. Mais avant d'aborder ce problème, il convient de comprendre le rôle joué par la CEPAL (Comissão Econômica para America Latina y el Caribe) dans l'ensemble de l'Amérique latine.

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La pensée de la CEPAL est considérée comme une école de pensée caractéristique de l'Amérique latine. C'est dans les travaux de l'Argentin Raul Prebisch que l'on trouve ses racines intellectuelles. La conception centre-périphérie en est le point de départ. Ce concept prétend expliquer la structure du commerce international et les raisons du sous-développement ; cette conception montre que le développement est inégal. Ainsi l'intérêt de ce concept est qu'il permet de comprendre que les inégalités sont propres au système économique capitaliste. En effet, l'idée d'intégration de ces pays commence à se mettre en oeuvre, avec l'objectif de créer un marché commun au niveau de l'Amérique latine. L'intégration de la société nationale, le développement d'un marché de masse ainsi que la formation des centres de décision vont s'opposer au capitalisme central. Le concept de développement est défini comme un processus de changement social, dont la finalité est l'égalisation des chances dans le domaine social, politique et économique. Le modèle de développement proposé par la CEPAL et adopté par les États s'est montré incapable d'intégrer toutes les couches sociales de la société dans un espace national. La crise de la théorie de la CEPAL va donner naissance à la théorie de la dépendance, qui souligne le caractère historico-structurel du sous-développement. La CEPAL voulait expliquer les insuffisances dynamiques de la région en vue de mettre fin au sous-développement. Le langage économique utilisé par la CEPAL a véhiculé une idéologie du développement économique.

La théorie et la pratique du développement apparaissent pour nous comme une idéologie politique. Ce qui caractérise l'idéologie politique du développement est le fait qu'elle se présente comme une évidence à laquelle il faille adhérer sans se poser de questions, car assurant une fonction sociale par la proposition de vérités indiscutables. Les idéologies politiques ont ainsi un rôle social de légitimation des situations de domination politiques et économiques. Ce discours est fabriqué et mis en application par les économistes qui gèrent en quelque sorte le développement, tout au moins dans le cas de la SUDENE. Au départ le développement s'adresse aux classes défavorisées du Nord-Est, mais celles-ci sont déclassées socialement et économiquement. C'est pourquoi nous parlons du développement comme d'une idéologie politique. La période que nous allons analyser se situe entre 1960 et 1970. Cette période est importante parce qu'on peut constater l'implantation d'une rationalité économique au Nord-Est (par la SUDENE), mais aussi l'échec de celle-ci.

La SUDENE, vers la fin des années 1950, a lancé une nouvelle politique de développement pour le Nord-Est. L'accent est mis sur l'industrialisation, ce qui n'est pas étonnant dans la mesure où c'est ce qui est proposé par le modèle de développement de la CEPAL. Cette industrialisation a pour objectif la réduction du taux de chômage dans la région et la création d'une nouvelle classe dirigeante. En effet il s'agit de la mise en place d'une rationalité économique. Sentant leur pouvoir politique menacé, les classes sociales de la région en déclin s'opposent à la fondation de la SUDENE, laquelle entravait le rôle que devait jouer l'État dans la région. Ces classes refusent l'industrialisation et au développement pour pouvoir garder leurs privilèges et leur contrôle politique sur la région. Il s'agit en effet de la fin du coronélisme en tant que système social et économique. Les médias ont joué un rôle important dans la divulgation de l'idéologie du développement de la SUDENE et ont produit un événement politique sur le plan national. La fondation de la SUDENE a engendré une politique programmée du développement du Nord-Est.

1. La CEPAL et son influence dans la pensée économique du Brésil

La CEPAL était composée de jeunes issus de l'École de droit, d'économie et de sciences sociales. Parmi eux, beaucoup avaient fait leurs études aux États-Unis. « Le secrétariat exécutif de la CEPAL comprenait alors une vingtaine d'économistes, pour la plupart âgés de moins de trente ans et originaires d'une dizaine de pays de la région, des États-Unis et de l'Europe. Presque tous les Latino-Américains avaient étudié dans les universités nord-américaines » (Furtado, 1989, p. 119-120). Avec la fondation de la CEPAL, ils voulaient affirmer l'identité de l'Amérique latine et devenir autonomes par rapport aux États-Unis. Pour Celso Furtado, la CEPAL a réussi à occuper une place très importante en ce qui concerne la lutte pour une orientation politique et économique en Amérique Latine. Pour lui le débat était, au départ, au niveau des idées, et il était clair qu'il manquait une pensée directrice dans les structures de pouvoir des régions (Ibid., p. 138).

Le discours économique de la CEPAL tournait autour de l'interventionnisme de l'État. Pour elle, c'était l'État qui pouvait être le protecteur du développement économique. Il pouvait aussi protéger les industries des concurrences étrangères. Ces thèmes ont été introduits au Brésil dans les années 1950 par Raul Presbich et beaucoup plus encore par Celso Furtado, à travers la Revista Brasileira de Economia (Furtado, op. cit., p. 80) (2). Dès cette date, le débat s'installe entre les membres de la CEPAL, Gudin et son groupe d'économistes, dont les plus notables comme Bulhões. C'est un débat entre la droite, les économistes de la Fondation Getulio Vargas (FGV), et la gauche, ceux de la CEPAL.

C'est au Brésil, et au Chili, que les idées de la CEPAL trouvèrent un terrain favorable au cours de cette première période. C'est que l'industrialisation du pays, qui a eu lieu après l'effondrement de l'économie d'exportation des matières premières et qui s'était renforcée en raison des besoins de la guerre, se voyait menacée par le nouveau contexte international (Ibid., p. 113).

Les économistes brésiliens qui étaient dans la CEPAL, et qui se qualifiaient de structuralistes, provenaient des élites du Nord-Est en décadence économique. Ils vinrent faire des études à Rio dans les années 30 et 40. Ils cherchaient des manières nouvelles de reclassement social. Il s'agit d'une caractéristique sociologique qui retient grandement notre attention.

Les structuralistes ont réussi à s'imposer, et leurs thèses sont devenues la base des débats sur les voies de développement qui vont marquer la société brésilienne. Cette lutte à l'intérieur du champ des économistes (Bourdieu, 1976, p. 89) (3) a eu de grandes répercussions sur le plan politique, et notamment sur les politiques économiques. Cette donnée aux conséquences sociales décisives n'est pas sans rappeler que la Fondation Getúlio Vargas a créé l'IPES (Instituto de Pesquisa e Estudos Sociais, Institut de Recherches et d'Études Sociales). Cet Institut a joué un rôle très important dans l'articulation politique et idéologique du coup d'État militaire de 1964. Peu à peu s'est formée une élite bureaucratique.

Un des facteurs de l'échec des politiques économiques au Brésil est dû au fait qu'existait une lutte entre l'oligarchie rurale et la nouvelle classe dirigeante. Les familles en déclin sont obligées de créer de nouvelles stratégies de reconversion sociale pour accéder au pouvoir. Cette lutte pour le contrôle politique et économique du pays a eu comme conséquence une grande centralisation politique et économique. La classe dirigeante arrivée au pouvoir combattait en vue de sa consolidation. Les années d'après vont être marquées par les affrontements visant la reproduction du pouvoir conquis.

Tout cela nous fait penser que le coup d'État militaire de 1964 était justifié par le fait que la classe dirigeante au pouvoir était menacée par les anciennes classes dirigeantes qui l'avaient précédée au pouvoir. Cela revient à dire que c'est l'oligarchie rurale en déclin qui voulait reprendre le pouvoir et qui a pour cela ont utilisé les paysans et les ouvriers en vue de ses propres intérêts (Pecaut, 1989, p. 22) (4). Cette hypothèse tient dans la mesure où on constate qu'une des voies de reconversion sociale de l'oligarchie rurale en déclin était de rentrer dans un parti politique de gauche ou dans les rangs de gauche de l'Église catholique.

C'est là que les intellectuels vont jouer un rôle capital en ce qui concerne la restructuration de l'État brésilien. Il est important, pour nous, d'analyser les effets des politiques économiques au Brésil ainsi que l'arrivée des économistes comme la principale élite politique brésilienne. Ce sont eux qui vont détenir le contrôle de la gestion économique de l'État. Ils vont ainsi devenir la nouvelle classe dirigeante du pays.

Tout autant il faut chercher l'origine sociale de la pensée économique brésilienne pour pouvoir déterminer les effets pervers des politiques économiques qui ont été vouées à l'échec en provoquant des conséquences catastrophiques pour les paysans et les ouvriers. De même il convient d'analyser l'origine sociale des économistes, leur milieu familial, leur formation.

Pour démontrer cela il nous est indispensable de reconstruire les luttes politiques et économiques à l'intérieur de chaque champ, ainsi que les stratégies des agents. À partir de l'analyse des intellectuels, il est important de faire une analyse politique de plusieurs champs qui façonnent l'espace des alliances et des conflits qui s'établissent entre les différentes forces sociales.

2 . La naissance de la théorie de la dépendance

La crise de la CEPAL a donné naissance à une autre approche, plus sociologique et plus politique, des problèmes économiques et sociaux de l'Amérique latine. Cette approche a surgi au sein de la CEPAL, et aussi à l'extérieur de celle-ci. Elle va devenir la théorie de la dépendance. D'après Carlos Ominami, cette dernière est née comme un essai de riposte à l'échec de la théorie du développement national-autonome proposée par la CEPAL (Ominami, 1986, p. 733). La dépendance est un concept qui vient du champ juridique. Les travaux de Fernando Henrique Cardoso, Empresário Industrial no Brasil e Desenvolvimento económico (Les entrepreneurs industriels et le développement économique au Brésil, 1964) et de A. G. Frank, The development of under-development (1966), constituent l'une des premières synthèses sur le fondement historico-structural du sous-développement. Le développement du sous-développement est une formule d'André G. Frank, laquelle peut être considérée comme une synthèse de l'essentiel des définitions des théories de la dépendance.

En ce qui concerne le livre de Cardoso, il est considéré par Francisco de Oliveira comme un ouvrage prophétique parce qu'il démystifiait la bourgeoisie progressiste, son projet de nation, son prétendu caractère anti-impérialiste. Il montrait que le capital des entrepreneurs de l'État de São Paulo et le capital étranger étaient profondément imbriqués, notamment sur le plan économique (Oliveira, 1987 p. 150).

L'idée, banale à l'époque, que l'on pourrait dépasser les obstacles au développement en modifiant des conduites et les attentes, ou encore en misant sur les effets multiplicateurs et la valeur d'exemple des investissements étrangers, y est évidement mise en pièces. En revanche, que l'expansion du capitalisme international soit à l'origine du sous-développement extérieur est un constat bien antérieur aux théories de la dépendance (Cardoso, 1978, p. 173).

Le développement et le sous-développement sont des structures partielles, mais interdépendantes d'un même système économique. Ces deux notions sont comprises comme dimensions d'un même processus historique, et l'idée de dépendance est un ingrédient de ce processus (Furtado, 1981, p. 75). Elles se distinguent entre elles en ce que, pour l'une, l'économie développée doit sa capacité endogène de croissance au fait d'être dominante, tandis que, pour l'autre, la dynamique de l'économie sous-développée est dépendante. Ceci vaut aussi bien entre les pays qu'à l'intérieur d'un même pays. Il faut noter que cette vision du développement met l'accent sur l'action politique.

Pendant cette même période, Fernando Henrique Cardoso et Enzo Faletto écrivent un livre sur le sujet suivant : Dependência e desenvolvimento en Amérique Latine (Dépendance et développement en Amérique latine, 1970). Cet ouvrage développe les orientations théoriques déjà présentes dans leur livre sur les entrepreneurs industriels au Brésil. Pour Francisco de Oliveira

la première orientation des thèses développées par Cardoso, dans Dépendance et développement en Amérique latine, portait sur la nécessité de reformuler, de fond en comble, les conceptions réductrices du développement économique et de l'autonomie nationale, de l'impérialisme et de l'anti-impérialisme, de la formation des classes sociales, des alliances et du populisme (Oliveira, 1978, p. 150).

La question centrale qui se posait dans les écrits de la CEPAL était que les conséquences de l'industrialisation de la périphérie, attendues pendant le processus de développement économique, n'ont pas eu lieu. En effet, la proposition de développement n'était pas fiable. Les questions des groupes d'intellectuels de la CEPAL et d'autres étaient : Développer pour qui ? Moderniser pour qui ? Qu'est-ce que signifie l'État mobilisateur ? Quel est le rôle exercé dans la modernisation par le capital étranger ?

Les facteurs qui expliquent l'échec des politiques économiques de la CEPAL sont divers. L'un des premiers est que les investissements étrangers ont été faits dans le domaine de la production des biens de consommation durable, et en même temps le cycle de l'accumulation s'est produite à l'échelle mondiale. Un deuxième aspect est que les économies périphériques se sont industrialisées, mais que le secteur de biens de production du capital est resté dans les économies centrales. « En conséquence, la dynamique introduite par les investissements sur le marché intérieur des pays périphériques se propage jusqu'au centre où elle réalimente le cycle du capital » ( Cardoso, op. cit., p. 55 -56).

En réalité, le modèle de développement proposé par la CEPAL et adopté par les États s'est montré incapable d'intégrer toute la société dans un espace national. Cette incapacité était due soit à un blocage externe, soit aux faiblesses des structures internes des économies périphériques (5). Par rapport à ce dernier aspect, Albert Hirschman affirme que la prédominance des étrangers explique tout simplement la faiblesse de la « bourgeoisie nationale » dans les pays où l'industrialisation était tardive (Hirschman, 1983, p. 36-37). C'est dire aussi que la présence des entreprises multinationales conduit à une nouvelle recomposition des classes sociales.

Pour Fernando Henrique Cardoso, le dépassement de la théorie de la CEPAL, sur le plan économique, a été très important pour ouvrir de nouvelles perspectives pour l'ensemble de l'Amérique latine, l'analyse de la dépendance étant une théorie alternative qui va s'opposer à la CEPAL. Cette analyse de la dépendance se fait à partir des luttes politiques et économiques qui apparaissent dans le processus historique de l'Amérique latine. Ces luttes doivent être analysées comme des manifestations du combat national et anti-impérialiste.

La dépendance à l'égard des recettes extérieures et des capitaux étrangers est souvent considérée comme un facteur d'instabilité économique et de blocage du développement. [...] Certaines formes de pénétration commerciale et financière s'accompagnent de dépendance économique et souvent d'ingérence politique (Martin et Lambert, 1971, p. 54) (6).

Il faut considérer que l'analyse en termes de dépendance suppose qu'on doit prendre en compte non seulement la variable externe, mais aussi le fait qu'il est possible d'analyser la dépendance à partir du système de relations entre les différentes classes qui se trouvent à l'intérieur des pays dépendants. D'un point de vue géographique, nous dit Yves Lacoste, la référence à la dépendance ne permet pas de délimiter le tiers-monde et de tracer sur la carte les contours de son ensemble. Il prend comme critères de dépendance les pactes militaires qui lient les États à l'une ou l'autre puissance sous le prétexte d'alliance ou de coopération. Pour Yves Lacoste les économistes ont tendance à négliger les formes de dépendance politique et militaire alors qu'elles ont joué un rôle important dans la période coloniale. Les économistes vont privilégier, nous dit-il, la dépendance structurale (Lacoste, 1981, p. 43-44).

Pour la théorie cépalienne, la question était centrée sur la construction et l'interprétation d'une théorie susceptible d'expliquer les insuffisances dynamiques du développement de la région en vue d'un dépassement du sous-développement. A l'inverse, la théorie de la dépendance a souligné le caractère historico-structurel lié au sous-développement. La théorie de la dépendance comporte donc une démarche qui vise à mettre en évidence le caractère structurel et instrumental des obstacles au développement (Lipietz, 1985 p. 50) (7). Elle a tenté de montrer l'aspect de l'apparition et de la reproduction du sous-développement sur le plan mondial. C'est dire que la dépendance a commencé historiquement avec l'expansion des économies capitalistes originaires. Pour Ignacy Sachs, « ...les études historico-structurales ont pour but de nous préparer, en tant que citoyens, à un effort de prospective, voire de planification au sens fort du terme d'explication et de choix d'un projet social global » (Comeliau et Sachs, 1988 p. 29). Le problème est alors identifié : pour Ignacy Sachs il s'agit de former des citoyens et de ne pas faire n'importe quel accord. Il pose un double problème, celui de la citoyenneté et de la démocratie. L'idée est de créer un pouvoir politique nouveau qui fasse naître un homme nouveau. Cette idée est déjà présente chez le Rousseau du Contrat social, qui nous dit que nous ne commençons proprement à devenir homme qu'après avoir été citoyen. Alors pour devenir un homme il faut être d'abord un citoyen.

Il faut noter qu'il y a eu des historiens et des économistes d'inspiration marxiste, notamment S. Bagu, dans Estrutura social de la Colônia (1952) et Caio Prado junior, dans Formação do Brasil Comtemporaneo (1954), qui ont montré les effets pervers de l'expansion du capitalisme dans la périphérie. Mais il faut dire aussi que l'idée même de dépendance extérieure était acceptée par la CEPAL. La critique de la CEPAL est mise en échec surtout sur un plan qui est le fait des gros investisseurs commençant à s'intéresser à l'industrialisation ; mais cette dernière ne fait que renforcer les États nationaux. En même temps, cette industrialisation n'allait pas élargir le marché de consommation des classes populaires. Dans la réunion de l'OEA de Punta del Este (1961) il était question d'une politique de redistribution des revenus et d'une réforme agraire, mais en fait cela n'a pas été mis en pratique dans les pays de l'Amérique latine. Cela montre bien l'existence d'une collusion entre les classes sociales et la défense de leurs propres privilèges qui peuvent être remis en cause par une réforme agraire.

Ce que l'idée de dépendance apporte de spécifique, ce n'est pas l'approche de la dépendance extérieure, mais l'analyse des modèles structuraux de relations du centre sur la périphérie. Il s'agit de relations qui sont asymétriques. En effet, la théorie de la dépendance introduit, pour Cardoso, l'idée de domination. Il s'agit d'un rapport de domination entre les nations, mais les théoriciens de la dépendance voulaient montrer aussi que cette domination du centre sur la périphérie suppose inévitablement la domination entre les classes. Alors que Cardoso est lui-même membre de la classe dominante et ainsi il conteste ses propres privilèges, ce qui ne fait que les renforcer. Cette classe est dotée d'un même principe de division du social. C'est Max Weber qui met en place le terme de domination. Pour lui la domination est la chance de trouver obéissance de la part d'un groupe bien déterminé d'individus. (Weber,1995, p. 285) (8). L'idée de Weber est que dans chaque stratification de groupe il y a de la domination. Alors le concept de domination n'est pas lié à l'idée de lutte de classes.

C'est le mouvement d'expansion du capitalisme qui fait la spécificité de la dépendance, et par la suite il engendre les rapports sociaux de production et de domination vis-à-vis de la périphérie.

En réalité pour qu'il y ait dépendance, la domination d'un État central sur un État périphérique est nécessaire, mais elle n'est pas suffisante. La dépendance est en fait l'expression d'un mouvement international du capital qui, tout en se déplaçant à l'échelle mondiale, sur un plan formel et structurel, relie des termes différents et asymétriques : la reproduction du capital suppose la circulation au niveau du marché international... (Cardoso, op. cit. 1975).

L'école de la dépendance s'est fermée avec l'arrivée des régimes autoritaires en Amérique Latine. Elle avait une vision marxiste du changement social. Ses auteurs ont été persécutés et obligés de quitter leur pays. Il s'agit d'une période difficile pour la pensée latino-américaine. Dans cette période les militaires, qui se présentaient comme des nationalistes, proclamaient leur objectif : sécurité et développement. La sécurité combat l'ennemi intérieur, concept qui s'élargira vite à tous ceux qui ne se soumettent pas ou qui mettent simplement en doute la sagesse de leur politique. Leur conception du développement est copiée sur le modèle nord-américain, mais dans un milieu économique où il ne peut absolument pas se réaliser, comme dans un pays développé au profit de la majorité. La sécurité que le régime garantit aux multinationales est bien celle de la garantie de leurs investissements et leurs profits, basés sur les bas salaires, la misère des travailleurs ( René et Mottin, 1981 p. 179-180).

Une nouvelle vision critique du développement va apparaître avec Ignacy Sachs. Il a créé le concept d'éco-développement qui intègre la conscience de la finitude des ressources naturelles. Cette approche va mettre l'accent sur les formes prédatrices et polluantes de l'expansion technologique, qui constituent un danger pour l'environnement. L'éco-développement est représenté comme étant un style de développement qui donne de l'importance aux problèmes spécifiques et particuliers de chaque région, tout en respectant les données culturelles et écologiques.

3. Les origines de la fondation de la SUDENE

La SUDENE a été fondée à partir d'un rapport du groupe de travail pour le développement du Nord-Est. Le 6 janvier 1959, le président a lancé une réunion dans le palais Rio Negro (à Petropolis) avec un groupe de personnes qu'il considérait comme étant des producteurs d'idées. L'objectif de la réunion était de discuter le problème du Nord-Est. Parmi les invités, il y avait des industriels, Monseigneur Helder Câmara et Celso Furtado. Des invités ne sont pas venus, comme Monseigneur Helder Câmara. Celso Furtado a analysé la situation du Nord-Est et fait des propositions en vue de son développement. La trajectoire de Celso Furtado peut être ainsi résumée. Il est né en 1920, dans l'État de la Paraiba au Nord-Est du Brésil. Par son père il appartient à une famille de magistrats et par sa mère à une famille des grands propriétaires terriens. Pour être près des milieux où les grandes décisions politiques sont prises, il a choisi de faire ses études de droit à Rio de Janeiro. Il voulait poursuivre une carrière intellectuelle et politique, et pour cela il a commencé à suivre des cours particuliers de français et d'anglais. Après ses études de droit il a eu quelques expériences professionnelles à Rio de Janeiro en tant que journaliste et fonctionnaire. Il part ensuite à Paris pour faire son doctorat en économie politique à la Faculté de Droit, entre 1946 et 1947. Ensuite il retourne au Brésil et commence à travailler à la rédaction de la revueConjuntura Econômica, de la Fondation Getulio Vargas (FGV). Par la suite il obtient un poste à la CEPAL, grâce à la recommandation de l'économiste Bulhões de la FGV. Les autres aspects de sa trajectoire sociale sont décrits dans ce travail.

L'économie du Nord-Est était en situation de dégradation ; les industries fermaient leurs portes. Pour Celso Furtado, le Nord-Est avait besoin d'une politique globale de développement. La production d'aliments était un des problèmes graves de la région. L'offre d'aliments provenait du Centre-Sud du Brésil. L'action du gouvernement devait aller aussi dans le sens de la production d'aliments et devait créer les bases d'une industrialisation. Cette industrialisation devait contribuer à l'introduction dans les classes dirigeantes locales d'un esprit entreprenant qui soit capable de neutraliser l'oligarchie rural, habituée à vivre des concessions du gouvernement fédéral (Furtado, op. cit. p.44). Dans la réunion, Celso Furtado affirme que « dans la phase actuelle aucun problème n'était plus grave que les croissantes disparités régionales des conditions de vie » (ibid, p.44).

A la fin de la réunion, au palais Rio Negro, le président chargera l'ambassadeur José de Sette Câmara de lancer une nouvelle politique qui s'appellera l'« opération Nord-Est ». C'est Celso Furtado qui est chargé de préparer un plan d'action pour le Nord-Est en même temps qu'il est nommé « commandant de l'Opération Nord-Est » (Ibid. p.55). C'est Celso Furtado qui introduit le débat sur le Nord-Est en termes de développement ; il était un des rares économistes du développement à l'époque. L'ambassadeur José de Sette Câmaras a transmis les informations à la presse en disant aux journalistes les décisions prises par le président et les représentants du Nord-Est. Ils ont été convoqués pour une réunion au palais du Catete, à Rio, où a été lancée la nouvelle politique du développement du Nord-Est. Le président a créé par décret le Conseil de Développement du Nord-Est (CODONO). Le CODONO est en quelque sorte la pré-SUDENE, c'est lui qui devait élaborer un projet de loi.

Le gouvernement Kubitschek se fait remarquer par l'instauration d'un processus de planification systématique (le Plan d'objectifs), par l'ouverture de l'économie au capital international (en dépit des forces nationales sur lesquelles il s'appuie), par la construction de Brasilia, par la création de la SUDENE, etc. Bref, à travers les mécanismes de planification, l'État se place dans le rôle de l'instrument qui institutionnalise la dépendance du capitalisme interne vis-à-vis de la sphère internationale. Parmi les objectifs les plus importants du Plan, on peut souligner l'installation d'une industrie de base et d'une infrastructure en général nécessaires à l'attraction des capitaux internationaux (Bursztyn, 1982 p. 146).

Les gouverneurs des États du Nord-Est avaient un rôle important à jouer dans cette nouvelle phase de son développement. Celso Furtado commence par montrer aux gouverneurs des Etats qu'ils doivent se compromettre avec la nouvelle politique de développement du Nord-Est. Son objectif était de faire en sorte que les gouverneurs puissent collaborer avec le gouvernement fédéral. Celso Furtado parlait en ces termes au président :

...Président, nous allons tirer le Nord-Est de la « politicagem », discuter ouvertement des grands problèmes de la région. Les gouverneurs seront invités à donner leur opinion sur des problèmes qui ne concernent pas toujours leur propre État ; ils devront s'habituer à penser la région comme un ensemble ; nous allons créer un embryon d'une instance régionale de gouvernement... (Furtado, op. cit. p.50).

Ainsi le président disait qu'une nouvelle époque commençait pour le Nord-Est. Celso Furtado se proposait de donner plus de force aux gouverneurs et en même temps d'introduire un esprit régional dans tous les débats et libérer l'application des ressources fédérales de la « politicagem » locale. Il insistait sur le fait que le Nord-Est avait un potentiel de développement.

Dans la perspective de cette nouvelle politique de développement du Nord-Est, tous les investissements du gouvernement fédéral devaient être réalisés en fonction d'un plan directeur pluriannuel. Le Plan directeur comprenait des ressources attribuées à la nouvelle organisation de planification. Alors le gouvernement fédéral passe pour avoir un plus grand contrôle sur les ressources destinées à la région Nord-Est, ce qui réduit l'autonomie des États.

Le lancement d'une nouvelle politique pour le Nord-Est eut lieu en mars 1959, lors de la fondation de la SUDENE. Les points essentiels du discours que le président a fait au Congrès National ont été donnés par Celso Furtado. Le président a créé, par décret, le Conseil de Développement du Nord-Est (CODENO). Celso Furtado a rédigé alors un document qui s'appelle « Nova política de Desenvolvimento do Nordeste » (Nouvelle politique de développement du Nord-Est). Le point de départ de ce document était la disparité de niveaux de revenu qui existe entre le Nord-Est et le Centre-Sud du Brésil. Le défi qui s'impose dans cette période est le développement économique national et intégré.

L'accent est mis sur l'industrialisation. Le taux de chômage dans la région du Nord-Est était très élevé, 30% à l'époque. La politique d'industrialisation avait comme objectif de donner du travail à une masse de travailleurs qui étaient au chômage et de créer une nouvelle classe dirigeante imprégnée de l'esprit de développement. Le Plan d'action était structuré en quatre idées principales :

a) intensification des investissements industriels, qui vise à créer dans le Nord-Est un centre autonome d'expansion manufacturière ; b) transformation de l'économie agricole de la « faixa umida », visant à proportionner une offre adéquate d'aliments dans nos centres urbains, viabilisant aussi l'industrialisation de ces centres ; c) transformation progressive de l'économie des régions « semi-aridas » (semi-arides) dans le sens d'augmenter leur productivité et de faire en sorte qu'elles soient plus résistantes aux impacts de la sécheresse ; d) déplacement de la frontière agricole, avec l'objectif d'incorporer à l'économie de la région les terres humides de la région du Maranhão qui sont capables de recevoir les excédents de population provoqués par la réorganisation de l'économie dans la « faixa semi-arida » (Furtado, p. 50).

La fondation de la SUDENE fait suite à un mouvement social qui a mobilisé plusieurs classes et catégories sociales (entrepreneurs, ouvriers, clergé catholique, étudiants et intellectuels). Ce mouvement social contient une convergence objective d'intérêts entre certaines classes dominantes et les classes dominées urbaines. Selon Francisco de Oliveira, la création de la SUDENE a été le résultat de la confluence de toutes les forces sociales, des classes populaires, de la bourgeoisie industrielle régionale, de la bourgeoisie internationale associée au Centre-Sud et de la région Centre-Sud elle-même.

On peut encore déduire le caractère de la création de la SUDENE comme l'effet d'un mouvement social interclassiste, à partir d'une recherche publiée en 1973 et qui aborde justement le processus de création de la SUDENE. Cette étude rapporte que ce mouvement s'est fait en partie avec des politiciens professionnels de plusieurs États, de groupes urbains régionaux et nationaux, de l'Église, et surtout du patronat de la région Sud du pays, ce dernier tenant compte de la possibilité d'un nouveau marché d'investissement (Rios, 1983, p.21).

En effet ce mouvement prend conscience du sous-développement du Nord-Est, face à l'industrialisation du Centre-Sud du pays qui se développait surtout à São Paulo.

Francisco de Oliveira souligne que toutes les forces sociales étaient intéressées par la réorientation du rôle de l'État dans la région Nord-Est, chaque classe ayant des motivations différentes. (Oliveira (1978), cité par Rios, op. cit, p. 21). Certaines classes se sont opposées à la création de la SUDENE, comme par exemple la classe dominante du Nord-Est, les latifundiaires du coton et de l'élevage. Cette oligarchie agraire, pour parler comme Francisco de Oliveira, se rattache à la culture du coton et de l'élevage, en opposition à la bourgeoisie agro-industrielle rattachée à la canne à sucre. C'est au moment du vote du premier plan directeur de la SUDENE, qui devait être transformé en loi par le parlement, que cette classe en question s'est opposée. Les parlementaires du Nord-Est s'opposent aussi à la création de la SUDENE. Le plus grand appui a été donné par les parlementaires du Centre-Sud et d'autres parlementaires qui étaient liés à la bourgeoisie industrielle.

Les classes dominantes du Nord-Est s'opposaient au rôle que devrait jouer l'État dans la région. Cela pouvait aller plus loin dans la mesure où la classe dominante du Nord-Est avait besoin, de son point de vue, d'être opposée à l'industrialisation et au développement, ceci dans la mesure où ces phénomènes représentaient en quelque sorte la désorganisation de la structure économique agraire et celle de leur propre pouvoir politique.

Tout système cherche d'abord à créer les conditions de sa propre reproduction historique, ils [les agents] chercheront à mettre en oeuvre des procédures sociales susceptibles d'assurer la survie d'abord, puis l'élargissement du système économique. Peu leur importe alors que ces procédures sociales soient en apparence tout à fait contradictoires avec l'idéologie régnante (la « planification » même indicative avec la société libérale, par exemple), si elles répondent à l'exigence fondamentale de la régulation du système (Gérard Destanne de Bernis, Apud Surrel, 1996, p. 19).

C'est dans l'État du Pernambuco, l'un des plus industrialisés de la région, que la relation conflictuelle entre l'oligarchie agraire et la bourgeoisie industrielle a été parfois radicale. Cette dernière a reçu l'appui des paysans, des ouvriers et des classes moyennes. C'est justement Cid Sampaio (9), producteur de sucre industriel et représentant des intérêts des industries locales, qui va se situer au premier plan comme un des défenseurs de la création de la SUDENE.

4. La SUDENE et le développement régional

La fondation de la SUDENE a engendré une politique programmée de développement du Nord-Est, en opposition à des politiques spontanées de développement qui conduisaient les orientations et les activités économiques dans la région. Dans ce sens on peut parler de la mise en place d'une rationalité économique. Celle-ci est une forme transformée des conflits sociaux qui englobent tous les agents économiques, sociaux et politiques.

Le développement régional du Nord-Est du Brésil a favorisé l'expansion des entreprises du Centre-Sud pour le Nord-Est à travers les subventions fiscales de la loi 34/18. Au départ, la SUDENE voulait mettre l'accent sur l'expansion de la bourgeoisie régionale du Nord-Est, qui allait s'intégrer à la bourgeoisie nationale et internationale pour l'expansion du capitalisme dans tout le pays. C'est le contraire qui s'est produit, et Francisco de Oliveira affirme que la SUDENE est une « courroie de transmission de l'hégémonie de la bourgeoise du Centre-Sud pour le Nord-Est, via les subventions fiscales » (Oliveira, op. cit., p. 26). Cela revient à dire que l'État utilise les impôts comme crédit pour financer le mouvement de centralisation du capital au Centre-Sud. Dans le capitalisme, l'État a un rôle important dans la reproduction du capital, ce qui était déjà annoncé par Keynes en opposition à un État où règne le laisser-faire.

Cette politique régionale de développement va conduire à la décadence de la bourgeoisie industrielle du Nord-Est et à l'accroissement des forces populaires, symbolisées notamment par les Ligues paysannes qui apparaissent comme une force politique en opposition aux colonels. Ce qui est nouveau dans la région, dans les années 50, est justement la manifestation des paysans et des ouvriers contre les classes dominantes.

Dans son projet de développement, la SUDENE a négligé cet aspect important du conflit social qui existait au Nord-Est. Elle ne fait même pas référence dans ses études aux Ligues paysannes, alors que l'action des paysans prenait une ampleur de plus en plus importante et que leurs intérêts, notamment la réforme agraire et la normalisation de lois du travail, s'opposaient à l'expansion du capitalisme par les entrepreneurs du Centre-Sud.

La pénétration des marchandises et des groupes économiques propres au Centre-Sud dans le Nord-Est à détruit les bases agricoles industrielles de la région. Cela avait commencé avant la SUDENE, et s'est accéléré avec la fin de celle-ci. Cette destruction a permis la concentration des richesses au Centre-Sud. Il faut voir aussi que le cours de la main-d'œuvre était moins élevé au Nord-Est. Les entreprises du Nord-Est n'avaient pas les moyens pour changer leur mode de reproduction, sauf quelques groupes qui faisaient déjà partie des groupes importants au niveau régional et national (Oliveira, op. cit., p. 117) (10). Le conflit entre les forces populaires et la classe dominante du Nord-Est, qui perdaient leur hégémonie, s'étend aussi à l'extension du capitalisme à partir du Centre-Sud. La SUDENE apparaît comme un mécanisme accéléré de destruction de l'économie du Nord-Est dans un champ où l'enjeu était, d'après Celso Furtado, l'intégration da la région à l'économie nationale. C'est pour cette raison que le mécanisme d'intégration s'exprime par l'action planifiée de l'État.

Dans un texte classique, la politique de développement du Nord-Est, Celso Furtado insiste sur le fait que l'aggravation des déséquilibres économiques entre le Nord-Est et le Centre-Sud est un risque pour l'unité nationale et la sécurité nationale. Cette formule veut dire : « risque pour l'expansion du capitalisme au Brésil, (...) au fond une menace pour l'unité nationale de la bourgeoisie » (Ibid, p. 114 et 120).

Dès son origine, la SUDENE apporte, dans son programme, la conception d'une intervention planifiée, cela est constatable dans les textes de loi des Plans directeurs. On veut dire par là qu'elle fait une tentative de dépassement des conflits de classes dans la région et d'expansion du contrôle de l'État. Le langage de la SUDENE traduit une idéologie de la neutralité technique. Le langage de l'idéologie politique prône les principes de l'ordre social légitime avec toutes les apparences de la clarté, et ses propositions politiques donnent l'assurance d'une vie conforme aux aspirations des gens concernés. En même temps il y a une lutte pour que les objectifs proposés soient mis en pratique. Il y a une condamnation violente des modèles sociaux considérés comme illégitimes. L'idéologie politique définit en quelque sorte la vie sociale et donne l'orientation légitime à suivre et la signification de la pratique.

Elle se propose de désigner à grands traits le sens véritable des actions collectives, de dresser le modèle de la société légitime et de son organisation, d'indiquer simultanément les détenteurs légitimes de l'autorité, les fins que doit se proposer la communauté et les moyens d'y parvenir (Ansart, 1974, p. 36).

L'idéologie politique permet la compréhension de l'ensemble des rapports sociaux et politiques, ce qui veut dire qu'elle permet d'agir en connaissance de cause. Ce qui est en question dans les idéologies politiques c'est bien le rapport entre la parole et l'action. L'interprétation des idéologies impose une traduction permanente en termes de position et d'insertion sociale des agents sociaux. Cette traduction vise à faire les liens entre le discours et les agents sociaux, à restituer les structures sociales, les divisions et également les enjeux qui sont sous-jacents à tous les conflits sociaux, ainsi permettant de les comprendre et de les expliquer. L'idéologie peut ainsi participer au maintien d'un système social, mais elle peut aussi aider au développement d'un mouvement.

Les propositions de la SUDENE évitent d'attaquer directement les conditions de reproduction de l'économie du Nord-Est. Elles ne posent pas la question du problème des grandes extensions des terres qui appartiennent aux « latifundiaires » et donc de la situation des paysans sans terre.

Les industries du Nord-Est n'arrivent pas à rentrer en concurrence avec celles du Centre-Sud, alors ce sont les formes de reproduction du capital de la région qui sont en jeu. On va voir la fermeture des industries au Nord-Est et l'arrivée massive des produits qui proviennent du Centre-Sud. Le Nord-Est perd sa position dans le marché national dès que l'industrie textile entre en décadence totale, ce qui conduit à une relation conflictuelle entre les classes dominantes du Centre-Sud développé et celles du Nord-Est sous-développé. L'État, au Nord-Est, était dirigé par les représentants de la classe dominante rurale, les « latifundiaires », mais l'État est pris par ceux qui avaient un intérêt dans le développement industriel.

En effet, la classe dominante industrielle du Nord-Est avait un système économique qui était basé sur la production économique du café pour l'exportation dans la période de l'industrialisation. Cette classe se trouve dans une situation difficile parce qu'elle n'a pas les moyens techniques de participer au processus d'expansion du capitalisme dans la région. La classe dominante du Nord-Est est incapable de définir son propre schéma de reproduction, ce qui conduit à une perte du pouvoir politique et économique de la bourgeoisie industrielle « açucareira-têxtil » (du sucre et du textile). (Oliveira, op. cit., p. 90).

Ainsi l'intégration nationale dont parle Celso Furtado va s'exprimer par l'aggravation des conflits sociaux entre la classe dominante locale, les paysans et les ouvriers. L'idéologie du développement a détruit l'économie locale en faveur de la concentration et de l'accumulation au Centre-Sud. C'est ainsi que le système économique du Nord-Est se voit dans l'incapacité d'assurer sa propre reproduction sur la base des structures et des régulations déjà existantes (Surrel, op. cit. p. 78).

5. La SUDENE vue de l'intérieur

La thèse de Sá Leitão Rios veut montrer la façon autoritaire du processus de planification à l'intérieur de la SUDENE. Cet autoritarisme est un fait qui apparaît dans toute l'histoire de la SUDENE. Il situe le rôle du technicien (11) dans une processus de planification comme instrument politique de concentration du capital au niveau régional, national ou international, qui se fait via une planification autoritaire. C'est dire combien le rôle du technicien est important du point de vue sociologique parce qu'il a la fonction de légitimation et de mystification du processus de l'idéologie du développement. Il véhicule le mythe de la neutralité technique. D'après Albert Hischsman, le technicien de la SUDENE devient le plus grand instrument de développement du Nord-Est (Hischman, op. cit., p.10).

Le coup d'État militaire de 1964 est une date de référence pour toutes les institutions brésiliennes. La SUDENE a été l'une des institutions frappées par les militaires, qui sont intervenus pour mettre, soi-disant, de l'ordre dans la maison. Il y a eu une invasion des locaux de la SUDENE par les militaires, et à ce moment-là plusieurs techniciens ont été mis en prison. La seule issue qui s'est présentée à son inspirateur Celso Furtado est l'exil.

A partir de cette date, il y aurait une SUDENE d'avant 1964 et une d'après 1964. Pour Sá Leitão Rios il s'agit d'une vision manichéenne de la SUDENE qui correspond plutôt à une idéologie technocratique de gauche qu'à une analyse sérieuse de la réalité. Il nous démontre que si l'on examine la période d'avant 1964 on verra que les programmes de caractère réformiste (qui mettaient en cause notamment la réforme agraire comme le plan de modernisation de l'économie sucrière) devaient libérer les terres en faveur de l'agriculture tournée vers le ravitaillement des villes, ou même opérer le plan d'occupation des terres. Ils n'ont pas réussi à cause des intérêts et des résistances des classes dominantes rurales. Pour Sá Leitão Rios le solde positif de la SUDENE de la période d'avant 1964 ne se trouve pas dans les programmes réformistes, mais dans la conscience croissante de la nécessité de rationalisation (des entreprises, du secteur public, des universités, du système scolaire etc). Cette rationalisation reste plutôt au niveau du discours idéologique et beaucoup moins au niveau de faits (Rios, p. 46). Ce qui nous conduit à penser que l'écart est assez important entre le discours de la SUDENE et son action sur le terrain.

Un des secteurs qui a relativement réussi a été celui de la stimulation de l'industrialisation par le biais des facilités fiscales. Le programme d'industrialisation n'entrait pas en conflit avec les intérêts de la classe dominante nationale et multinationale. Il n'y eu pas alors de rupture radicale entre la SUDENE d'avant et d'après 1964, mais simplement une rupture superficielle, qui a frappé les techniciens et les dirigeants de cette institution. Celso Furado reconnaît lui-même « cet apparent paradoxe dans une interview à un magazine brésilien, Veja, en déclarant qu'il s'étonnait de ce que les militaires, une fois au pouvoir, aient donné suite aux lignes fondamentales définies lorsqu'il était à la tête de la SUDENE » (Ibid., p. 17). Après 1964, la SUDENE va stimuler les projets d'industrialisation, mais aussi va élargir la politique fiscale en faveur de l'agriculture et de l'élevage des classes dominantes. Or, on voit ainsi que l'idéologie du développement de la SUDENE s'adapte à n'importe quel système.

Dans la période d'avant et d'après 1964 , que ce soit dans le discours ou dans la pratique, ce qui est importe est que les principaux bénéficiaires des investissements directs et indirects de la SUDENE soient les classes dominantes, rurales, industrielles et financières. Les mécanismes de ces privilèges ont été mis en place avant 1964, et corroborés par un discours de la planification qui se voulait "neutre" parce que produit de la science économique et de la technique.

En ce qui concerne la structure interne de la SUDENE, elle a toujours été bureaucratique dans le sens de Marx Weber. C'est dans ce sens qu'elle diffère de l'administration publique traditionnelle qui visait des clientèles politiques. Cette structure bureaucratique a été mise en place par Celso Furtado et, après 1964, la structure hiérarchique bureaucratique est renforcée par les gouvernements militaires autoritaires. La conclusion est qu'il n'y pas de rupture entre la SUDENE d'avant et d'après 1964, mais simplement un renforcement de la structure bureaucratique autoritaire.

La question de la participation des techniciens et de la population dans la structure autoritaire de planification se pose. Il y a de la part de la SUDENE une planification qui est imposée de haut en bas, malgré le compromis d'une planification décentralisée (Robovk, Apud, Rios, Ibid., p. 76). Les instances supérieures de la SUDENE définissent les priorités et les objectifs. Les décisions, pour l'ensemble des États du Nord-Est, sont prises au siège de l'institution qui se trouve à Recife. Il y a des bureaux de la SUDENE dans les États du Maranhão, Piaui, Ceará, Rio Grande do Norte Bahia et Minas Gerais, mais cela ne signifie pas qu'il y ait une décentralisation spatiale des décisions prises au siège, dans la capitale du Pernambuco.

En effet, en partant de l'hypothèse de la participation des élites bureaucratiques à une coalition au service des classes dominantes comme caractéristique structurale de la société brésilienne, on comprend mieux l'autoritarisme, supposé au niveau intérieur, de la SUDENE dès ses origines, c'est-à-dire, avant le coup d'État militaire de 1964. Cet autoritarisme serait fonctionnel et nécessaire (Ibid., p. 86).

Dès le départ, soulignons-le, la SUDENE a adopté une idéologie de la coopération internationale, dans la mesure où son organisme comprenait une Assessora International (Assessorat de coopération international).

En ce qui concerne la planification intérieure nous pouvons distinguer deux niveaux. Le premier, c'est la planification à long terme, pluriannuelle. Elle est celle des Plans directeurs qui peuvent varier entre trois et cinq ans. La deuxième est la planification à moyen terme, immédiate, annuelle. Celle-ci constituait une plus grande spécificité de la planification à long terme. « Toute la planification est alors mesurée en termes uniquement financiers-budgétaires. La planification devient donc chaque fois plus fictive, arrivant même à se retourner contre la réalité » (Ibid., p. 92).

Ce qui justifie la fondation de la SUDENE, c'est l'idéologie du développement, dans la mesure où cette organisation de la planification était légitimée par l'idéologie du développement. Cette idéologie était dominante à l'époque. La SUDENE va contrecarrer les mouvements paysans du Nord-Est en légitimant et en produisant encore plus le déclassement social des mouvements des paysans qui luttaient pour une réforme agraire.

Conclusion

L'esprit de calcul est introduit au Nord-Est par l'intermédiaire de la SUDENE. À partir de la fondation de cette institution de planification il y aurait, au Nord-Est, un avant et un après la SUDENE. Avant, on voit un tableau classique et traditionnel de la société : clientèles politiques, corruption et sécheresse. Et même l'univers technique de la période d'avant avait un compromis idéologique avec le traditionalisme. Après la SUDENE, il s'agit d'un temps des lumières. Ce dernier se réclame de la science économique à caractère modernisateur. Ce rationalisme économique et planificateur s'oppose à la politique de caractère traditionnel. En fait cette prétendue opposition est fausse, dans la mesure où la SUDENE n'a pas résolu les problèmes des couches sociales défavorisées et que le problème de la clientèle politique et de la corruption n'a pas changé. À l'intérieur de cette opposition entre ténèbres et lumières se profile l'idée de progrès.

L'application de catégories étrangères à l'expérience du paysan fait surgir la distinction entre l'aspect technique et l'aspect rituel de l'activité agricole. On n'échappe jamais au calcul, mais le paysan n'a pas un esprit de calcul (Bourdieu, 1964 p. 31) (12). On constate que les inégalités face à l'économie rationnelle et à la rationalité économique de la transformation des attitudes économiques sont le reflet des inégalités économiques et sociales. Le développement était une grande « espérance » pour les peuples du Nord-Est. Or, les nouvelles dispositions économiques mises en application par la SUDENE ont entraîné la destruction des bases économiques rurales.

Par voie de conséquence on voit surgir, dans le cas du développement du Nord-Est, un déclassement social des paysans et des petits industriels locaux. Ces derniers n'ont pas été capables d'entrer dans le marché de la concurrence avec les industriels du Centre-Sud, qui s'installent dans la région grâce à la subvention du gouvernement, administrée par la SUDENE. Ils se trouvent déstabilisés et n'ont pas l'instruction qui pourrait leur permettre d'assurer la sécurité. Ils « sont maintenus dans l'impossibilité absolue de calculer et de prévoir, par un système économique qui exige la prévision, le calcul et la rationalisation de la conduite économique » (Ibid., p. 85). L'adaptation à un esprit de calcul dépend du degré d'intégration à un ordre économique et social qui se définit par la calculabilité et la prévisibilité. En ce sens l'instruction et un minimum de qualification professionnelle donnent les éléments nécessaires pour qu'une conduite fondée sur le calcul puisse se réaliser avec le minimum de chances de réussite ; c'est dire qu'il faut les éléments indispensables pour pouvoir rationaliser la conduite. Enfin, la disparition des paysans dans les pays industrialisés est due moins au jeu de forces économiques qu'à l'application à l'agriculture des moyens d'analyse (le calcul) et des décisions administratives qui n'étaient pas faites pour les sociétés paysannes traditionnelles (Mendras, 1995, p. 16). (13)

Les politiques de développement au Nord-Est ont un effet excluant, car elles se sont réalisées sans mettre en cause les anciennes structures sociales, et n'ont réduit en rien le nombre des pauvres. Elles ont plutôt accentué l'inégale distribution des revenus et conduit à une grande concentration des terres. Le « développement » n'a donc pas entraîné un renouvellement fondamental des techniques agricoles, susceptible de bénéficier à la grande masse des petits et moyens producteurs.

Antonio Paulino de Sousa

 

Notes


 

(1) Ce travail reprend des éléments de la thèse de doctorat, intitulée : Théorie et Pratique de l'idéologie politique du développement. Le cas de la surintendance du développement du Nord-Est du Brésil (Lille : ANRT, 2012).

(2) « La publication de l'essai de Presbich dans la Revista Brasileira de Economia, en septembre 1949, avait une répercussion sans précédent. Mon idée de soustraire le texte aux canaux bureaucratiques et de le faire connaître aux économistes avait été des plus heureuses. En réalité, ce fut grâce à cette initiative que le débat autour des idées de la CEPAL se précisa et prit de l'ampleur au Brésil, alors que dans les autres pays il était animé par des informations fragmentaires ».

(3) « Le champ scientifique comme système des relations objectives entre les positions acquises (dans les luttes antérieures) est le lieu (c'est-à-dire l'espace de jeu) d'une lutte de concurrence qui a pour enjeu spécifique le monopole de l'autorité scientifique inséparablement définie comme capacité technique et comme pouvoir social, (...) ».

(4) Les « intellectuels plaident pour eux-mêmes. Ils ne prétendent porter témoignage pour le compte d'aucune classe sociale précise ».

(5) D'où le fait de la recherche de nouvelles voies originales de développement qui se font par l'initiative des États, des organisations internationales ou d'autres. Voir à ce propos Catherine Coquery-Vidrovitch, 1988, p. 23. Les entreprises américaines et européennes ont investi dans le secteur de l'industrie et notamment dans le secteur de l'automobile.

(6) « ...il ne faut pas oublier que dans les premières étapes du développement économique, les nations sont toujours débitrices et que la voie de l'autarcie est difficilement accessible aux petites nations, que, dès lors, la croissance est tributaire de l'expansion du commerce extérieur ».

(7) Alain Lipietz nous rappelle que « l'idée essentielle du dépendantisme (c'est-à-dire de la vision sud de l'impérialisme) est en effet que les États-nations de la périphérie ne peuvent pas se développer dans le cadre du capitalisme parce que les pays développés ont toujours de plus en plus besoin de leur sous-développement ; tout au plus peuvent-ils considérer une accumulation dépendante. Cette idée a connu son heure de gloire avec l'échec de tentatives explicites d'échapper à la dépendance, en Amérique latine notamment, à l'époque du fordisme triomphant ».

(8) « Il ne s'agit pas de n'importe quelle chance d'exercer puissance et influence sur d'autres individus. En ce sens, la domination (l'autorité) peut reposer, dans un cas particulier, sur les motifs les plus divers de docilité : de la norme habitude aux pures considérations rationnelles en finalité. Tout véritable rapport de domination comporte un minimum de volonté d'obéir, par conséquent un intérêt, extérieur ou intérieur, à obéir ».

(9) Cid Sampaio se trouve parmi les défenseurs les plus radicaux du besoin de subordonner les divergences politiques à l'intérêt de la région. Ce fait est important dans la mesure où il représente le principal État de la région (Pernambuco), celui qui contient les plus grandes tensions socio-politiques. Il se trouvait dans une situation privilégiée pour défendre non seulement l'unité politique des politiciens de la région face à la nouvelle politique, mais encore pour défendre aussi bien la création de la SUDENE. On comprend pourquoi la SUDENE va s'installer à Recife.

(10) Le groupe Bezerra de Mello, à travers ses industries au Centre-Sud et sa présence dans l'hôtellerie, le groupe Lundgren à travers les « Casas Pernambucanas », le groupe mariani Bittaencourt à travers la banque de la Bahia, le groupe de Sé, à travers la Banque économique de la bahia, le groupe Breunaud, dans l'industrie d'azuleijos et carrelages et enfin le groupe João Santos dans l'industrie du ciment. En effet, la bourgeoisie industrielle du Nord-Est qui fait partie de la nationale a pu s'implanter au niveau national.

(11) Celso Furtado ne voyait aucune raison valable pour l'étude de la participation du technicien. Pour lui on ne se trouvait pas devant une problématique sociale, mais devant un phénomène naturel. Cet adjectif, naturel, a été utilisé plusieurs fois par Celso Furtado pendant les entretiens qui ont été faits par Sá Leitão Rios. Il s'agit, d'après Sá Leitão Rios, d'une justification du modèle bureaucratique autoritaire et même de la sous-utilisation des capacités intellectuelles dans la SUDENE. « Nous croyons pertinente l'observation de Crozier et de Freiebrederger dans le sens qu'il n'y a pas de donnée naturelle qui impose aux hommes de se conformer aux modèles universels correspondant à chaque institution » (Sá Leitão Rios : op. cit., p. 83). Il faut dire que Sá Leitão Rios a été pendant 11 ans un technicien du développement économique de la SUDENE, en contact avec plusieurs types de programmes de divers départements.

(12) « Mais le calcul est au service du sentiment de l'équité et s'oppose absolument à l'esprit de calcul qui, se fondant sur l'évolution quantitative du profit, abolit les approximations hasardeuses et désintéressées ( au moins en apparence) d'une morale de la générosité et de l'honneur. Il ne peut être admis que s'il se subordonne au sentiment de l'équité qui prend racine dans l'égalitarisme pointilleux du point d'honneur plutôt que dans une conscience rationnelle et abstraite de l'égalité »

(13) Cette étude sur la fin des paysans est celle de la disparition de la société paysanne traditionnelle, élément constitutif fondamental de la civilisation occidentale et du christianisme, et son remplacement par la société industrielle. Du moins dans le cas brésilien.

 

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Présentation de l'auteur


 

Docteur en sociologie de l'Université Paris VII-Sorbonne et de l'Institut Catholique de Paris. Professeur à l'Universidade Federal du Maranhão (UFMA), Brésil, attaché au Département de l'Éducation, aux 1er et 2ème cycles, et enseignant dans le programme de formation en sciences sociales (2ème et 3ème cycles) – UMA. Ses recherches portent sur la théorie sociale, la sociologie économique et la sociologie de l'éducation.

 

Pour citer cet article


 

Antonio Paulino de Sousa, La sociologie économique du développement au Nord-Est du Brésil, Incursions n°8, Paris, 2nd semestre 2013

 

Image : L'économiste Celso Furtado (1920-2004) avec Lula da Silva in Fortaleza alors président du Brésil, Ceará. Auteur Marcello Casal Jr, Agência Brasil

 

 

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